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La campagne électorale fédérale allemande et le risque de guerre nucléaire mondiale

Par Johannes Stern
13 septembre 2017

Les médias et les partis politiques cherchent depuis longtemps à exclure les questions de guerre et de militarisme de la campagne électorale fédérale en Allemagne. Mais la réalité les rattrape maintenant. L’agressivité de l’impérialisme américain vis-à-vis de la Corée du Nord, de la Russie et de la Chine, et les essais de l’arme nucléaire par le régime de Pyongyang ont amené le monde au bord d’une guerre nucléaire qui met en question la survie même de l’humanité. C’est un risque contre lequel le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP – Parti de l’égalité socialiste) et le Comité international de la Quatrième Internationale mettent en garde depuis un certain temps et qui est maintenant discuté ouvertement.

Mercredi, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a fait un parallèle avec la situation en 1914 et a déclaré : « Si vous regardez l’histoire de la Première Guerre mondiale, ce fut un processus étape par étape, une partie faisant une chose, l’autre faisant une autre, produisant une escalade. »

Dans un article intitulé « Les semeurs de troubles », le Süddeutsche Zeitung a posé la question troublante, « Qui sait si dans une telle situation il se passera à la fin ce que tout d’abord personne ne voulait. Ce n’est pas un hasard si les somnambules, qui ont conduit l’Europe à la Première Guerre mondiale dans l’été de 1914, sont à nouveau discutés. »

La dernière session du parlement allemand (Bundestag) avant l’élection a été assombrie par le risque d’une guerre nucléaire. Avant même que la chancelière Angela Merkel (Démocrates-chrétiens, CDU) ait prononcé un discours d’ouverture de la session, le chef adjoint du groupe parlementaire social-démocrate (SPD) sur les affaires étrangères et de défense, Rolf Mützenich, a déclaré : « Une ombre nucléaire plane une fois de plus sur le monde – depuis la Corée du Nord, mais aussi en raison d’un président américain imprudent et enragé, qui fait grandir l’ombre nucléaire. Madame la Chancelière, je pense que vous mériteriez tous les honneurs si vous contredisiez fortement un tel président américain dans le restant de votre mandat. »

Le ministre des Affaires étrangères du SPD, Sigmar Gabriel, a prévenu dans son discours d'« une phase où nous parlons non seulement du réarmement conventionnel, mais d’un retour aux heures les plus sombres de la guerre froide. » De par le monde, « tous les débats portent sur le réarmement […] En Chine, en Inde, en Amérique latine, aux États-Unis, en Russie, en Europe, en Afrique, partout, nous parlons de réarmement, rien d’autre n’est discuté n’importe où. »

« Le symbole politique, l’action politique qui doit provenir de l’Allemagne ne peut pas être que nous allons participer à cette course aux armements », a proclamé le ministre des affaires étrangères. « Le signal de l’Allemagne, indépendamment de qui a gouverné ce pays, a toujours été que l’Allemagne veut être une voix pour la paix et un pouvoir pour la paix dans le monde et ne participera pas au réarmement ». Gabriel a qualifié d'« erreur » la décision de l’OTAN d’imposer aux États membres de dépenser 2 pour cent de leur PIB pour la défense – « Même si les sociaux-démocrates ont soutenu ce compromis à l’époque ».

En novembre 1933, Léon Trotsky a écrit l’article « Hitler veut la paix… ». Il a décrit comment, même Hitler s’est engagé pour « la paix » et à la « compréhension internationale » au début de la domination nazie. Le Troisième Reich, remarquait Trotsky, était à la fin de 1933 « encore trop faible pour que son gouvernement puisse dans un avenir proche parler un autre langage que celui du pacifisme ». Cependant, au cours de quelques années, après s’être réarmé, cela passerait de « ma paix » à « ma lutte » et même à « ma guerre ».

Il a fallu à Gabriel moins de cinq minutes au Bundestag pour passer des phrases sur la paix et le désarmement à la demande du renforcement des forces armées allemandes. « Bien sûr, nous devons améliorer les armements des forces armées, parce que d’ailleurs, on fait des coupes dans les forces armées depuis 12 ans », a déclaré le social-démocrate. Gabriel a identifié le politicien de droite de l’Union sociale chrétienne (CSU) Karl Theodor zu Guttenberg, qui a été ministre de la Défense de 2009 à 2011 et qui tente actuellement un retour politique, comme l’individu le plus responsable de cela.

La direction de la critique de Gabriel sur l’objectif de 2 pour cent de l’OTAN est claire. L’Allemagne se réarme et se prépare, avec les autres grandes puissances, à la guerre, mais selon ses propres conditions.

La « question principale en jeu ne doit pas être combien nous dépensons, mais le sujet est plutôt sur quoi nous dépensons », a déclaré Gabriel aux députés. Ce qui est en jeu, c’est « la bonne stratégie ». Et « chaque soldat qui revient d’un déploiement à l’étranger » lui dit : « Oui, nous avons besoin de l’armée. Mais, monsieur Gabriel, ne croyez pas que grâce à des dépenses militaires et de défense supplémentaires, vous pouvez assurer la paix et la stabilité et combattre le mouvement des réfugiés. Vous devez lutter contre la faim, la pauvreté, le désespoir et le manque d’avenir. C’est cela que vous devez faire. »

Il s’agit là d’une critique à peine dissimulée des guerres dirigées par les États-Unis au Moyen-Orient, auxquelles Gabriel veut opposer une politique interventionniste européenne prétendument plus « humaine », dominée par Berlin.

« L’Europe assume la responsabilité de la sécurité européenne », a écrit Gabriel dans son dernier livre avec le titre révélateur « Réévaluer ». « Dans la politique étrangère et de sécurité, nous devons être capables d’avoir une stratégie consciente et de prendre des mesures, car nous ne sommes pas encore assez bons. Cela comprend la définition de nos intérêts européens et leur articulation indépendamment des États-Unis. Cette obstination exige dans une certaine mesure une émancipation de l’adoption des positions développées à Washington. »

L’objectif déclaré de Gabriel est la création d’une armée européenne capable de faire respecter ses intérêts mondiaux indépendamment de l’OTAN et des États-Unis, et, le cas échéant, en opposition avec ce dernier. Il ne s’agit pas seulement d’acheter de nouvelles armes. Il s’agit d’intégrer plus fortement l’industrie européenne de l’armement et de regrouper les ressources. Il s’agit de la création d’une identité commune de sécurité européenne qui, grâce à des structures de plus en plus intégrées, ouvre la voie à une armée européenne. »

Gabriel sait très bien que les projets des États-Unis de renforcer leur arsenal nucléaire mettent en danger cette politique. Un « retour aux heures les plus sombres de la guerre froide » augmenterait la dépendance de l’Allemagne et de l’Europe à l’égard des États-Unis et nuirait aux intérêts économiques et géopolitiques de Berlin qui sont en contradiction toujours plus profonde avec ceux des États-Unis. Il a l’intention d’utiliser le reste de la campagne électorale pour transformer en soutien au militarisme allemand la peur largement répandue d’une guerre nucléaire qui pourrait être déclenchée par les États-Unis.

Le Parti de gauche et les Verts, qui s’efforcent d’établir un gouvernement après les élections avec Martin Schulz, candidat du SPD à la chancellerie, œuvrent vers le même but. Ils ont introduit une motion au Bundestag mardi appelant le gouvernement allemand à « retirer » son soutien à l’objectif de 2 pour cent de l’OTAN et à : « engager immédiatement des négociations avec les États-Unis visant dès que possible à faire retirer de la République fédérale les armes nucléaires américaines stationnées à Büchel. »

Jan Korte, qui s’est prononcé en faveur de la motion du Parti de gauche finalement rejetée, n’a laissé aucun doute sur le fait qu’il n’était pas motivé par des visées pacifistes, mais par le renforcement de l’impérialisme allemand contre Washington. La motion a également noté « que nous sommes indépendants et souverains – y compris par rapport aux États-Unis d’Amérique – et établissons notre propre politique ici ».

Le Sozialistische Gleichheitspartei est le seul parti qui s’oppose aux plans de guerre nucléaire américains aussi bien qu’au réarmement européen et allemand, et qui lutte du point de vue de la classe ouvrière internationale contre le risque croissant de guerre. Dans notre déclaration électorale « Contre le militarisme et la guerre ! Pour le socialisme ! », Nous déclarons :

« Le danger d’une troisième guerre mondiale ne peut être empêché par des appels à la paix pour la classe dirigeante. La lutte contre la guerre est inséparablement liée à la lutte pour le socialisme. Le SGP appelle à la construction d’un mouvement international anti-guerre basé sur les principes suivants :

« Le nouveau mouvement anti-guerre doit donc nécessairement être complètement et sans équivoque indépendant et hostile à tous les partis politiques et organisations de la classe capitaliste.

« Le nouveau mouvement anti-guerre doit avant tout être international, et mobiliser la vaste puissance de la classe ouvrière dans une lutte mondiale unifiée contre l’impérialisme. La guerre permanente de la bourgeoisie doit être se voir opposer la perspective de la révolution permanente de la classe ouvrière dont l’objectif stratégique est l’abolition du système des États-nations et la création d’une fédération socialiste mondiale. Cela permettra le développement rationnel et planifié des ressources mondiales et, sur cette base, l’éradication de la pauvreté et l’élévation de la culture humaine à de nouveaux sommets. »