Des travailleurs discutent du scandale de corruption dans l'UAW lors d'une rencontre organisée par la WSWS Autoworker Newsletter

Par nos correspondants
5 février 2018

Des dizaines de travailleurs ont participé à une rencontre par téléconférence organisée par la World Socialist Web Site Autoworker Newsletter mercredi dernier pour discuter du scandale de corruption du syndicat United Auto Workers (UAW, Travailleurs unis de l'auto). L'événement a suscité un intérêt marqué parmi les travailleurs de l'automobile, qui ont partagé l'annonce de l'appel sur les réseaux sociaux et dans les usines.

Jerry White, le rédacteur en chef de la Newsletter, a ouvert la discussion en décrivant l'entente relative au plaidoyer rendue publique la semaine précédente par un ancien négociateur haut placé de Fiat Chrysler, qui admettait que des dirigeants du FCA avaient donné des pots de vin à de hauts dirigeants de l'UAW «afin d'obtenir des bénéfices, des concessions et des avantages» lors des négociations de conventions collectives entre 2009 et 2015.

White a souligné que les travailleurs avaient bien fait de rejeter les mensonges du président de l'UAW, Dennis Williams, qui affirme que les pots de vin n'avaient eu aucune incidence sur les contrats. «Quiconque engagerait un avocat pour découvrir ensuite qu'il était embauché par la partie adverse le congédierait et annulerait toute entente qu'il aurait conclue. «Les travailleurs devraient adopter cette même attitude envers l'UAW et les ententes signées avec FCA ainsi que Ford et GM.

La détermination à annuler ces ententes pourries, d'après White, fait partie d'un militantisme croissant parmi les travailleurs du monde entier, comme le démontrent la récente grève sauvage des travailleurs roumains de Ford et les grèves des travailleurs allemands chez VW, BMW, Ford et d'autres entreprises. Après plus d'une décennie de salaires stagnants et la consolidation d'emplois temporaires précaires pendant que les profits des entreprises et la bourse atteignent des niveaux records, les travailleurs sont prêts a lutter pour des améliorations substantielles.

La WSWS Autoworker Newsletter a exhorté les travailleurs à former des comités de la base dans toutes les usines, indépendants de l'UAW corrompu, afin de mener campagne pour la mobilisation la plus large possible des travailleurs et annuler les ententes pourries. Les travailleurs devraient formuler leurs propres revendications et lutter pour elles, d'après White, incluant l'abolition du système à deux vitesses, une augmentation salariale de 25 pour cent et l'annulation des concessions faites par l'UAW.

Durant la discussion, des travailleurs ont partagé leurs propres expériences avec l'UAW et soulevé des questions sur l'appel de la Newsletter à la formation de comités de la base.

Gladys, une travailleuse à la retraite de General Motors (GM) de Flint, a dit «[qu'il] ne s'agit pas seulement de ce que l'UAW a fait aux travailleurs avec les deux dernières ententes, ils ont également permis à GM d'éliminer les avantages des retraités. L'UAW est tellement corrompu qu'on ne peut même plus avoir de réponses quand on va à son local syndical. Ils n'ont pas eu d'assurance dentaire pendant des années parce que l'UAW a pris en charge l'assurance maladie des retraités. Les tickets modérateurs et les franchises ont tellement augmenté que les retraités ne vont même plus chez le médecin. Les retraités de GM partout dans le monde en sont privés.»

Elle a également souligné la façon «sournoise» dont l'UAW a dissimulé la crise de l'eau à Flint, gardant le silence après que l'entreprise a cessé d'utiliser l'eau de la ville parce qu'elle était corrosive pour ses pièces de moteur. «Je pense que ce qui est arrivé à la main d'oeuvre est le pire du capitalisme. L'UAW a tourné le dos à des générations de travailleurs.»

Un travailleur à la retraite de General Motors de St-Catherines en Ontario a dit que le syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA, CAW), renommé Unifor, a dégénéré tout comme l'UAW et a imposé une entente de concessions historique en 2016.

D'après Eric London, journaliste pour le WSWS, «Ce dont les travailleurs ont besoin, c'est la compréhension que personne ne résoudra ce problème à leur place – ni le FBI ni les tribunaux. Les travailleurs doivent prendre les choses en mains. Il n'y a pas de sauveur. Une lutte sera nécessaire, comme celle de nos grands-parents. La solution viendra de la classe ouvrière elle-même.»

Un travailleur de Jeep à Toledo a dit qu'il aimait ce qui se disait sur l'unité et le rassemblement, particulièrement à travers les médias sociaux. «Mais ici à Toledo, a-t-il remarqué, la compagnie et l'UAW vérifient tout ce qu'on écrit. Comment pourrions-nous nous protéger et empêcher les mesures punitives du syndicat ou de la compagnie?»

Toutes les mesures devraient être prises pour protéger les travailleurs contre les espions de la compagnie et du syndicat, d'après White, qui a soulevé la décision des travailleurs GM à St-Louis d'exclure la vice-présidente de l'UAW Cindy Estrada de leur page Facebook des mois après qu'elle eut imposé l'entente pourrie de 2015. Mais l'autodéfense des travailleurs serait inséparable de la construction de nouvelles organisations indépendantes de l'UAW, qui représenteraient véritablement les travailleurs et mobiliseraient leur force collective pour s'opposer aux mauvais traitements qui viennent du patronat.

Un autre travailleur a dit: «J'ai entendu que vous dites que les tribunaux ne nous sauveront pas, et que le NLRB [National Labor Relations Board (Conseil national des relations du travail)] ne nous sauvera pas, et qu'il n'y a rien qu'on peut faire de l'intérieur de l'UAW. Je ne pense pas que je suis d'accord avec ça. Il y a un groupe pour la réforme. Ils parlent clairement d'éradiquer la corruption de l'UAW. En avez-vous entendu parler?»

White a répondu qu'il y avait eu de nombreux mouvements de «réforme» dans l'UAW, incluant la faction New Directions dans les années 1980 et 1990. Mais ils ont tous été incapables de changer quoi que ce soit. La raison de leur échec est que la cause du problème n'est pas simplement la corruption personnelle d'un quelconque dirigeant syndical, mais plutôt les vastes changements économiques au cours des quatre dernières décennies qui ont entraîné la transformation des syndicats en instruments des entreprises.

L'UAW et les autres syndicats, pas seulement aux États-Unis, mais à travers le monde, sont basés sur le nationalisme économique, et «n'ont aucune réponse progressiste à la mondialisation». Face aux menaces corporatistes de transférer la production vers des pays aux salaires moins élevés, l'UAW a abandonné toute résistance aux entreprises et s'est joint aux propriétaires capitalistes pour baisser les salaires et les conditions afin de convaincre les entreprises de demeurer aux États-Unis.

Au Canada, les dirigeants syndicaux se sont séparés de l'UAW au milieu des années 1980, espérant que le taux du dollar moins élevé et l'assurance maladie inciteraient les constructeurs automobiles à rester. Cependant, les concessions imposées par l'UAW et l'ouverture du Mexique pour une main d'oeuvre encore moins chère ont miné la stratégie «Achetez canadien», et les TCA ont réagi en introduisant des salaires à deux vitesses et en trahissant des grèves, incluant la lutte d'un mois dans l'usine CAMI de GM à Ingersoll en Ontario l'année dernière.

Gladys a dit que David Yettaw, qui avait été un dirigeant de New Directions, était le président de son syndical, section locale 599 à Flint. «Il a permis à GM de fermer le complexe Buick City», faisant référence à l'immense complexe industriel de Flint, qui employait 30.000 travailleurs, qui a été fermé en 1999.

Josh, un jeune travailleur d'Australie a pris la parole, disant qu'il «n'y a plus de travailleurs de l'automobile dans ce pays. Les syndicats n'ont rien fait pour empêcher la fermeture d'usines par GM, Ford, Toyota et d'autres compagnies. Ils ont offert une concession après l'autre, mais en fin de compte, les entreprises ont affirmé que le prix du travail n'était pas compétitif.

«Je suis vraiment d'accord avec ce qui a été dit concernant l'unité internationale. Les entreprises disent “ont veut produire telle voiture et on va voir quel pays la produira au moindre coût”. Nous ne pouvons pas nous organiser sur une échelle nationale. Le camarade qui a parlé de ce programme de réforme de l'UAW – ils parlent d'un retour à la belle époque passée. Nous n'avons pas besoin d'un programme pour le passé, mais pour le futur. On vit dans une économie mondiale, et on ne se rendra nulle part si on ne réalise pas que les travailleurs n'ont pas de pays.

«C'est nous qui produisons toute la richesse, ils ont besoin de nous. Nous n'avons pas besoin d'eux. Si on occupait toutes les usines au monde, on pourrait éradiquer la faim en un mois. On n'a jamais été dans une époque aussi productive, et pourtant la pauvreté persiste. C'est le capitalisme.»

(Article paru en anglais le 2 février 2018)