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Macron annonce une escalade des attaques contre les immigrants en France

Par Athiyan Silva
26 juillet 2017

Le gouvernement du président Emmanuel Macron a récemment présenté un nouveau plan d’action pour les réfugiés et les immigrants en France, lancé par le Premier ministre Edouard Philippe le 12 juillet.

Le plan renforce davantage le contrôle des flux migratoires en France et en Europe. Il crée des groupes d’intervention spéciaux, intensifie les contrôles en Méditerranée, renforce l’agence frontalière européenne Frontex et augmente les capacités de contrôle dans les camps de détention aux « points chauds ». Il impose un délai de six mois au lieu de 14 mois pour l’examen des dossiers de demandeurs d’asile par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d’asile (CNDA).

Cela montre clairement que la politique de Macron, l’ancien ministre de l’économie du gouvernement socialiste (PS) du président François Hollande, est en continuité directe avec les politiques brutales de chasse aux migrants du PS. Des millions de réfugiés et d’immigrés cherchent désespérément à échapper aux guerres impérialistes qui détruisent l’Irak, la Libye, l’Afghanistan, la Syrie, le Yémen et la Somalie, auxquelles les puissances européennes ont participé aux côtés du gouvernement américain pendant plus d’un quart de siècle.

Selon le rapport de l’agence des Nations Unies pour les migrations, au moins 1530 réfugiés sont morts en essayant de traverser la Méditerranée cette année. Plus de 5100 réfugiés se sont noyés en Méditerranée en 2016. Les réfugiés capables d’atteindre le sol européen se trouvent face à une répression encore plus répandue par les gouvernements réactionnaires européens et à des conditions de vie épouvantables.

Au cours de la campagne présidentielle, Macron s’est présenté comme un candidat plus éclairé, notamment en déclarant que la domination coloniale de la France sur l’Algérie était un « crime contre l’humanité ». Les médias et l’élite politique ont utilisé ces déclarations pour contraster ses positions avec les positions ouvertement pro-coloniales du Front national (FN) néo-fasciste.

En fait, Macron intensifie les politiques brutales du PS contre les immigrants. Ce parti avait envoyé des policiers anti-émeutes pour attaquer brutalement et détruire le camp de réfugiés dit « la Jungle » qui comptait plus de 3000 migrants dans le nord de la France, à Calais. Le PS a également fermé un camp de réfugiés dans le quartier de Stalingrad à Paris. Dans aucun cas, le PS n’a accordé aux réfugiés qui ont été jetés à la rue un hébergement convenable ou un visa de résidence.

Des milliers de personnes, y compris des femmes et des enfants, vivent dans des conditions épouvantables à Paris sur les trottoirs à côté des rues bouchonnées par la circulation et sous des ponts de train surélevés et des allées autoroutières dans le quartier de la Porte de la Chapelle à Paris. Ce camp a été évacué de force par les forces de sécurité plus tôt ce mois-ci, sous l’autorité de Macron.

Les réfugiés piégés dans un flou juridique en France ont parlé à la presse des conditions horribles auxquelles ils font face. Un ancien étudiant vétérinaire somalien a déclaré : « Je suis épuisé de vivre dans la rue. Je suis tellement fatigué et affamé, mais il faut juste avoir de la patience. »

Une jeune afghane a déclaré : « Ça fait deux mois que je dors sous un pont d’autoroute avec peu d’eau, pas beaucoup de nourriture, et il y a des combats entre différents groupes ici. Vous ne dormez jamais vraiment. Je ferais la queue tous les jours, mais il n’y a aucun espoir d’entrer ans le centre d’aide ici. Nous sommes des humains, nous ne sommes pas des animaux. »

Ali, 29 ans, un ancien professeur d’Alep en Syrie a déclaré : « Je voulais vivre comme un être humain. Je suis resté en Syrie pendant quatre ans à subir la guerre alors que les choses allaient de plus en plus mal. »

La plupart des réfugiés qui échappent à la guerre et à la répression de l’État sont tout simplement rejetés par l’OFPRA. Ensuite, ils doivent faire appel de cette décision à la CNDA. Pour ce processus, les réfugiés doivent engager un avocat et faire traduire leurs documents en français. Les réfugiés vulnérables qui vivent dans les rues, sans revenu, n’ont pas les milliers d’euros qui doivent être dépensés pour mener à bien ce processus.

Selon l’OFPRA, plus de 85 244 demandeurs d’asile ont déposé un dossier à l’OFPRA en 2016. 58 635 ont été rejetés et environ 27 000 ont été acceptés.

La France n’accorde le statut de réfugié que à la petite minorité de réfugiés qu’elle autorise à rester dans le pays en raison des considérations relatives aux droits de l’Homme et aux droits démocratiques fondamentaux. Ils sont sélectionnés notamment si leur travail peut être lucratif pour l’exploitation capitaliste. La grande majorité des réfugiés finissent par travailler dans les restaurants, les petites boutiques, la construction, le nettoyage ou toutes sortes d’emplois de courte durée à bas salaires avec de longues journées de travail.

La condition des réfugiés qui ne reçoivent pas le statut de réfugié est encore pire, car ils sont contraints d’accepter toutes sortes d’emplois mal payés et non déclarés. Ils reçoivent un salaire journalier de 30 à 50 euros pour de longues journées, sans de feuilles de paie officielles. Ils sont souvent trompés par les employeurs, qui refusent alors de payer leurs salaires, sachant qu’ils ne peuvent pas se plaindre à la police. Certains d’entre eux sont obligés de mendier dans les rues et les gares. Dans le même temps, ils vivent dans la crainte d’être attrapés et expulsés par les autorités vers leurs pays d’origine déchirés par la guerre.

Les attaques contre les réfugiés et les immigrants dans les pays avancés sont un phénomène international. Aux États-Unis et en Europe, l’élite politique vise les réfugiés les plus pauvres et les plus vulnérables afin de diviser la classe ouvrière avec une agitation anti-immigrés. Ils utilisent les migrants comme des boucs émissaires pour réduire les avantages sociaux et imposer des mesures d’austérité contre la classe ouvrière.

Le plan d’action pour les immigrés de Macron utilise cette stratégie réactionnaire, essayant d’attiser les sentiments anti-immigrants afin de détourner la colère des conditions sociales en France qu’il s’apprête à rendre encore pires avec ses attaques contre le droit du travail et sa loi imposant un état d’urgence permanent. Récemment, Macron a décrit le système d’immigration français comme « totalement accablé ».

Il s’agit d’un avertissement clair, non seulement pour les réfugiés et les immigrants, mais aussi pour toute la classe ouvrière en France et en Europe. Macron, en étroite collaboration avec Berlin et l’Union européenne, continuera et intensifiera les attaques contre les droits démocratiques et la répression des réfugiés et des immigrants.

(Article paru d’abord en anglais le 25 juillet 2017)