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Le Parti travailliste cherchera à bloquer le projet de loi du Brexit

Par Julie Hyland
8 septembre 2017

Alors que le Parlement commence son débat aujourd’hui sur la deuxième lecture du projet de loi intitulé « La grande abrogation », qui élimine la législation de l’Union européenne (UE) dans le droit britannique, le Parti travailliste a officiellement annoncé qu’il voterait contre.

Le projet de loi constitue la première étape pour sortir légalement le Royaume-Uni de l’UE – ce qui est prévu pour mars 2019 – comme suite au vote pour le Brexit lors du référendum de l’an dernier. Décrite comme la plus grande entreprise législative dans l’histoire britannique, elle incorpore des statuts et des règlements qui ont été adoptés par le Royaume-Uni pendant son appartenance à l’UE et à son prédécesseur, la Communauté économique européenne.

Plus fondamentalement, le projet de loi prévoit des « clauses Henri VIII », datant du 16ᵉ siècle, qui permettent aux ministres et aux fonctionnaires de décider quels aspects de la législation et de la réglementation de l’UE peuvent être conservés, modifiés ou rejetés, sans recours au Parlement.

Cette augmentation massive des pouvoirs exécutifs est justifiée par l’explication qu’il est nécessaire de « permettre une sortie sans heurts et ordonnée » de l’UE.

Dans un communiqué, un porte-parole du Parti travailliste a déclaré que : « en tant que démocrates, nous ne pouvons pas voter pour un projet de loi qui, sans amendement, permettrait aux ministres du Gouvernement de saisir des pouvoirs du parlement pour sabrer les droits des gens au travail et réduire la protection des consommateurs et de l’environnement ».

Le Parti travailliste n’a pas actuellement les chiffres pour bloquer la législation. La Première ministre conservatrice, Theresa May, a une majorité active de 13 voix, s’appuyant sur le soutien du Parti unioniste démocrate d’Irlande du Nord. Malgré des critiques, aucun député conservateur ne devrait se rebeller contre May lors du vote lundi, bien que cela puisse changer lors du passage en commission.

Les dénonciations par le Parti travailliste d’un « coup de force » par l’exécutif ne peuvent être prises au pied de la lettre. Surtout lorsque leur véritable objectif politique est d’aligner le parti en tant que principal défenseur de l’UE antidémocratique.

Sa déclaration affirme qu’il : « respecte pleinement la décision démocratique de quitter l’Union européenne » et « il appuie un Brexit « des emplois d’abord » avec un accès sans aucun tarif au marché unique européen », (notre italique).

C’est la dernière partie de la phrase qui est la plus importante.

En juin dernier, le Parti travailliste a soutenu un vote pour rester dans l’UE, bien que le chef du parti, Jeremy Corbyn, ait été un critique véhément de l’UE tout au long de ses 30 ans de carrière comme parlementaire d’arrière-ban [sans fonctions particulières]. Après le référendum, il a voté avec May pour entamer des négociations sur le retrait britannique du marché unique et de l’union douanière.

Mais cela, la majorité de la bourgeoisie, les banques et les grandes entreprises n’en veulent pas. Au-delà de la menace sur les intérêts des entreprises, les pouvoirs en place sont alarmés par les conséquences du Brexit pour la position mondiale de l’impérialisme britannique. Il y a des craintes que cela aboutisse à sa diminution et son éclipse – en particulier par Paris et Berlin – dans des conditions de guerre commerciale et de militarisme croissantes.

Conformément à ces préoccupations, May a accepté une période de transition, jusqu’à deux ans après le Brexit, pour tenter des mesures qui reproduiront les relations existantes du Royaume-Uni avec l’UE.

Cependant, les efforts de May pour gommer les différences amères dans le Parti conservateur sur le Brexit sont considérés par beaucoup comme instables et insatisfaisants. Le Parti travailliste est maintenant remodelé comme principal vecteur politique pour garantir un renversement de facto du résultat du référendum.

Publiquement, le Parti travailliste déclare qu’il accepte le vote pour le Brexit. Mais la semaine dernière, Kein Starmer, porte-parole du Parti travailliste pour le Brexit, a annoncé que le parti appuierait une période de transition prolongée après mars 2019, dans laquelle la Grande-Bretagne continuerait à participer au marché unique et à l’union douanière « tant que cela s’avérerait nécessaire ».

Cela a le soutient de la majeure partie de l’appareil du Parti travailliste – de l’aile droite de Blair jusqu’aux syndicats – qui s’opposent au Brexit. Le chef adjoint, Tom Watson, a déclaré que cela signifiait que le Parti travailliste était le parti du « Brexit doux ».

C’est là le contenu réel de l’opposition du Parti travailliste au projet de Loi « la grande abrogation ». Il veut s’assurer que la version définitive n’exclut pas la participation continue à l’UE.

Dennis MacShane, l’ancien ministre de l’Europe pour le Parti travailliste, a déclaré que l’initiative par le Parti travailliste signifiait que May devrait « décider soit de soutenir les anti-européens extrêmes dans son cabinet soit de suivre un Jeremy Corbyn d’extrême gauche qui apparaît maintenant comme un modéré, politicien pro-affaires essayant de retarder le Brexit le plus longtemps possible. »

Sa description de Corbyn comme un pilier de l’establishment politique souligne le service réel que cet ancien député de « gauche » fournit aux puissants. La prétendue réticence de Corbyn à appuyer sincèrement l’UE a joué un rôle majeur dans la tentative de coup à la tête du parti l’an dernier par l’aile droite de Blair, avec le soutien de l’appareil militaire et de sécurité. Maintenant, Corbyn a donné sa bénédiction à leurs demandes, habillant une initiative favorisant l’UE des habits d’un programme anti-austérité – comme si le bloc du grand patronat n’était pas l’instrument principal pour imposer la dévastation sociale à travers le continent, en particulier en Grèce.

Cela a encouragé ses prétendus adversaires dans le groupe parlementaire du Parti travailliste qui établissent des relations avec les conservateurs anti-Brexit et demandent à revenir sur le résultat du référendum.

Tandis que des négociations officielles tendues ont eu lieu la semaine dernière sur les termes du Brexit à Bruxelles, Tony Blair a rencontré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker en coulisses. Aucun détail n’a été publié, mais Blair a mené à la demande d’un deuxième référendum.

Mardi, l’ancien conseiller politique de Blair, Lord Adonis, a déclaré que le Parti travailliste finirait par soutenir un autre référendum qu’il qualifiait de « premier référendum sur les conditions de sortie ».

Le blairiste de premier plan Chuka Umunna a uni ses forces avec la députée conservatrice Anna Soubry dans un groupe parlementaire de tous les partis, y compris les députés des démocrates libéraux, le Parti national écossais et le Plaid Cymru gallois. Le groupe exige que le gouvernement cherche à maintenir le Royaume-Uni dans l’union douanière.

Mardi, la campagne du Parti travailliste pour le marché unique a été lancée. Dirigé par les députées travaillistes Heidi Alexander et Alison McGovern, elle appelle le Royaume-Uni à rester « dans le marché unique européen et l’union douanière » et vise à construire du soutien pour une motion à la conférence du Parti travailliste dans deux semaines afin de rendre cette politique officielle.

Son personnel de premier plan comprend ceux impliqués dans les deux tentatives de putsch contre la direction de Corbyn. McGovern a quitté les banquettes ministérielles travaillistes après que Corbyn ait été élu pour la première fois en septembre 2015, puis Alexandre a démissionné du cabinet fantôme en juin 2016, quelques jours après le référendum, dans une révolte organisée par le Parti travailliste parlementaire.

Les membres du groupe consultatif comprennent Naushabah Khan, Leighton Andrews et Adam Harrison, qui ont déjà exigé que Corbyn soit suspendu ou remplacé. Simon Darvill, qui a dirigé la campagne officielle pour « rester » lors du référendum, et Fiona Millar (partenaire du conseiller en communication de Blair, Alastair Campbell).

Durant la séance des questions pour le Premier ministre mercredi, Corbyn a évité toute mention des projets divulgués par le gouvernement pour restreindre l’immigration au nom d’un principe qui serait « les Britanniques d’abord ». Il a déclaré que le Parti travailliste cherchera également à limiter la liberté de mouvement.

(Article paru d’abord en anglais le 7 septembre 2017)