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Seize ans après le 11 septembre : mensonges, hypocrisie et militarisme

Par Bill Van Auken
15 septembre 2017

Le seizième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 qui ont tué plus de 2900 personnes aux États-Unis a été marqué une fois de plus lundi par des cérémonies sur les sites des tours jumelles démolies du World Trade Center, du Pentagone et d’un champ en Pennsylvanie où l’un des quatre avions détournés s’est écrasés alors que les passagers se battaient pour reprendre le contrôle de l’avion.

Des milliers de personnes se sont rassemblées à New York pour la lecture solennelle des noms de ceux qui ont perdu la vie dans un attentat terroriste criminel et réactionnaire qui n’a servi que les intérêts de l’impérialisme américain et mondial, qui a depuis exploité ces événements pour justifier des guerres d’agression et des attaques contre les droits démocratiques dans le monde entier.

Les émotions authentiques de chagrin et du souvenir partagées par ceux qui ont perdu leurs proches le 11 septembre ont une fois de plus fortement contrasté avec la banalité et l’hypocrisie des commémorations officielles mises en scène par des responsables américains.

Cette dichotomie de longue date a atteint un nouveau niveau avec le discours principal du jour livré par le Président milliardaire et escroc fascisant Donald Trump au Pentagone lundi. Trump (dont la première réaction le jour de ces attentats fut de se vanter, à tort, du fait que l’effondrement des tours jumelles avait fait que sa propre propriété au 40, Wall Street était devenue l’immeuble le plus haut du sud de Manhattan), a prononcé des remarques qui comprenaient des platitudes à peine réchauffées des discours précédents, des hommages répétés au drapeau américain et un vœu de « défendre notre pays contre les forces barbares du mal et de la destruction ».

Trump a répété le cliché bien usé que, le 11 septembre, « tout notre monde a changé ». La phrase est censée suggérer que les guerres sans fin, les mesures d’État policier et les changements radicaux dans la vie politique américaine au cours des 16 dernières années ont tous été menés en réponse aux événements prétendument imprévus et imprévisibles du 11 septembre, n’ayant rien à voir avec tout ce qui précède.

Que ce soit un mensonge cynique et intéressé devient plus clair avec chaque année qui passe.

À la veille de l’anniversaire, de nouvelles révélations ont émergé qui relient l’Arabie saoudite, l’allié le plus proche de Washington dans le monde arabe, à la préparation des attentats du 11 septembre, où 15 des 19 pirates de l’air étaient des citoyens saoudiens. Les médias capitalistes, qui n’ont rien publié d’important à propos de l’anniversaire, ont largement occulté cette nouvelle preuve. Le New York Times a marqué l’anniversaire avec une étude éditoriale des efforts du médecin légiste de New York pour identifier les restes des victimes.

Un procès fédéral pour le compte des familles de quelque 1400 des victimes du 11 septembre a montré que l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington a financé ce qui était apparemment une « opération d’essai » pour les attentats du 11 septembre en 1999. Deux agents saoudiens se disant étudiants ont embarqué sur un vol d’American West depuis Phoenix jusqu’à Washington avec des billets payés par l’ambassade d’Arabie Saoudite. Les pièces du procès indiquent que les deux hommes ont été formés dans des camps d’Al-Qaïda en Afghanistan avec certains des pirates de l’air du 11 septembre.

Pendant le vol, les deux hommes ont posé aux agents de bord des questions techniques sur l’avion qui ont soulevé des soupçons et ont tenté par deux fois de pénétrer dans le poste de pilotage, conduisant le pilote à effectuer un atterrissage d’urgence dans l’Ohio. Les deux hommes ont été détenus et interrogés par le FBI, qui a décidé de ne pas engager de poursuites.

Ce n’est que la dernière d’une longue série de révélations qui ont clairement montré que les événements du 11 septembre n’auraient jamais pu avoir lieu sans un soutien logistique substantiel de gens bien placés. Malgré les affirmations répétées selon lesquelles ces attentats « ont tout changé », il n’y a jamais eu d’enquête indépendante et objective sur la manière dont ils ont été menés. Et, en dépit d’être ce qui est apparemment l’échec du renseignement la plus catastrophique dans l’histoire américaine, personne n’en a jamais été tenu pour responsable, ne serait-ce que pour un licenciement ou une rétrogradation.

Les indices, au moins ceux qui ont émergé, démontrent clairement que les pirates de l’air du 11 septembre ont pu entrer librement dans le pays et ont fréquenté des écoles de pilotage en dépit du fait que plusieurs de ces personnes avaient été surveillées par la CIA et le FBI pendant deux ans avant l’attaque. Deux d’entre elles vivaient dans la maison d’un informateur du FBI.

Vingt-huit pages de documents très expurgés publiés en 2016 après avoir été cachés au public pendant 13 ans établissent que les agents de renseignement saoudiens avaient acheminé d’importantes sommes d’argent aux pirates de l’air dans la période précédant les attaques du 9/11, tout en les aidant à trouver un logement ainsi que les écoles de pilotage.

Si l’Arabie saoudite fut le gouvernement le plus actif dans la réalisation des attentats du 11 septembre, l’implication du renseignement saoudien signifie à vrai dire l’implication d’une partie de l’appareil d’État américain. Ce n’est pas une question qui relève des théories du complot, mais un fait avéré. Il est lié à des conspirations très réelles impliquant la CIA, l’Afghanistan et Al-Qaïda qui remontent à la fondation du groupe islamiste en tant que bras armé de Washington dans sa sale guerre contre le gouvernement soutenu par les Soviétiques en Afghanistan dans les années 80.

Ces attentats sont loin d’avoir « tout changé », ils ont fourni le prétexte pour des actes d’agression militaire préparés de longue date. À la suite de la dissolution de l’Union soviétique une décennie plus tôt, la classe dirigeante a lancé une politique élaborée pour utiliser la force militaire américaine pour compenser le déclin du capitalisme américain sur la scène mondiale. L’Afghanistan et l’Irak étaient des cibles pour assurer la domination militaire sur deux grandes régions productrices de pétrole et de gaz sur la planète, le bassin de la mer Caspienne et le Moyen-Orient.

Cette entreprise totalement criminelle, qu’on nous a justifié au nom des victimes du 11 septembre, a coûté la vie à plus d’un million d’Irakiens et à des centaines de milliers d’Afghans, et a déclenché la plus grande vague de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’invocation d’une « guerre contre le terrorisme » – transmise de Bush à Obama et maintenant à Trump – pour justifier ces crimes est devenue non seulement usée, mais manifestement absurde. Les résultats de 16 ans de guerres d’agression ininterrompues des États-Unis ont abouti à une croissance sans précédent d’Al-Qaïda et des milices islamistes connexes, en grande partie en raison de l’utilisation par l’impérialisme américain de ces éléments comme des forces terrestres par procuration dans les guerres pour le changement de régime en Libye et en Syrie.

En outre, les guerres multiples et les interventions menées par le Pentagone et la CIA, de l’Afrique du Nord à l’Asie centrale, peuvent se transformer rapidement en conflagration mondiale, alors que Washington menace simultanément la Corée du Nord d’une guerre nucléaire et poursuit des épreuves de force de plus en plus dangereuses avec ses principaux rivaux géostratégiques, la Russie et la Chine.

Le 11 septembre n’a pas « tout changé », mais cela a marqué le début d’une escalade de ce que George W. Bush a appelé « les guerres du XXIᵉ siècle », c’est-à-dire l’escalade de l’agression impérialiste qui mène l’humanité vers une troisième guerre mondiale.

(Article paru en anglais le 12 septembre 2017)