Home » Nouvelles internationales » Auto Workers Issues

Nouvelles preuves du bourrage des urnes par l’UAW dans l’accord avec Ford en 2015

Deuxième partie

Par Eric London
12 mai 2017

Le 8 mars, avec une décision exprimée en une seule phrase, le United Auto Workers (le syndicat des travailleurs de l’automobile réunis – UAW), le Public Review Board (Comité de surveillance, l’organe qui gère les plaintes – PRB), ont confirmé sa décision de décembre refusant la demande d’un membre à la section locale N°600 de l’UAW à Dearborn, dans le Michigan, pour une vérification et une revue de la ratification de l’accord 2015 avec Ford.

C’était la huitième fois que l’UAW a rejeté les demandes de ce travailleur de Ford pour une enquête sur ses accusations selon lesquelles l’UAW a violé ses propres statuts et a commis une fraude au vote. L’UAW a d’abord entendu la demande d’enquête du travailleur en novembre 2015, peu de temps après le vote. Ils ont déclaré au travailleur qu’il « n’avait pas la qualité requise » pour porter la question devant le Conseil exécutif international. Le travailleur a alors demandé une copie de la procédure de ratification à plusieurs responsables de l’UAW de la section locale 600, et à la région 1-A et s’est vu opposer un refus à plusieurs reprises. Un officier de la section locale lui a déclaré : « Le document que vous demandez n’existe pas. » Le directeur régional de l’UAW, Rory Gamble, n’a jamais indiqué son refus ni son approbation de la procédure de vote utilisée.

Après avoir abordé la question devant le PRB de l’UAW, ce travailleur a demandé un échange oral d’arguments conformément à la procédure standard. Le 14 novembre 2016, le PRB de l’UAW a refusé au travailleur le droit de témoigner dans sa propre affaire. L’avis de rejet a déclaré : « Le groupe spécial a conclu que ce recours ne présentait aucune question de fait ou d’interprétation des statuts sur laquelle la compréhension du PRB serait renforcée par les arguments oraux des parties. »

Le Centre national des programmes UAW-Ford à Detroit

Le travailleur de Ford a écrit dans sa réfutation devant le PRB de l’UAW, « Les bulletins de vote utilisés dans le vote de ratification n’étaient pas seulement sans numérotation, ils ont été réalisés avec un copieur, et personne n’était au courant du nombre exact d’exemplaires qui ont été tirés. Le manque de toute tentative d’identifier les électeurs et de vérifier leur nom dans une liste d’adhésion constituait un grand échec. Le comité des élections aurait dû remettre en question les bulletins de vote trouvés groupés plutôt que d’essayer d’expliquer ce phénomène en parlant d’un bâton.

« La présence d’un ou deux bulletins douteux dans le scrutin pourrait être acceptable, mais le fait de ne pas tenir compte de 500 bulletins de vote au DTP [Dearborn Truck Plant] et de 300 autres dans l’Unité M & C [Maintenance & Construction] indique de la corruption et un comportement malhonnête. Si rien de trompeur ne se produisait, pourquoi la section locale ne répond-elle pas à ma demande initiale d’un reçu des bulletins de vote ? Pourquoi la section locale n’a-t-elle pas archivé les listes d’adhésion et les bulletins de vote ? »

L’UAW n’a pas cherché à réfuter ce faisceau de preuves. Au lieu de cela, ils ont fait traîner la demande du travailleur pendant près de deux ans, lui faisant traverser un genre d’Alice au pays des merveilles administratives.

En rejetant le recours de ce travailleur pour une enquête sur ces indications de fraude, le PRB de l’UAW a écrit :

« Nous ne reviendrons pas rétroactivement sur la ratification d’un accord négocié qui a été accepté par la majorité des employés couverts en raison d’objections de procédure soulevées par un syndicat local ou un groupe de membres. Une telle initiative désavantagerait les membres qui ont voté pour ratifier l’accord et violerait ainsi les pratiques très démocratiques que nous sommes chargés de préserver. »

Quelle hypocrisie ! Le PRB ose l’accuser de priver ses collègues de leurs droits en exigeant un nouveau vote sur cet accord, dont il a démontré qu’il n’a été adopté que parce que l’UAW a manipulé le vote.

La décision se poursuit :

« Si les procédures de ratification mises en place pour obtenir l’approbation par les membres d’un accord négocié sont insuffisantes sur un point, les membres peuvent rejeter l’accord […] L’article 19 des statuts donne aux employés les moyens de rejeter le cadre réglementaire de leurs représentants négociateurs pour la ratification en votant le rejet de l’accord présenté dans ce cadre. Un vote pour accepter l’accord, cependant, est un vote pour accepter le processus. »

C’est ce qu’on appelle un argument circulaire. Si les travailleurs « ratifient » un accord parce que l’UAW a trafiqué le vote, ils accordent leur approbation au processus truqué. Cela implique la question : comment les travailleurs peuvent-ils rejeter un accord – et le processus dans son ensemble – si l’UAW peut ignorer le vote réel et dire que le vote trafiqué a ratifié le accord ?

Le Comité de surveillance (PRB) a également allégué que la demande de ce travailleur pour une élection juste « est une interprétation erronée des statuts » parce que l’exigence de l’article 38 que les élections soient « équitables et démocratiques » ne s’applique pas aux ratifications des accords, mais uniquement à l’élection des dirigeants syndicaux.

Le PRB a affirmé que l’UAW n’est pas tenu d’avoir des procédures transparentes pour les votes de ratification si le directeur régional suit une procédure définie. « La Constitution de l’UAW permet à une section locale d’avoir un large pouvoir discrétionnaire pour adopter les procédures de ratification des accords négociés, sous réserve de l’approbation du directeur régional. » Cependant, l’UAW n’a pas fourni de preuves que le directeur régional a approuvé une quelconque des procédures douteuses utilisées pendant le vote à la section locale N°600.

Le fait que le Comité de surveillance ait recouru à des arguments aussi pourris est une preuve qu’il n’avait pas l’intention d’examiner sérieusement les preuves d’une fraude par l’UAW fournies par le travailleur. Si l’UAW n’avait rien à cacher, le PRB n’aurait eu aucun problème à réfuter ce travailleur avec des faits, de la transparence et une analyse honnête.

Le Comité de surveillance a été constitué par l’UAW en 1957 « dans le but d’assurer la recherche de normes éthiques et morales élevées » dans le cadre du fonctionnement de l’UAW. Son but affiché était d’entendre les revendications des travailleurs de l’automobile concernant les violations des statuts de l’UAW par les dirigeants. Ses quatre membres actuels sont des professeurs de droit ayant des liens avec la bureaucratie syndicale.

Le Comité de surveillance a une longue histoire de « tampon » pour les opérations antidémocratiques et anti-travailleurs de la direction de l’UAW. Ses décisions sont rendues régulièrement contre les travailleurs pour des prétextes techniques mineurs. C’est l’endroit où les griefs des travailleurs avec l’UAW vont s’éteindre. Dans une édition de juillet 2016 de Solidarity Magazine, l’UAW se vantait : « Le Comité a entendu 64 recours au cours des quatre dernières années et, en aucun cas, le syndicat n’a commis un manquement grave à l’éthique ».

Les décisions du Comité de surveillance contre le recours de ce travailleur et sa demande de réexamen n’étaient pas signées. Cela soulève des questions quant à savoir si la décision a été réellement rédigée par les trois professeurs de droit dont les noms apparaissent sur l’en-tête de la décision ou si elle a simplement été rédigée par le bureau du président de l’UAW, Dennis Williams.

Les travailleurs de Ford Sterling Axle dénoncent l’accord au rabais en 2015

Les efforts de l’UAW pour calmer les travailleurs de l’automobile et les empêcher de contester l’accord frauduleux de 2015 visent à protéger les bénéfices des entreprises et à garantir le « droit » des entreprises d’exploiter la classe ouvrière comme elles le veulent.

Dans le cadre de cet accord frauduleux, Ford a soumis des milliers de travailleurs à des mises à pied temporaires et à des clauses « secrètes », qu’ils ne connaissaient pas avant de voter. Les travailleurs de troisième niveau gagnent actuellement 9 dollars (8,30 euros) de l’heure dans certaines usines de Ford, par exemple, et l’augmentation de la productivité ainsi que des conditions de travail draconiennes sont la règle. Si le vote a été passé par fraude, cela signifie que l’accord n’est pas juridiquement contraignant et que les travailleurs ont été abusés de milliers de dollars durant toute la période de validité de l’accord.

Leur traitement du recours de ce travailleur de Ford prouve – pour la énième fois – que l’UAW ne peut pas être réformé. Ce travailleur a suivi toutes les procédures de l’UAW à chaque étape du processus et ses efforts ont été bloqués et rejetés. Lors de votes suivants sur des accords avec John Deere en 2016 et Caterpillar en 2017, de nombreux travailleurs ont soulevé des questions similaires concernant la légitimité des résultats du vote.

L’UAW n’est pas une « organisation ouvrière » soumise à la volonté des membres qui payent leur cotisation, mais un outil des entreprises. En contrepartie d’avoir imposé les diktats des grandes entreprises, Williams, Settles et d’autres, les dirigeants syndicaux, sont récompensés par des sièges aux conseils de direction des entreprises, des transferts directs en espèces des patrons aux « centres de formation » contrôlés par l’UAW et à d’autres opportunités commerciales.

La dégénérescence de l’UAW est le produit non seulement de la corruption de ses cadres supérieurs. C’est aussi enraciné dans l’échec de son programme pro-capitaliste et nationaliste et d’une alliance politique de longue date avec le Parti démocrate contrôlé par les grandes entreprises.

Face à la mondialisation de la production, les syndicats dans le monde entier ont été transformés, d’organisations qui faisaient pression sur les entreprises pour obtenir des concessions ils sont devenus des organisations qui poussent les travailleurs à renoncer à tout pour rendre « leurs propres » entreprises plus compétitives et rentables.

Afin de défendre leurs intérêts, les travailleurs doivent créer de nouvelles organisations de lutte, contrôlées démocratiquement par les travailleurs eux-mêmes. Des « comités de base » devraient être élus dans toutes les usines. Ces comités devraient interdire aux fonctionnaires de l’UAW d’être présents lors de leurs réunions et d’avoir accès à leurs pages de médias sociaux afin qu’ils puissent avoir une discussion libre sans ingérence des agents et des espions de l’entreprise.

Les comités de base jetteront les fondements d’une véritable unification des travailleurs. Ils établiront des lignes de communication dans toutes les industries et les lieux de travail pour rassembler tous les travailleurs, les noirs, les blancs et les immigrés, aux États-Unis et à l’étranger, dans une lutte commune pour faire valoir leurs droits sociaux contre les appétits insatiables des super-riches.

(Article paru d’abord en anglais le 11 mai 2017)

Lire également:

Première partie