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La police française abat le père de famille Liu Shaoyo à Paris

Par Alexandre Lantier
29 mars 2017

Lundi soir, la police a abattu Liu Shaoyo, un père de famille de 56 ans, devant sa famille dans son apartement dans un quartier populaire du nord-est de Paris. Selon la famille de Liu, la police a carrément défoncé la porte de l'apartement et assassiné Liu de sang froid, sans qu'il y ait eu aucun contact physique entre lui et la police.

«Vers 20 heures, ma petite sœur a entendu frapper à la porte. Elle a regardé le trou de la porte (l’œil-de-bœuf) et elle a vu deux hommes et une femme armés », a déclaré une des filles de Liu Shaoyo à la presse lundi. « Mon père est arrivé à la porte avec les ciseaux qu’il avait pour s’occuper du poisson qu’il cuisinait. Les coups à la porte sont devenus de plus en plus forts. J’ai crié 'Calmez-vous, faites moins de bruit', mais rien n’y a fait. Ils ont défoncé la porte, le coup est parti et mon père s’est retrouvé au sol ».

A 22h, l'épouse et les enfants de Liu ont reçu la nouvelle de son décès à l'hôpital. « Nous devons rencontrer les policiers demain (mardi). Mais nous allons porter plainte », a ajouté sa fille.

Une manifestation de plusieurs centaines de personnes s'est rassemblée devant le commissariat du 19e arrondissement de Paris lundi soir, pour déposer des bougies en mémoire du défunt. Les manifestants ont ensuite affronté les forces de l'ordre, et une voiture de police a brûlé devant le commissariat.

Selon l'avocat de la famille, Me Calvin Job, « tout s'oriente vers une bavure policière. Quelle est la proportionnalité ? Il n'y a même pas eu de sommation ! C'est très inquiétant ».

Le président du conseil représentatif des associations asiatiques de France, Jacques Sun, a déclaré qu'il se porterait partie civile : « Nous souhaitons comprendre ce qui a pu se passer. C’est une famille fragile. Les enfants sont dévastés. C’est un choc immense ».

L'État a présenté de multiples versions contradictoires des faits pour tenter d'expliquer comment la police a tué Liu. Une équipe de trois policiers serait intervenue dans la résidence Villa Curial soit en raison d'un « différend familial », soit parce qu'elle aurait reçu la nouvelle qu'un homme armé était présent sur les lieux. « Dès l'ouverture de la porte », un homme se serait précipité sur les policiers pour en attaquer un à l'arme blanche, forçant un autre policier à ouvrir le feu.

Selon la première version des faits présentée par la police, le policier touché par l'arme blanche aurait ensuite été transporté « en urgence relative » à l'hôpital. Ceci a provoqué le lancement de deux investigations, une du 2e District de police judiciaire (DPJ) pour une prétendue tentative d'homicide sur fonctionnaire de police, et l'autre de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) sur l'usage de l'arme à feu par le policier.

Les versions ultérieures présentées par l'autorité publique ont confirmé que Liu n'avait blessé personne pendant la confrontation : « l'urgence » dans laquelle se trouvait le policier qu'il aurait attaqué était non seulement relative, mais tout bonnement imaginaire. Toutefois, l'Etat s'obstine à insister que le meurtre de Liu était un acte de légitime défense.

Une source judiciaire proche des enquêtes du 2e DPJ et de l'IGPN a déclaré au Parisien : « Les premiers faits laissent à penser qu'il s'agit bien de légitime défense. Si le policier attaqué n'a pas été blessé, il le doit au port de son gilet pare-balles ». Cette déclaration laisse entendre qu'il serait à présent légitime pour les policiers de tuer quelqu'un qui les confronterait, même si cette personne ne présentait aucune menace réelle.

Dans un communiqué, le ministre de l'Intérieur, Matthias Fekl, a dénoncé les violences à la manifestation en mémoire de Liu Shaoyo, assuré la police de son « plein soutien » et exigé le calme, « afin de permettre à la procédure judiciaire en cours de se dérouler dans la sérénité ».

Ce meurtre horrible, quelques semaines à peine après le viol de Théo par la police dans la banlieue ouvrière d'Aulnay-sous-Bois, souligne l'effondrement des droits démocratiques en France. Hollande s'arroge déjà le droit de lancer des « opérations homo » pour assassiner des Français à l'étranger, sans aucune forme de procès. Après un an et demi d'un état d'urgence qui suspend indéfiniment des droits démocratiques fondamentaux et donne de vastes pouvoirs à la police, cette dernière se sent libre de se comporter comme elle l'entend, et en toute impunité, contre la population.

La Chine s'est sentie obligée de demander à la France de garantir « la sécurité et les droits » de ses ressortissants et de faire « toute la lumière sur cette affaire ». Les autorités chinoises ont également rencontré le consul général de France à Beijing pour discuter du dossier.

Selon le porte-parole du Quai d'Orsay, Romain Nadal, « La sécurité de tous les ressortissants chinois en France est une priorité des autorités françaises. Des mesures renforcées ont été adoptées ces derniers mois, et toutes les dispositions sont prises pour leur réserver les meilleures conditions d'accueil et de sécurité ».

Il n'est pas difficile de prévoir que cette déclaration, faite avant tout en vue de maintenir le flux de touristes chinois vers la France, qui voit en eux une source essentielle de revenus, n'aura aucun impact réel sur les investigations du meurtre de Liu. Les élections présidentielles en France se déroulent sur fond d'une colère sociale sourde contre le gouvernement PS. Comme de nombreux pays à travers l'Europe, dévastée par l'austérité et quadrillée par des forces de l'ordre de plus en plus agressives, la France est au bord d'une explosion de luttes sociales.

Le PS a écrasé des manifestations contre la loi travail l'année dernière afin de passer en force pour l'imposer et il veut empêcher toute explosion sociale avant les élections. Le PS s'appuie sur ses alliés, les appareils syndicaux et les partis de pseudo-gauche tels que le Nouveau parti anticapitaliste, pour étouffer la montée de la colère sociale parmi les travailleurs.

En 2005, la mort de deux jeunes qui fuyaient la police, Zyad et Bouna, a provoqué des émeutes dans les grandes villes de France qui ont tourné à un affrontement généralisé entre la jeunesse des banlieues ouvrières et les forces de l'ordre. Depuis 2005, les gouvernements successifs veillent tous à militariser la police, à augmenter ses effectifs, et à y cultiver les humeurs les plus rétrogrades. La police est un terreau du néo-fascisme, la moitié des policiers votant FN.

Le PS et la police tenteront de blanchir le meurtre le Liu afin d'empêcher qu'un revirement de l'opinion contre la police ne déclenche un mouvement d'opposition incontrôlable à travers la France.