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Nouvelle menace de guerre : Trump refuse de négocier avec la Corée du Nord

Par Peter Symonds
1 septembre 2017

Le président américain Donald Trump a de nouveau placé l’Asie du Nord-Est et le monde sur la corde raide en lançant une menace de guerre contre la Corée du Nord. Dans un tweet hier, après le lancement mardi par la Corée du Nord d’un missile qui a survolé le Japon, il a fustigé Pyongyang et ceux qui préconisent une solution diplomatique en déclarant : « Parler n’est pas la réponse ! »

L’implication de cette brève phrase est évidente. Si la discussion n’est pas la réponse, il est inutile d’appliquer de nouvelles sanctions de l’ONU contre la Corée du Nord ou de poursuivre d’autres efforts pour faire pression sur Pékin pour que ce dernier force Pyongyang à s’asseoir à la table des négociations dans le cadre fixé par Washington. La seule autre possibilité est une attaque militaire contre la Corée du Nord, ce que Trump a également laissé entendre quand il a souligné mardi que « toutes les options sont sur la table ».

Dans son tweet, Trump a déclaré : « Les États-Unis ont parlé avec la Corée du Nord et se sont fait extorquer de l’argent pendant 25 ans ». En décrivant les concessions mineures faites à Pyongyang dans les deux accords que les États-Unis ont passé avec le régime – en 1994 sous la présidence de Clinton et en 2007 sous le président Bush – comme de l’« argent extorqué », Trump a démontré qu’il n’a aucune intention de proposer quoi que ce soit à la Corée du Nord, même si des négociations devaient avoir lieu.

La seule conclusion que les dirigeants nord-coréens puissent tirer des propos de Trump est que le pays est confronté au danger bien réel d’une attaque immédiate par les forces militaires les plus puissantes de la planète. Cela aggrave tout simplement la crise de ce régime instable et ultra-nationaliste qui considère que la seule option qui s’offre à lui est le développement de son maigre arsenal nucléaire et la menace de s’en servir – une démarche réactionnaire qui joue le jeu de Washington et divise la classe ouvrière internationale, la seule force sociale qui puisse empêcher la marche vers la guerre.

C’est néanmoins l’impérialisme américain qui porte la responsabilité principale d’avoir entraîné le monde au bord de la guerre nucléaire en Asie du Nord-Est. Ayant maintenu un blocus diplomatique et économique sur la Corée du Nord depuis la fin de la guerre de Corée en 1953, Washington n’a pas tenu ses promesses et a rompu les deux accords qu’il a signés avec Pyongyang. Obama et maintenant Trump ont imposé à la Corée du Nord des sanctions de plus en plus rigoureuses visant non seulement son programme nucléaire mais aussi à paralyser l’économie du pays. Cela a été accompagné par la rengaine constante que « toutes les options sont sur la table », appuyée par d’énormes manœuvres militaires américano-sud-coréennes dont les scénarios envisagent, depuis 2015, des frappes préventives contre la Corée du Nord.

Depuis que Trump a pris ses fonctions, son gouvernement a précisé que la guerre n’est pas une perspective lointaine. À la suite du lancement de deux missiles balistiques à longue portée par la Corée du Nord le mois dernier, l’Agence de renseignement de la défense américaine a évalué que le régime de Pyongyang aurait un missile balistique intercontinental nucléaire capable de frapper le continent américain d’ici l’an prochain – une « ligne rouge » pour Trump qui avait déclaré que cela « n’arrivera pas ». Ce mois-ci, dans une série de déclarations incendiaires sans précédent, Trump a prévenu que les États-Unis noieraient la Corée du Nord sous « un feu et une fureur que le monde n’a jamais vu », ce qui ne peut que signifier l’incinération nucléaire du pays.

Les commentaires complètement téméraires de Trump ont provoqué des divisions tactiques au sein de son gouvernement et plus largement dans l’establishment politique américain. Quelques heures seulement après l’annonce par Trump de la fin des « négociations », le secrétaire américain à la défense, James Mattis, a ouvertement contredit le président. Interrogé par les journalistes pour savoir si les États-Unis étaient à court de solutions diplomatiques quant à l’épreuve de force avec la Corée du Nord, Mattis a répondu sèchement « non », ajoutant : « Nous ne sommes jamais à court de solutions diplomatiques. »

Mattis, ainsi que d’autres, comme le secrétaire d’État américain Rex Tillerson, n’ont jamais exclu d’attaquer militairement la Corée du Nord, mais ils ont souligné ces dernières semaines que la priorité actuelle était une solution diplomatique. Rien que la semaine dernière, Tillerson a déclaré que la Corée du Nord avait fait preuve « d’un certain niveau de retenue » et a laissé entendre la possibilité « dans un proche avenir » d’« avoir un certain dialogue » – un commentaire suggérant que des discussions indirectes avec Pyongyang pourraient déjà être en cours.

Loin d’atténuer les tensions, l’absence d’une politique cohérente à Washington intensifie l’incertitude dans la situation extrêmement tendue sur la péninsule coréenne, qui est en proie à une menace de guerre depuis des mois. Les craintes à Pyongyang d’une attaque américaine imminente sont encore exacerbées par l’insistance de Trump à ne pas faire connaître à l’avance ses décisions militaires, c’est-à-dire qu’une attaque militaire pourrait intervenir à n’importe quel moment.

Alors qu’il contredisait Trump, Mattis était sur le point de rencontrer son homologue sud-coréen et a promis de « travailler ensemble » à protéger « nos nations, nos populations et nos intérêts ». La Corée du Sud supporterait inévitablement tout le poids d’une riposte nord-coréenne suite aux frappes militaires américaines. Les estimations indiquent un nombre de morts et de blessés rien que dans la capitale, Séoul, allant jusqu’à un million de personnes dans les premiers jours des combats.

Mardi, James Clapper, l’ancien directeur américain du Renseignement nationale, a réagi à la menace de guerre de Trump contre la Corée du Nord en déclarant que, pour la première fois, il était d’accord avec l’ancien stratège en chef de la Maison Blanche, Steve Bannon, que les options américaines « étaient limitées ». Juste avant son renvoi de l’équipe de Trump, Bannon a écarté toute option militaire, « jusqu’à ce que quelqu’un résolve la partie de l’équation qui me montre que dix millions de personnes à Séoul ne meurent pas dans les 30 premières minutes suite à l’emploi d’armes conventionnelles ».

Clapper, qui a critiqué Trump à maintes reprises, a demandé la semaine dernière si Trump était suffisamment sain d’esprit pour disposer des codes nucléaires. Il a prévenu que si « dans un excès de colère, il décide de s’occuper de Kim Jong-un, il y a très peu de moyens pour l’empêcher [d’ordonner une frappe nucléaire] ». Clapper a ajouté : « L’ensemble du système est construit pour assurer une réponse rapide si nécessaire. Il y a donc très peu de contrôle sur l’exercice d’une option nucléaire, ce qui fait froid dans le dos. »

Plus tôt ce mois-ci, le conseiller fasciste de Trump, Bannon, avait mis l’accent sur la Chine comme la principale menace pour la domination mondiale des États-Unis. Déclarant que la Corée était « juste un événement mineur », il a appelé à des sanctions commerciales sévères contre la Chine. « Nous sommes arrivés à la conclusion qu’ils sont dans une guerre économique et ils nous écrasent », a-t-il déclaré. « L’un d’entre nous va être une puissance hégémonique dans 25 ou 30 ans, et ce sera eux si nous continuons sur cette voie. »

Les propos de Bannon soulignent la profonde crise de Washington sur la politique étrangère qui a suivi l’arrivée de Trump à la présidence. Le tollé politique en cours et l’enquête sur les allégations selon lesquelles des responsables de Trump ont été de connivence avec la Russie lors de la campagne électorale présidentielle reflètent des divisions implacables sur la question de savoir s’il faut s’opposer à, et finalement entrer en guerre contre, la Russie ou la Chine.

L’agitation politique à propos de la politique étrangère est aggravée par la crise économique croissante aux États-Unis et à l’étranger. Cela élargit le fossé social entre les riches et les pauvres et nourrit l’opposition populaire à Trump, dont l’indifférence totale envers le sort des travailleurs a été affichée très nettement dans sa réaction à l’inondation de Houston.

Le grand danger est que Trump pourrait recourir à une guerre catastrophique avec des conséquences incalculables comme moyen de rediriger des tensions intérieures aiguës contre un ennemi extérieur. Une telle décision serait prise dans le dos du peuple américain et de la population mondiale par la cabale de généraux, de gangsters politiques et de milliardaires qui occupe la Maison-Blanche.

Le seul moyen d’empêcher cette marche vers la guerre est que la classe ouvrière aux États-Unis et dans le monde entier lutte pour sa propre solution de classe à la crise : un mouvement international uni basé sur l’internationalisme socialiste pour mettre un terme au capitalisme, qui est la source de la guerre, les inégalités sociales et les attaques contre les droits démocratiques.

(Article paru en anglais le 31 août 2017)