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Aucun progrès dans les négociations entre le Royaume-Uni et l’UE sur le Brexit

Par Julie Hyland
8 septembre 2017

Le troisième cycle de discussions sur les termes de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne (UE) a donné lieu à peu d’accords la semaine dernière.

Dans une conférence de presse tendue, le secrétaire britannique au Brexit, David Davies, et le négociateur en chef de l’Union européenne (UE), Michel Barnier, ne pouvaient même pas s’entendre pour dire si des progrès avaient été réalisés.

Davies a pris un ton optimiste, affirmant que la Grande-Bretagne avait prouvé qu’il pouvait être « pragmatique » et « flexible ». Barnier, cependant, a déclaré qu’il n’y avait de « progrès décisif sur aucun des sujets principaux ». Il a accusé le Royaume-Uni de « nostalgie » et a insisté pour « reprendre le contrôle », tout en essayant de maintenir tous les avantages du marché unique européen.

Puisqu’il est prévu que le Royaume-Uni sort de l’UE dès mars 2019, il y a des inquiétudes en Grande-Bretagne selon lesquelles aucun accord ferme ne sera acté en ce qui concerne les relations commerciales futures.

Le problème immédiat est le projet de loi sur le « divorce », concernant les obligations financières de la Grande-Bretagne. L’UE estime le coût de la sortie du Royaume-Uni entre 60 et 100 milliards d’euros. Cela couvre les engagements de retraites envers les fonctionnaires de l’UE, les budgets des projets d’investissement projetés jusqu’en 2020 et les autres « créances éventuelles ».

La Grande-Bretagne conteste la légalité de ces revendications, arguant que ses engagements financiers cessent effectivement lorsqu’elle quitte l’UE. Davies a déclaré que le Royaume-Uni reconnaîtrait ses « obligations morales », mais que cela dépend des relations commerciales après sa sortie.

Cela est rejeté par l’UE, qui insiste sur le fait qu’il ne peut y avoir de progrès dans les discussions sur les relations futures sans que la Grande-Bretagne dépose son projet de loi d’abord.

Dans ces acrobaties diplomatiques, le Royaume-Uni est en position affaiblie. La Première ministre, Theresa May, préside un Parti conservateur divisé et un gouvernement à majorité réduite en raison de sa décision de provoquer une élection générale deux ans avant l’échéance.

La majorité de la bourgeoisie, des banques et des grandes entreprises, qui ont soutenu la campagne « rester », demandent ouvertement que des moyens soient trouvés, à défaut de revenir sur le vote pour le Brexit dans le référendum de l’an dernier, au moins de réduire sévèrement ses conséquences.

De tels appels se sont intensifiés après la visite de May au Japon la semaine dernière, qui devait démontrer les circonstances mondiales favorables au Royaume-Uni après le Brexit. Le gouvernement japonais a précisé que tout accord commercial futur avec la Grande-Bretagne sera subordonné à la finalisation d’un nouvel accord commercial avec l’UE accepté en juillet.

Commentant que la visite avait fourni au gouvernement une leçon « dans la réalité de la Grande-Bretagne post-Brexit », le Financial Times a déclaré dans son éditorial que bien que les « intuitions du gouvernement à propos d’une Grande-Bretagne mondialement libérée puissent être solides […] la voie vers le commerce internationalisé se déroule essentiellement en Europe continentale ».

Les partis conservateurs et travaillistes se sont maintenant engagés à opérer une période de « transition », dans laquelle le Royaume-Uni fait toujours partie du marché unique ou de l’union douanière – pendant deux ans dans le cas des conservateurs et au moins quatre ans selon le parti travailliste.

La semaine dernière, le secrétaire du Parti travailliste au Brexit, Sir Keir Starmer, a engagé le parti à soutenir les arrangements post-Brexit qui constituent une adhésion continue à l’UE sans en porter le nom. Avec le soutien du chef du parti, Jeremy Corbyn, il a déclaré que le Parti travailliste « respecterait les règles communes » de l’Union douanière et du marché unique européen pendant une longue période.

Le nouveau groupe parlementaire sur les relations de l’UE, dirigé par Chuka Umunna pour les travaillistes et Anna Soubry pour les conservateurs, a demandé au gouvernement de faire en sorte que le Royaume-Uni continue à faire partie du bloc de libre-échange européen sous une forme ou une autre.

Sous-tendant ces manœuvres pluripartites, il y a la conscience de l’élite dirigeante qu’elle est assise sur une véritable poudrière sociale.

Les travailleurs britanniques ont traversé des décennies où leurs niveaux de vie et leurs salaires ont plongé. Au cours de la dernière période, la livre sterling a chuté de 15 % par rapport à l’euro et de 13 % par rapport au dollar. Loin d’améliorer le commerce britannique, l’économie s’est affaiblie, les exportations ayant diminué de 2,8 pour cent en mai, ce qui a produit le déficit le plus important en neuf mois.

Le fardeau a été assumé par les travailleurs et leurs familles à mesure que les prix ont augmenté et que les dépenses des consommateurs ont diminué. Cela se passe dans les conditions où la dette des ménages au Royaume-Uni atteint 219 milliards d’euros pour la première fois depuis 2008.

Dans la mesure où le gouvernement de May a une stratégie pour parvenir à un accord avec l’UE, il repose sur la tentative d’encourager les divisions entre ses 27 États membres. Par son intransigeance, il vise à faire pression sur Berlin et Paris pour qu’ils négocient avec lui directement en partant de l’idée, comme l’a dit l’ancien chef conservateur William Hague, qu’ils ont un intérêt commun à maintenir un « environnement commercial ouvert et libéral » en Europe.

« Le moment approche rapidement […] où les gouvernements de l’UE devront intervenir sérieusement dans les négociations s’ils veulent agir dans leur propre intérêt », a écrit Hague dans le Telegraph.

Mais c’est précisément pour éviter l’émergence de divisions dans la zone euro que l’UE, principalement l’Allemagne et la France, insistent sur le fait que les négociations passent exclusivement par Barnier et respectent strictement le mandat de régler les obligations britanniques avant de passer à d’autres questions.

C’est pourquoi les informations selon lesquelles des fonctionnaires français ont secrètement signalé leur volonté de conclure un compromis avec le Royaume-Uni ont rencontré une réfutation prononcée par le président Emmanuel Macron. Donnant son soutien total à Barnier, Macron a souligné : « Il n’y a qu’un seul négociateur et un seul mandat ».

La chancelière, Angela Merkel, a réitéré la ligne rouge de l’Allemagne en ce qui « concerne les obligations que la Grande-Bretagne a conclues ».

Les négociations vacillantes ont vu les médias allemands tirer à boulets rouges sur le gouvernement britannique, avec le Suddeutsche Zeitung le décrivant comme « paumé » et David Davies comme « extraordinairement paresseux ». Le quotidien Bild a écrit sur une « Grande-Bretagne à la traîne » qui s’est fait « passer un savon par Bruxelles » et Der Freitag s’est plaint que le Royaume-Uni souffrait d’un « délire d’exceptionnellement ».

Le week-end, Barnier a menacé : « Il y a des conséquences extrêmement graves à quitter le marché unique », et que « Nous avons l’intention de faire comprendre aux gens […] ce que ça veut dire de quitter le marché unique ».

Malgré toute son arrogance et sa joie maligne, la position de la bourgeoisie européenne est aussi précaire que son homologue britannique.

Les élections fédérales en Allemagne le 24 septembre se caractérisent par une désaffection généralisée pour tous les partis officiels et une colère croissante contre l’augmentation des inégalités sociales qui garantit que tout gouvernement entrant sera très instable.

En France, Macron doit sa majorité parlementaire à un taux d’abstention massive et à l’effondrement mérité du Parti socialiste. Ses tentatives visant à forcer le passage des réformes du travail, en renversant les protections juridiques des travailleurs, sont profondément impopulaires et font face à une résistance généralisée, ce qui est à l’origine de ses mesures visant à renforcer les lois d’urgence.

En plus de faire face à une classe ouvrière rétive à l’échelle nationale, Berlin et Paris continuent d’imposer de l’austérité à travers tout le continent, tout en développant leurs propres plans pour le militarisme et la guerre qui enflammeront davantage les tensions sociales et politiques.

Ces événements confirment la campagne menée par le Parti de l’égalité socialiste pour un boycott actif du référendum de l’UE l’an dernier. En rejetant les allégations selon lesquelles les camps « rester » ou « partir » représentaient un « moindre mal » pour les travailleurs, il a souligné que la classe ouvrière doit rejeter toutes les divisions nationales et unir ses luttes à travers le continent contre son ennemi de classe commun – la bourgeoisie de chaque pays – dans la lutte pour les États socialistes unis d’Europe.

(Article paru d’abord en anglais le 5 septembre 2017)