Trump approuve la nouvelle stratégie du Pentagone d’« anéantir » l’État islamique

Le secrétaire à la Défense, James Mattis, a annoncé vendredi lors d’une conférence de presse que le président Donald Trump avait approuvé un nouveau plan du Pentagone qui implique une nouvelle escalade de la guerre pour la domination américaine du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

Mattis a déclaré aux journalistes que le plan viserait à encercler militairement les forteresses de l’État islamique d’Irak et de Syrie (ÉI) pour « anéantir » les milices islamistes qui contrôlent encore une partie importante de la Syrie et de l’Irak.

L’objectif immédiat est la capitale de l’ÉI, Raqqa, dans le nord de la Syrie, où les États-Unis préparent une offensive majeure en coordination avec les diverses milices kurdes et arabes syriennes qu’ils ont renforcées pendant les cinq années du conflit. La guerre civile a été attisée par les États-Unis et ses alliés régionaux dans le but de destituer le président syrien Bashar al Assad.

Mattis a également signalé que Trump avait délégué le pouvoir d’autoriser des opérations militaires à lui et aux commandants sur le terrain pour accélérer les opérations. « Nous avons accéléré la campagne », a déclaré Mattis, indiquant que les commandants profitaient déjà de leur nouvelle autorité.

L’administration Obama a utilisé l’émergence de l’ÉI en Irak et en Syrie en 2014 pour justifier le redéploiement de milliers de soldats américains en Irak et le déploiement de centaines de soldats en Syrie, tout en ouvrant une campagne des frappes aériennes dans les deux pays.

Les campagnes sanglantes des forces américaines et irakiennes pour reprendre les villes saisies par l’ÉI, y compris Falloujah et Mossoul, ont entraîné la destruction complète de quartiers entiers et ont déplacé des centaines de milliers de personnes. Les raids aériens américains ont tué des milliers de civils, avec une augmentation significative des causalités depuis que Trump a pris ses fonctions en janvier.

L’ÉI s’est développé à partir de l’invasion et de l’occupation de l’Irak en 2003, dans laquelle les États-Unis ont attisé les divisions sectaires entre les chiites et les sunnites pour asseoir leur pouvoir, et a repris avec la guerre au changement de régime en Syrie à partir de 2011, dans laquelle la CIA et le Pentagone ont soutenu les milices sunnites, dont certains éléments ont constitué l’ÉI.

Selon le Pentagone, l’ÉI entretient maintenant des succursales et des filiales dans plusieurs pays, ce qui nécessitera une intervention militaire américaine dans un large éventail de territoires de l’Asie centrale à l’Afrique de l’Ouest.

La décision de Trump annonce une escalade dramatique des conflits qui ont déjà tué plus d’un million de personnes et déplacé des dizaines de millions de leurs maisons au cours des 16 dernières années sous le couvert de la prétendue « guerre contre le terrorisme ». Aux yeux des planificateurs militaires, le tournant pris par les États-Unis d’utiliser la force militaire pour compenser son déclin économique relatif et affirmer sa domination sur le monde entier, n’en est encore qu’à ses débuts.

Des opérations militaires menées contre l’ÉI et d’autres milices islamistes sont en cours en Libye, au Yémen, en Somalie et en Afghanistan. En Afghanistan, les États-Unis ont récemment largué la plus grosse bombe non nucléaire jamais utilisée en combat sur un réseau de grottes qui aurait été utilisé par le groupe Province de Khorassan, une filiale de l’ÉI.

L’utilisation, toujours en expansion, de la force militaire ne se limite pas aux États-Unis. Lors de la conférence de presse de vendredi, Mattis a souligné le déploiement de 4000 soldats français dans la région du lac Tchad en Afrique de l’Ouest. La France lutte contre les insurgés islamistes depuis 2014, dont des militants de Boko Haram qui ont fait allégeance à l’ÉI.

L’annonce de la vaste stratégie de guerre du Pentagone est venue un jour après que les avions de combat américains ont lancé des attaques aériennes sur des milices chiites loyales envers le gouvernement Assad près des frontières avec la Jordanie et l’Irak. C’était la première attaque contre les forces liées à Assad par l’administration Trump depuis la frappe des missiles de croisière du 6 avril sur la base aérienne d’Al Shayrat.

Le groupe paramilitaire pro-Assad qui a été attaqué aurait été situé à moins de 30 kilomètres d’une base militaire où les forces spéciales américaines et britanniques sont en train de former des militants sunnites.

Mattis a noté la frappe aérienne lors de la conférence de presse vendredi, justifiant l’attaque en citant l’intervention de l’Iran en Syrie. « Elle [la frappe] a été rendue nécessaire par un mouvement offensif avec une capacité offensive de ce que nous croyons être des forces dirigées par l’Iran dans une zone de résolution des conflits qui avait fait l’objet d’un accord », a-t-il affirmé.

La Russie et l’Iran sont intervenus militairement pour soutenir leur allié Assad. Bien que, l’intervention militaire des États-Unis en Syrie – illégale en regard du droit international – soit formulée comme un effort pour vaincre l’ÉI et éliminer la menace du terrorisme, elle vise finalement l’éviction d’Assad. Ceci a créé les conditions d’un affrontement direct entre les forces américaines et les forces soutenues par la Russie et l’Iran, qui pourrait rapidement se détériorer et précipiter un conflit beaucoup plus important.

L’annonce de la nouvelle stratégie du Pentagone fut faite alors que Trump quittait Washington pour son premier voyage à l’étranger. Le premier arrêt sera l’Arabie saoudite, où le président devrait annoncer un accord de vente d’armes record de 110 milliards de dollars avec la monarchie saoudienne. L’affaire porte notamment sur des bombes guidées de précision dont la vente était bloquée par l’Administration Obama alors qu’elle vendait déjà pour des milliards de dollars d’autres armes.

L’attaque saoudienne brutale contre le Yémen, le pays le plus pauvre du monde arabe, vise à réimposer un gouvernement de marionnettes soutenues par les Saoudiens et les États-Unis. La guerre, qui a commencé en 2015, a tué des milliers de civils et poussé des millions d’autres au bord de la famine. Le dernier contrat d’armes aggravera encore ce carnage.

L’Arabie saoudite a utilisé les armes et le soutien des États-Unis pour mener une guerre aérienne implacable et un blocus naval contre le Yémen, créant une crise humanitaire. Des centaines de milliers de gens sont maintenant menacés par une épidémie mortelle de choléra.

Le soutien des États-Unis à l’Arabie saoudite, qui est l’un des principaux bailleurs de fonds des milices islamistes sunnites, avec les autres monarchies du Golfe, dément le récit selon lequel les États-Unis mèneraient une guerre pour vaincre ces groupes. Ces groupes sont en réalité des compléments utiles pour l’impérialisme américain, ils servent de forces par procuration contre ceux qui se trouvent sur le chemin de la domination américaine tout en fournissant aussi de bonnes excuses pour le déploiement de l’armée américaine dans tous les coins du globe.

(Article paru d’abord en anglais le 20 mai 2017)

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