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Le chef de l’ONU avertit que la crise coréenne pourrait dégénérer en une guerre mondial

Par James Cogan
8 septembre 2017

Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a averti mardi que les conflits provoqués par la position belliqueuse des États-Unis envers le programme d’armes nucléaires de la Corée du Nord pourraient conduire à des « conséquences involontaires ».

Guterres a invoqué les années précédant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, lorsque les réponses rivales aux incidents internationaux ont aggravé les antagonismes des grandes puissances et ont abouti à une guerre totale. « Les guerres ne commencent généralement pas par une décision prise à un moment donné par les parties concernées de partir en guerre », a-t-il déclaré. « Si vous regardez l’histoire de la Première Guerre mondiale, c’était étape par étape, une partie faisait une chose, l’autre partie en faisait une autre, puis une escalade […] C’est ce risque qu’il nous faut éviter à l’égard la situation de la Corée du Nord. »

Le chef de l’ONU a prononcé cet avertissement alors que des divisions intenses ont émergé entre les États-Unis, la Chine et la Russie au sujet des dernières exigences de Washington que le Conseil de sécurité de l’ONU impose un embargo commercial total à la Corée du Nord, y compris la fourniture en pétrole et gaz.

Les groupes de réflexion stratégiques américains ont discuté du but d’un tel embargo, lui-même un acte de guerre, depuis plus de 25 ans. Il chercherait à faire s’effondrer l’économie du pays qui est déjà dans une situation critique, provoquant la famine et de l’agitation sociale, et créer des conditions pour une intervention américano-sud-coréenne pour installer un État inféodé à Pyongyang.

Le gouvernement Trump a exclu toute négociation sur les termes avancés par la Corée du Nord. Pyongyang a indiqué qu’il serait prêt à commencer les discussions sur la fin de son programme nucléaire uniquement si les États-Unis et la Corée du Sud cessent leurs répétitions militaires constantes pour une attaque. Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un est bien conscient du sort des régimes irakiens et libyens après s’être inclinés devant les diktats impérialistes américaines. Les deux furent attaqués, leurs pays dévastés et leurs dirigeants assassinés.

Washington a répondu au régime de Pyongyang par une rhétorique provocatrice, dont le tweet du président Donald Trump la semaine dernière, déclarant : « Parler n’est pas la solution ». En se faisant l’écho de Trump, l’ambassadrice des États-Unis à l’ONU Nikki Haley a publié un ultimatum à la Chine et à la Russie lundi déclarant que « le temps est venu pour nous d’épuiser tous nos moyens diplomatiques avant qu’il ne soit trop tard. »

L’implication on ne peut plus claire. Si le Conseil de sécurité ne vote pas pour des sanctions plus sévères contre la Corée du Nord, les États-Unis et leurs alliés lanceront une guerre catastrophique qui pourrait impliquer pour la première fois depuis 1945 l’utilisation d’armes nucléaires dans une guerre.

Pékin et Moscou ont tous deux signalé qu’ils ne soutiendraient pas un tel blocus économique. Parlant hier lors d’un sommet économique dans la ville de Vladivostok dans l’est de la Russie, le président russe Vladimir Poutine a déclaré : « Nous ne devrions pas agir par émotions et pousser la Corée du Nord dans une impasse. Nous devons agir avec calme et éviter les mesures qui pourraient faire augmenter les tensions. »

Les intérêts économiques et stratégiques des élites dirigeantes chinoises et russes seraient gravement compromis par l’un ou l’autre des scénarios mis en avant par Washington. Un blocus qui menait à l’effondrement du régime de Pyongyang et à son remplacement par un État de marionnettes pro-américain signifierait que les forces militaires américaines seraient stationnées à leurs frontières avec la Corée. En revanche, une guerre, ne détruirait pas seulement la péninsule coréenne, mais déstabiliserait profondément l’Asie de l’Est. Parmi les conséquences, on peut citer les retombées nucléaires et la contamination du nord de la Chine et de l’Extrême-Orient russe, ainsi qu’un flot de millions de réfugiés par-dessus les frontières.

Pékin et Moscou cherchent désespérément à mettre fin à la possibilité d’une attaque américaine. Les deux se sont mis en quatre pour s’adapter aux exigences de Washington, à savoir, accroître la pression sur Pyongyang pour mettre fin à ses programmes d’armes nucléaires et de missiles à longue-portée. Ils ont voté au Conseil de sécurité de l’ONU pour des sanctions toujours plus sévères et affirment qu’ils les appliquent. En même temps, ils ont demandé à plusieurs reprises à Washington d’accepter la position de la Corée du Nord selon laquelle elle ne cessera pas ses efforts pour acquérir un arsenal nucléaire tant qu’elle est menacée en permanence d’attaques et d’invasions par les États-Unis et la Corée du Sud.

Poutine a signalé mercredi lors d’une rencontre avec le président sud-coréen Moon Jae-in qu’il cherche à éloigner Séoul de la position des États-Unis et de le convaincre d’ouvrir des négociations avec Pyongyang.

Contre les exigences de Washington pour un embargo économique sur la Corée du Nord, Poutine a préconisé des investissements massifs dans le pays assiégé et isolé. Il a déclaré lors d’une conférence de presse : « Nous pourrions livrer du gaz par le gazoduc russe à la Corée et intégrer les lignes électriques et ferroviaires de la Russie, de la République de Corée [la Corée du Sud] et de la Corée du Nord. La mise en œuvre de ces initiatives sera non seulement économiquement bénéfique, mais contribuera également à renforcer la confiance et la stabilité dans la péninsule coréenne. »

Moon Jae-in a répondu favorablement. Il a déclaré à Poutine lors d’une conférence de presse conjointe : « Le développement de l’Extrême-Orient favorisera la prospérité de nos deux pays et aidera également à changer la Corée du Nord et à créer les bases de la mise en œuvre des accords trilatéraux. Nous allons travailler dur à ce sujet. »

Ces « accords trilatéraux » ont été conclus entre la Chine, le Japon et la Corée du Sud depuis 2005 pour renforcer leurs investissements et leurs relations commerciales. La proposition de Poutine est également conforme à la « Politique de Soleil » de la Corée du Sud dans les années 1990 pour que le Nord s’ouvre aux investissements et s’imbrique dans les projets « One Belt One Road (la nouvelle route de la soie) de la Chine visant à développer les liaisons énergétiques et de transport à travers la masse continentale eurasienne vers l’Europe occidentale.

Le magazine Newsweek a noté mercredi que M. Poutine avait proposé à Moon une « vision pour la paix dans la péninsule coréenne qui marginalisera les États-Unis. »

Les gouvernements américains successifs – Clinton, Bush, Obama et maintenant Trump – sont intervenues de manière agressive pour perturber une telle perspective. Washington a à maintes reprises exploité les « armes de destruction massive » de la Corée du Nord pour accroître les tensions en Asie de l’Est et empêcher la Corée du Sud et le Japon de développer une orientation économique et stratégique vers la Chine, la Russie et l’Europe.

Le danger de guerre d’aujourd’hui est le résultat de décennies d’intrigues et de provocation impérialistes. Les avertissements de Guterres ne servent qu’à souligner que, dans les coulisses des puissances du monde, les dangers réels posés par les motivations agressives de la classe capitaliste américaine sont bien compris. Washington cherche à préserver la domination mondiale des États-Unis face aux défis qu’il rencontre, surtout les ambitions de l’élite dirigeante chinoise de placer Pékin au centre d’un bloc économique eurasien intégré qui exclurait largement les États-Unis.

Comme dans les années qui ont précédé 1914, les intérêts concurrents des États-nations capitalistes rivaux menacent de précipiter l’humanité dans une guerre mondiale catastrophique, menée cette fois-ci avec des armes nucléaires.

(Article paru en anglais le 7 septembre 2017)