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Trump entame une tournée de 12 jours en Asie pour construire une coalition de guerre contre la Corée du Nord

Par James Cogan
6 novembre 2017

Donald Trump, accompagné d’une coterie d’assistants et de dirigeants d’entreprise, est parti hier pour une tournée de 12 jours de ce que les stratèges de la politique étrangère américaine désignent officiellement l’Indo-Pacifique.

Ce sera l’un des plus longs voyages officiels en Asie jamais entrepris par un président américain, et ses objectifs sont clairs. À court terme, Washington cherche à renforcer la détermination de ses alliés pour une guerre catastrophique et potentiellement nucléaire contre la Corée du Nord. À plus long terme, l’impérialisme américain cherche à maintenir sa domination mondiale décroissante en exerçant une pression militaire et économique sur la Chine afin de saper et, finalement, de briser son influence grandissante.

Trump a quitté les États-Unis avec son gouvernement en plein désarroi et assiégé par ses rivaux politiques. Il existe cependant un consensus au sein des cercles dirigeants américains et des partis républicain et démocrate sur l’utilisation de tous les moyens disponibles pour empêcher la Chine d’émerger comme un défi sérieux à l’hégémonie américaine. Un changement de régime en Corée du Nord, à la frontière chinoise, est considéré comme un moyen de modifier radicalement l’équilibre des forces en Asie, au détriment stratégique de Pékin.

L’un des principaux généraux du cabinet Trump, le conseiller à la sécurité nationale, H. R. McMaster, a carrément énoncé le message à livrer à la région. « Le président reconnaît que nous manquons de temps [avant une guerre avec la Corée du Nord] et demandera à toutes les nations d’en faire plus », a insisté McMaster jeudi.

Trump effectuera des visites d’État au Japon, en Corée du Sud, en Chine, au Vietnam et aux Philippines, et participera au forum de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) au Vietnam. Capitulant devant un torrent de critiques, il a changé d’horaire et restera au moins le premier jour du Sommet de l’Asie de l’Est (EAS), qui se tiendra cette année du 13 au 14 novembre aux Philippines.

Avant la tournée, l’establishment américain était tellement préoccupé du fait que la personnalité chauvine et grossière du président américain puisse entraîner un désastre diplomatique, qu’il insistait pour qu’il subisse des semaines de « briefings » – sur toutes sortes de sujets, les personnes qu’il rencontrera ; ce qu’il pourra dire ou tweeter ; la couleur des vêtements qu’il pourra porter ; et, soupçonne-t-on, là où il ne peut pas mettre ses mains. Comme un « expert de l’Asie à Washington » l’a dit à l’Australian Broadcasting Corporation, Trump a été chargé de « s’en tenir au scénario ».

La tournée de Trump a commencé vendredi à Hawaï, avec une visite du président à la base navale de Pearl Harbor, où la guerre entre les USA et le Japon pour la domination de l’Asie a commencé en décembre 1941, tout un symbole. Elle a été précédée par des discussions avec l’amiral Harry Harris. À la tête du Commandement des forces américaines du Pacifique (PACOM), sur la guerre du 21ᵉ siècle en cours de préparation contre la Corée du Nord. Harris a à sa disposition l’une des plus importantes armadas navales américaines jamais réunies. Trois groupes aéronavals convergent vers les eaux au large de la péninsule coréenne, avec au moins deux sous-marins lanceurs de missiles de croisière, un nombre indéterminé de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et des navires de guerre sud-coréens, japonais et australiens.

Cette force navale, avec plusieurs centaines d’avions sur les porte-avions, est complétée par des bombardiers B-2, B-1 et B-52, des chasseurs furtifs F-22, un escadron de chasseurs F-35 de « cinquième génération » et des centaines de chasseurs F-16 et chasseurs-bombardiers F-18, déployés sur des bases en Corée du Sud, à Guam, au Japon et en Alaska.

Si Trump en donne l’ordre à Harris, il peut lancer des centaines de missiles de croisière contre la Corée du Nord en quelques minutes, suivis de raids aériens sans fin.

Dimanche, Trump devrait arriver au Japon. Sa fille Ivanka a été envoyée avant son arrivée pour s’entretenir avec le Premier ministre Shinzo Abe récemment réélu, sans doute pour que le leader japonais n’ait pas à débattre avec Trump lui-même des questions controversées entre les deux puissances, notamment sur le commerce. Le point culminant de leur interaction sera une partie de golf. Ils organiseront ensuite conjointement une réunion avec les familles des citoyens japonais enlevés par le régime nord-coréen entre 1977 et 1983, qui seront utilisés au Japon et aux États-Unis pour diaboliser davantage Pyongyang et faire de la propagande pour la guerre.

Le gouvernement ultranationaliste d’Abe a accordé un soutien inconditionnel à la menace de Trump de « détruire totalement » la Corée du Nord, malgré l’opposition populaire massive au militarisme et à la guerre au Japon. Abe a également aligné l’impérialisme japonais, dans son propre intérêt, sur les préparatifs américains d’affrontement avec la Chine, initiés en 2011 avec le « pivot vers l’Asie » de l’administration Obama.

Le 7 novembre, Trump arrivera en Corée du Sud, où la population est risque des centaines de milliers de morts et une réduction en cendres du pays si les États-Unis provoquent la guerre sur la péninsule. Il prononcera un discours à l’Assemblée nationale du pays, qui devrait se concentrer sur la nécessité pour la Corée du Sud de soutenir les plans américains d’attaque de la Corée du Nord, sous prétexte d’empêcher ce pays appauvri de développer son arsenal nucléaire limité.

La vénalité de l’élite dirigeante sud-coréenne est soulignée par son acceptation que l’armée américaine prenne le commandement de ses propres forces armées dès le début des hostilités.

Le 8 novembre, Trump se rendra à Beijing. Sa rencontre avec le président chinois Xi Jinping aurait généré le plus de nervosité parmi ceux qui sont chargés de s’occuper de lui. Bien avant les pourparlers, les deux gouvernements ont publié des déclarations faisant référence à la force de leurs relations, le véritable état des choses est celui d’une tension et de sources de conflits sans cesse croissantes.

La tâche de Trump, pour laquelle de nombreux stratèges américains le considèrent tristement inadéquat, est de faire avancer les exigences de l’impérialisme américain pour que la Chine fasse des concessions stratégiques et économiques de grande envergure.

Il insistera, tout d’abord, pour que Xi et son régime se tiennent à l’écart en cas de guerre avec la Corée du Nord, pays avec lequel la Chine a une alliance militaire officielle. Deuxièmement, Trump devrait stipuler que Pékin accepte la décision pro-impérialiste d’une cour d’arbitrage internationale en 2016, qui a rejeté ses revendications territoriales sur les îlots et les récifs de la mer de Chine méridionale. Enfin, il présentera des demandes pour un meilleur accès au marché interne chinois pour les sociétés américaines et autres sociétés transnationales.

De la Chine, Trump se rendra au Vietnam, où le Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) se tiendra le 10 novembre dans la ville de Da Nang. Le régime vietnamien s’est de plus en plus aligné sur Washington contre Pékin et aurait l’intention de décerner des honneurs extravagants de l’État au président américain.

L’on ne sait pas encore si Trump utilisera l’occasion de l’APEC pour s’entretenir avec le président russe Vladimir Poutine, qui sera présent. Affolé par les accusations selon lesquelles sa victoire électorale aurait été le résultat d’une « ingérence russe », une rencontre entre Trump et Poutine pourrait être explosive, en particulier étant donné l’opposition de Moscou à toute action militaire contre la Corée du Nord.

Du Vietnam, Trump se rendra aux Philippines, où il participera à une réunion officielle avec le président fascisant du pays, Rodrigo Duterte. La Maison Blanche a balayé les inquiétudes sur le règne de terreur de Duterte et son programme d’assassinat de milliers de personnes au nom d’une « guerre contre la drogue ». Tout est acceptable pour la classe dirigeante américaine pourvu que les Philippines continuent à servir d’État client américain de première ligne. Sous Obama et maintenant sous Trump, les États-Unis utilisent les différends territoriaux de Manille avec Pékin dans la mer de Chine méridionale comme l’une des justifications de leur renforcement militaire dans la région.

Pendant son séjour aux Philippines, Trump a prévu des rencontres avec Malcolm Turnbull, le Premier ministre australien, et Jacinda Ardern, la Première ministre néo-zélandaise nouvellement élue.

L’Australie est considérée par l’establishment stratégique et militaire américain comme une alliée essentielle dans la préparation et la conduite d’une guerre avec la Chine. Le pays est l’un des plus fervents partisans de la politique étrangère américaine, héberge des installations militaires américaines importantes et a dépêché des forces navales pour rejoindre la flotte américaine qui se rassemble au large de la péninsule coréenne. La Nouvelle-Zélande est également membre de l’alliance du renseignement « Five Eyes » (Cinq Yeux) et abrite d’importantes bases d’espionnage américaines. Ardern et son gouvernement de coalition travailliste de droite ont signalé qu’ils s’aligneront plus étroitement avec les États-Unis contre la Chine.

Les pourparlers de l’APEC et le Sommet de l’Asie de l’Est mettront en lumière le dilemme auquel sont confrontés tous les pays asiatiques, alors que le poids économique de la Chine continue de croître et que le rôle mondial des États-Unis continue de décliner.

Beijing propose une participation à son initiative « One Belt, One Road », à plusieurs milliards de dollars, visant à développer des liens énergétiques et de transport entre l’Asie de l’Est et l’Europe.

Donald Trump, la personnification de la dégénérescence et de la décadence de l’impérialisme américain, présente des ultimatums à la Chine et à la région pour qu’elles acceptent la destruction de la Corée du Nord et les diktats économiques de son administration, faute de quoi elles risquent la guerre nucléaire.

(Article paru en anglais le 4 novembre 2017)