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Un an depuis l’élection de Donald Trump

Par Patrick Martin
9 novembre 2017

Il y a un an hier, le 8 novembre 2016, le candidat républicain Donald Trump a remporté l’élection présidentielle américaine. Malgré son retard de près de trois millions de votes, Trump a battu la candidate démocrate Hillary Clinton au Collège électoral au moyen de victoires de justesse dans les États industriels du Michigan, du Wisconsin et de la Pennsylvanie.

Le World Socialist Web Site a publié une analyse marxiste de la victoire de Trump quelques heures après le dépouillement des votes. Nous avions écrit :

La victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines est un tsunami politique qui a révélé au monde entier la crise mortelle de la démocratie américaine. Le régime bourgeois a dégénéré à un tel point qu’il installe un charlatan démagogue et milliardaire aux plus hautes responsabilités. Quelles que soient les promesses de conciliation qu’il émettra dans les jours à venir, un président Trump mènera un gouvernement chauvin et militariste, imposant des politiques d’État policier <…> Sous Trump, l’Amérique ne retrouvera pas sa “grandeur”. Elle sera traînée dans la boue.

Les événements tumultueux des 12 mois qui ont suivi ont largement justifié cette évaluation. Trump a choisi un cabinet de milliardaires, de généraux et d’idéologues d’extrême droite. Il a fixé comme objectif principal dans la politique intérieure l’enrichissement de sa propre classe de parasites riches à travers la déréglementation et une réduction d’impôts massive pour les entreprises américaines. Il a œuvré à créer une base pour un régime autoritaire, en faisant appel à la police, l’armée, la police aux frontières et l’ICE (qui cherche des immigrés partout aux États-Unis pour les déporter), et les fascistes porteurs de torches comme ceux qui ont déclenché l’émeute à Charlottesville, en Virginie. Il s’est lancé dans une politique étrangère basée sur le militarisme et la menace d’une guerre nucléaire.

Les médias bourgeois et les politiciens Démocrates traitent Trump comme s’il représente une déviation des normes de la politique capitaliste. Mais loin de représenter une aberration, sa présidence est le produit de tendances qui se sont développées depuis des décennies, surtout la croissance colossale des inégalités sociales et économiques et 25 ans de guerre pratiquement ininterrompue. Ces deux caractéristiques du capitalisme américain et de son système bipartite sont incompatibles avec le maintien de formes démocratiques de gouvernement.

Les États-Unis sont une oligarchie dans laquelle le véritable pouvoir politique est exercé par une cabale non élue de milliardaires, d’agents du renseignement et de généraux. Trump est le représentant de ces forces réactionnaires.

Ces deux processus – l’inégalité économique grandissante et le militarisme rampant – sont caractéristiques du capitalisme mondial dans son ensemble et ne se limitent pas aux États-Unis, bien qu’ils trouvent peut-être leur expression la plus pernicieuse et grotesque à Wall Street et à Washington.

Trump fait lui-même partie d’un processus international, dans lequel les démagogues de l’extrême droite ont profité politiquement de la pire crise économique du capitalisme depuis les années 1930. L’alternative pour l’Allemagne ; Le Pen du Front national en France ; les partis d’extrême droite en Autriche, aux Pays-Bas, en République tchèque et en Italie ; et le rôle principal qu’a joué l’UKIP dans le vote du Brexit en Grande-Bretagne sont tous des phénomènes d’un caractère semblable.

Le paradoxe apparent selon lequel la crise capitaliste a renforcé la droite et non ceux qui se disent de gauche dans le spectre de la politique bourgeoise doit être compris en termes de classe. Les partis « de gauche » officiels, qu’ils s’appellent sociaux-démocrates, travaillistes ou démocrates aux États-Unis, ont depuis longtemps tourné le dos aux préoccupations des travailleurs et adopté des politiques d’austérité qui profitent à l’élite financière. Un énorme vide politique a été créé, qui a été initialement comblé par des éléments de l’ultra-droite et semi-fascistes utilisant la démagogie populiste de droite pour faire appel aux griefs concernant le déclin du niveau de vie et la perte d’emplois décents à plein temps.

Les élections américaines de 2016 ont enregistré une désaffection et une colère massives visant l’ensemble de l’establishment politique, exprimées par la montée de candidats « insurgés » dans les partis Démocrate et Républicain. Quelque 13 millions de personnes, principalement des jeunes et des travailleurs, ont voté pour Bernie Sanders aux primaires démocrates parce que Sanders se disait socialiste et prétendait mener une « révolution politique » contre la « classe des milliardaires ». Son rôle était de canaliser le mécontentement social de nouveau dans l’impasse du Parti démocrate, une mission qu’il a complétée en approuvant Hillary Clinton.

Trump a réussi à rallier des travailleurs dévastés par des décennies de fermetures d’usines et de licenciements massifs en se faisant passer pour un opposant à l’establishment et en jouant sur le dégoût et la désillusion engendrés par huit ans de l’Administration Obama qui ont vu le plus grand transfert de richesse du bas vers le haut dans l’histoire des États-Unis, et de l’escalade de l’agression militaire américaine à l’étranger.

Clinton s’est présenté comme la continuatrice d’Obama, la candidate du statu quo, permettant à Trump d’exploiter le mécontentement de masse. Le désir de changement ne pouvait trouver aucun débouché progressiste dans la camisole de force du système bipartite bourgeois.

Ce mécontentement de masse a été encore alimenté par le parcours de Trump depuis l’élection. Son inauguration a été suivie par les plus grandes manifestations de l’histoire américaine, qui ont éclaté dans pratiquement toutes les grandes villes. Des centaines de milliers de personnes se sont opposées aux attaques de Trump contre les immigrés, au fait qu’il a fait taire des scientifiques travaillant sur l’environnement, à ses menaces contre les programmes sociaux, y compris les soins de santé, et ses encouragements ouverts aux racistes et aux fascistes. La position de Trump dans les sondages d’opinion est la plus basse de tous les présidents lors de leur première année dans l’histoire moderne.

À chaque étape, les Démocrates ont cherché à détourner l’opposition à Trump vers les canaux pro-guerre et de droite, utilisant de fausses accusations d’ingérence russe dans les élections de 2016 pour pousser l’administration vers une politique plus belliqueuse envers Moscou et exiger la censure d’Internet pour réprimer toute expression de dissidence politique.

Un an après les élections, les deux partis capitalistes qui alternent au pouvoir politique en Amérique sont tous deux en crise profonde. Les sénateurs républicains dénoncent Trump comme une menace pour la démocratie, tandis que les alliés fascistes de Trump comme Stephen Bannon ciblent l’establishment du parti et s’alignent sur la violence de rue par les suprémacistes blancs et les néonazis. Le Parti démocrate est déchiré par les conflits entre les ailes de Clinton et de Sanders. Les deux parties sont largement méprisées par les travailleurs comme les outils des grandes entreprises.

L’ensemble du spectre politique bourgeois s’est radicalement déplacé vers la droite dans tous les grands pays capitalistes. Mais les sentiments de la masse des travailleurs et de la jeunesse ont évolué dans la direction opposée, à gauche. En mai, une majorité de personnes âgées de 18 à 35 ans interrogées par l’Union des radiodiffuseurs européens a déclaré qu’elle participerait à un « soulèvement à grande échelle » contre le statu quo. En octobre aux États-Unis, un sondage similaire a révélé qu’il y a plus de jeunes Américains favorables au socialisme ou au communisme qu’au capitalisme.

Le système de profit est incapable de fournir des emplois bien rémunérés aux travailleurs ou des services publics décents. Il tends naturellement à attaquer les droits démocratiques et à mener des guerres de plus en plus sanglantes à l’échelle régionale et finalement mondiale. Des centaines de millions de personnes ressentent déjà le conflit entre l’élite financière mondiale et leurs propres intérêts de classe. À mesure que la crise s’aggrave, ils doivent devenir politiquement conscients de ce conflit et y participer pour défendre leurs intérêts.

Le lendemain de l’élection de Trump, le World Socialist Web Site a déclaré : « La période à venir va choquer et indigner les masses ; il y aura des luttes de plus en plus amères. »

L’expérience de l’année écoulée confirme l’exactitude de cette prédiction. La question centrale de cette crise politique est la construction d’une nouvelle direction révolutionnaire de la classe ouvrière, aux États-Unis et dans tous les pays, engagée à développer une lutte de masse pour une perspective socialiste et internationaliste.

(Article paru d’abord en anglais le 8 novembre 2017)