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Unifor, l'Autoworker Newsletter du WSWS, et la politique de la grève à CAMI

Par Jerry White
6 octobre 2017

Dès le début de la grève de 2800 travailleurs de l'usine de General Motors à Ingersoll en Ontario, le World Socialist Web Site Autoworker Newsletter a lutté pour la plus large mobilisation de la classe ouvrière en appui aux travailleurs de chez CAMI. Le bulletin d'information a particulièrement insisté sur le fait que les travailleurs de l'auto avaient besoin d'une stratégie internationale pour unir les travailleurs canadiens, américains et mexicains dans une lutte commune contre les géants transnationaux de l'automobile et les gouvernements à Ottawa, Washington et Mexico City, qui appuient GM dans ses mesures pour réduire les coûts de la main-d'oeuvre et augmenter ses profits.

L'Autoworker Newsletter ne cache pas son opposition aux politiques ratées d'Unifor, son prédécesseur, les Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA), les United Auto Workers (UAW) aux États-Unis et la Confederacion de Trabajadores de Mexico (CTM). Loin d'unir les travailleurs en une lutte commune, les politiques nationalistes et procapitalistes de ces syndicats – qui rivalisent tous pour attirer des investissements en offrant leurs membres en tant que main-d'oeuvre à bon marché – n'ont que servi à diviser et affaiblir les travailleurs et les plonger dans une lutte fratricide de nivellement vers le bas.

Étant donné que le bulletin du WSWS n'a pas agi en tant que servile promoteur d'Unifor, l'appareil syndical a fait tout ce qu'il pouvait pour barrer l'accès des piquets de grève, effacer des articles du WSWS de pages Facebook et intimider des travailleurs qui osent s'exprimer à travers les pages du bulletin. Incapables de répondre aux critiques du WSWS, les représentants de la section locale 88 ont diffamé le WSWS en l'accusant de publier de «fausses nouvelles» et en affirmant qu'il semait des divisions parmi les travailleurs pour affaiblir la grève.

Au nom de la «solidarité», des représentants syndicaux soutiennent que les membres de la base devaient suivre les ordres du syndicat sans soulever de questions ou faire de critiques sur ses politiques, son passé ou même son comportement lors de négociations.

En ce qui concerne l'Autoworker Newsletter du WSWS, d'après des représentants d'Unifor et de la section locale 88, il cherche uniquement à amener son «programme politique socialiste» aux travailleurs, alors que ce qu'il faut, c'est de la «solidarité, pas de la politique».

Mais le déroulement de la grève à CAMI – et toute l'expérience des travailleurs de l'automobile au Canada, sans parler des États-Unis et du Mexique – a révélé que les travailleurs de CAMI sont en pleine lutte politique.

D'un côté se trouve une impitoyable entreprise, appuyée à fond par les tribunaux, la police, les médias, et les politiciens de la grande entreprise qui, il y a à peine huit ans, offraient des milliards de l'argent des contribuables pour éviter la faillite à GM et ses investisseurs de Wall Street et Bay Street. Dans leur réponse aux supplications d'Unifor pour des promesses de production future, les cadres de GM ont simplement dit: «L'entreprise se réserve entièrement le droit de décider comment répondre aux conditions et nécessités du marché, et où bâtir les installations en conséquence.»

En d'autres mots, les propriétaires capitalistes soutiennent que les usines qu'ils opèrent à travers le monde sont leur propriété personnelle et qu'ils construiront des voitures où ils le veulent – c'est-à-dire, là où ils peuvent se procurer la main d'oeuvre au meilleur marché et extraire les profits les plus élevés sur le dos des travailleurs.

De l'autre côté se trouvent les travailleurs de CAMI qui insistent sur le fait que les travailleurs ont le droit à la sécurité d'emploi et la sécurité financière. La grève et l'effet domino qui se fait ressentir à travers l'empire de GM démontrent une fois de plus que c'est le travail collectif de la classe ouvrière qui produit la richesse de la société et non pas l'escroquerie financière des spéculateurs à la bourse et des PDG d'entreprises.

Il y a plus de 150 ans, le fondateur du socialisme scientifique, Karl Marx, a dit, «Toute lutte des classes est une lutte politique». Il voulait dire par là que la classe ouvrière devait s'organiser en tant que force politique indépendante afin de prendre elle-même le pouvoir politique. C'est ainsi seulement que les travailleurs pourraient retirer le contrôle de la société des mains des exploiteurs capitalistes et devenir les maîtres de leur propre destinée.

Unifor prétend qu'il est illégitime «d'introduire la politique» dans la lutte à l'usine CAMI. Mais le président d'Unifor Jerry Dias, le président de la section locale 88 Dan Borthwick et le président d'usine Mike Van Boekel font constamment de la politique, mais pas de la politique qui profite à la classe ouvrière.

Dias et Unifor ont mené la campagne «N'importe qui sauf Harper» lors des élections de 2015, disant aux travailleurs de l'automobile de faire confiance à Justin Trudeau et aux libéraux, et se vantent régulièrement des liens qu'ils entretiennent avec des ministres libéraux.

Mais le Parti libéral – tout comme les conservateurs et le Nouveau Parti démocratique social-démocrate – est un parti capitaliste. Il défend la propriété privée et la domination économique de General Motors et du reste de l'élite corporatiste et financière sur la classe ouvrière.

Le plus proche allié provincial de Trudeau, le gouvernement libéral de Kathleen Wynne en Ontario – qu'Unifor a aidé à élire – a imposé de vastes coupes dans les dépenses sociales au cours des quatre dernières années et s'est servi de lois antigrèves pour imposer des réductions salariales aux enseignants.

En ce qui concerne le gouvernement Trudeau, il a lancé une campagne massive pour privatiser l'infrastructure publique, il a étendu le rôle du Canada dans les guerres et les interventions militaires et stratégiques des États-Unis à travers le monde, et prévoit des mesures d'austérité brutales pour financer l'augmentation de 70 % des dépenses militaires d'ici 2026.

Comment est-il possible pour les travailleurs de gagner leurs droits sociaux – pour des emplois bien rémunérés et stables, un système de santé de haute qualité, le logement, l'éducation publique, une retraite confortable et un monde sans guerre – s'ils sont liés politiquement aux représentants de leurs ennemis de classe?

D'après Dias & Cie, non seulement les travailleurs devraient faire confiance à Trudeau, mais ils devraient également vouloir travailler avec le président fascisant des États-Unis, Donald Trump, et son copain milliardaire, le secrétaire du commerce Wilbur Ross, que le président d'Unifor a rencontrés à plusieurs reprises. Dans ses remarques lors du rassemblement de grève dimanche, Dias affirmait que Trudeau et Trump pourraient être persuadés de renégocier un Accord de libre-échange nord-américain qui protégerait les emplois et conditions de vie des travailleurs au Canada et aux États-Unis, tout en sortant les travailleurs mexicains de la pauvreté!

Quel travailleur sain d'esprit ferait confiance à Trump, le président le plus détesté de l'histoire des États-Unis, pour défendre ses intérêts? Loin de protéger les travailleurs américains et canadiens, sans parler de ceux au Mexique, Trump a lancé une immense campagne de chasse aux sorcières et de déportation contre les travailleurs immigrés, et amène le monde au bord de la guerre nucléaire avec ses menaces «d'annihiler» la Corée du Nord. Sa politique «l'Amérique d'abord» se réduit à des mesures de guerre commerciale contre le Mexique, la Chine et d'autres pays, incluant le Canada, et la réduction des impôts et des réglementations pour les entreprises comme GM, qui n'ont absolument pas l'intention de mettre fin à l'exploitation des travailleurs mexicains.

Il n'existe pas «commerce équitable» dans le capitalisme. Le système n'est pas basé sur l'équité, mais sur l'exploitation de la classe ouvrière internationale pour le profit. La renégociation de l'ALÉNA ne vise pas à améliorer les conditions des travailleurs, mais à renforcer les profits de la grande entreprise en augmentant les avantages compétitifs des États-nations capitalistes qui en font partie.

La politique nationaliste et procapitaliste d'Unifor et de l'UAW ne fait que lier les travailleurs aux besoins de «leurs propres» exploiteurs capitalistes. Au cours des quatre dernières décennies, les syndicats ont essentiellement abandonné les grèves, se vantent de leurs «partenariats» avec les patrons de l'auto et ont sacrifié les gains de dures luttes de générations de travailleurs de l'automobile.

Dias et Van Boekel expriment de l'incrédulité face au refus de GM de promettre un investissement supplémentaire après qu'Unifor les a aidés à imposer des semaines de six jours, une «période transitoire» des salaires de dix ans et des conditions chez CAMI qui ressemblent à une prison, dans les mots de Van Boekel. Mais aucun de ces cadeaux offerts par les syndicats au Canada et aux États-Unis n'a «sauvé» d'emplois. Ils ont seulement établi un plancher plus bas pour la compétition entre les travailleurs qui sert à déterminer qui travaillera le plus pour les plus bas salaires dans les pires conditions.

La lutte pour défendre les emplois et les conditions de vie doit être politique – mais pas n'importe quelle politique! Le socialisme n'est pas une idée utopiste qui n'a aucune importance pour la lutte immédiate, comme l'affirment les représentants d'Unifor. Au contraire, la nécessité du socialisme provient justement du fait que le vieil ordre économique et social dont bénéficient les représentants syndicaux – n'est plus en mesure de subvenir aux besoins de la société et est devenu le principal obstacle au progrès de l'humanité.

Les grandes entreprises industrielles et la technologie moderne – assemblées par le travail collectif de générations de travailleurs – ne peuvent demeurer entre les mains de spéculateurs financiers et directeurs d'entreprises qui ne se soucient que de leur enrichissement personnel. La classe ouvrière internationale ne doit pas se laisser diviser par les frontières nationales dépassées et s'entre-déchirer à travers des mesures de guerre commerciale et une guerre mondiale dévastatrice.

Au lieu de cela, comme disait Marx, «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! Vous n'avez rien à perdre, que vos chaînes!»

L'Autoworker Newsletter du WSWS encourage les travailleurs de CAMI à prendre la direction de la lutte entre leurs propres mains à travers l'élection de comités de grève pour formuler les demandes des travailleurs et élargir la lutte à travers l'industrie automobile de l'Amérique du Nord. Cela doit être combiné à une nouvelle stratégie politique socialiste pour la classe ouvrière: la lutte pour un gouvernement ouvrier qui transformerait les monopoles de l'auto en sociétés publiques, sous possession et contrôle démocratiques de la classe ouvrière. Le Parti de l'égalité socialiste mène cette lutte et exhorte les travailleurs à entrer en contact avec l'Autoworker Newsletter du WSWS.

(Article paru en anglais le 4 octobre 2017)