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La classe ouvrière répond à l’ouragan Harvey

Par Joseph Kishore
1 septembre 2017

La préparation et la réponse officielles à l’ouragan Harvey ont été caractérisées par l’incompétence et l’indifférence: pas d’évacuation coordonnée, pas de plan pour des logements d’urgence, des opérations de sauvetage ad-hoc. Alors que Houston et d’autres régions du Texas sont noyées sous les eaux et que le bilan des morts augmente, différents représentants du gouvernement, de la Maison blanche jusqu’aux plus bas échelons, ont passé ces derniers jours à s’auto-féliciter. «Vous avez étés excellents», a dit Trump mardi au gouverneur, au chef de l’Agence fédérale de la gestion des urgences (FEMA) et à d’autres responsables au Texas, espérant que personne ne remarquerait ce qui se passait autour de lui.

Par contre, les inondations ont produit une forte réaction de la part des travailleurs au Texas et à travers la région, qui se sont précipités à la rescousse de leurs concitoyens avec leur propre équipement et sans rémunération.

Le New York Times, qui normalement ne fait référence à la classe ouvrière que de façon dénigrante, écrivait mercredi que «la réponse à l’un des pires désastres depuis des décennies fut, à bien d’égards, improvisé». L’article continuait ainsi: «Des véhicules récréationnels – pneumatiques, Jet Skis, chaloupes motorisées – ont été utilisés pour venir en aide à des personnes coincées dans leurs maisons, pilotés par des soudeurs, des couvreurs, des mécanos et des pêcheurs équipés de shorts, de phares et de ponchos. C’est la classe ouvrière, en grande partie, qui a porté secours à la classe ouvrière.»

Des milliers de gens ont peut-être participé à ces efforts pour sauver ceux qui étaient piégés dans leurs maisons, traversant souvent de longues distances. Beaucoup de ces sauvetages furent coordonnés à l’aide d’une carte sur Internet, houstonharveyrescue.com, mise en ligne par un programmeur cette semaine. Des individus et des familles ayant besoin d’aide ont réussi à s’inscrire sur le site. Des milliers s’en sont servis dans les premières journées de sa mise en ligne, et le site rapporte que mercredi soir, presque 5,000 d’entre eux avaient été «marqués sains et saufs».

Un reportage sur Quartz note que «L’armée de secoureurs, qui peut également s’inscrire sur le site, peut facilement détecter les cas les plus urgents. Une équipe de 100 répartiteurs d’appels fait le suivi avec ceux qui veulent être sauvés, et peut envoyer des messages texte de masse contenant de l’information importante. Un algorithme élimine les répétitions.»

La réponse des travailleurs soulève des questions plus larges. L’ourgan Harvey, tout comme l’ouragan Katrina et beaucoup d’autres désastres aux États-Unis et dans le monde, a mis à nu la réalité de classe que les médias et les politiciens tentent de dissimuler. Comme toujours, ce sont les travailleurs et les pauvres, de toutes origines et ethnicités, qui sont les plus touchés. Ce sont eux qui se retrouvent sans assurance ou face à des assureurs qui refusent de les dédommager. Ce sont eux qui verront les médias et les politiciens de la classe dirigeante partir après la décrue des eaux et la reprise des opérations dans les principaux secteurs industriels.

Une bonne partie de la réaction des médias et de l’establishment politique est motivée par la peur que le désastre déclenche des troubles sociaux, provoquant une conflagration qui découle des immenses contradictions de la société américaine.

En même temps, la réponse des travailleurs à l’ouragan reflète une conscience de classe et une solidarité de base que la classe dirigeante minimise constamment. Contrairement aux affirmations – promues surtout par le Parti démocrate – selon lesquelles la société américaine est divisée par la haine raciale, les opérations d’urgence ont impliqué des travailleurs blancs, noirs et hispaniques des deux côtés: dans les barques et dans les maisons inondées.

Cette réaction constitue un puissant argument en faveur d’organisations ouvrières indépendantes et d’un contrôle ouvrier, non seulement de l’industrie de base et des moyens de production, mais de tous les services essentiels. Les travailleurs ont une bien meilleure compréhension de ce qui doit être fait que ceux qui déterminent présentement la politique gouvernementale – l’aristocratie patronale et financière ainsi que les 5 à 10 pour cent de la population au sommet de la pyramide sociale.

Si les travailleurs avaient été impliqués dans les décisions concernant l’allocation des ressources, le niveau de préparation à l’ouragan aurait été beaucoup plus élevé. Des centaines de milliards seraient utilisées non pas pour éviter la banqueroute à Wall Street et financer la machine militaire américaine, mais pour construire l’infrastructure sociale. Les inondations, après tout, n’étaient ni imprévisibles ni imprévues – mais aucun plan n’a été érigé en conséquence.

La destruction de la quatrième plus grande ville des États-Unis est l’expression d’un phénomène général. De mille façons différentes, les besoins les plus essentiels dans une société de masse moderne – la préparation aux désastres naturels, la distribution de nourriture, le développement des systèmes de santé et d’éducation, sans parler de garantir à tous un revenu viable – entrent en conflit avec la subordination de la société aux diktats du profit. La domination des marchés boursiers fait en sorte que tout est sacrifié aux résultats trimestriels.

La nécessité du socialisme – et de la planification économique qui lui est étroitement associée – ne découle pas de rêves utopiques, mais des exigences concrètes du développement de la société.

Dans tous les aspects de la vie sociale, la classe ouvrière doit prendre les choses entre ses propres mains, par la mise sur pied de comités de travailleurs dans les usines, les lieux de travail et les quartiers, pour prendre contrôle de la production et distribution des ressources. Ces organisations doivent partir des besoins de la classe ouvrière, et être contrôlées démocratiquement par la classe ouvrière. Elles doivent jouer un rôle toujours plus grand dans l’unification des travailleurs et l’organisation de luttes communes contre la classe capitaliste et ses représentants politiques.

L’établissement d’un réel contrôle démocratique de la production et de l’organisation économique est la base nécessaire pour le développement d’un plan rationnel visant à remplacer l’anarchie du marché et garantir que toutes les décisions soient basées sur les besoins sociaux.