Le syndicat IG Metall met fin à la grève de centaines de milliers de travailleurs en Allemagne

Par Christoph Vandreier
8 février 2018

Le syndicat IG Metall a décidé mardi de mettre fin à la grève de centaines de milliers de travailleurs métallurgiques, automobiles et électriques en Allemagne, avant la formation prévue d’un nouveau gouvernement de Grande coalition (CDU / SPD) cette semaine.

Après plus d’une décennie de réductions des salaires et des avantages sociaux où les entreprises allemandes baignent dans les profits, le syndicat a accepté un accord qui réduira les salaires des travailleurs en termes réels et interdira de nouvelles grèves pendant plus de deux ans.

L’accord indique clairement que le syndicat n’a jamais eu l’intention d’améliorer les salaires et les conditions des travailleurs. Il visait plutôt à éviter que la colère accumulée à cause de la baisse des salaires n’entraîne un mouvement de grève nationale susceptible de mettre en péril la formation d’un nouveau gouvernement de coalition entre l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et le Parti social-démocrate (SPD).

Malgré une large opposition à l’imposition d’une nouvelle série de réductions de salaires, les travailleurs ne seront même pas autorisés à voter sur le nouveau contrat, qui sera effectivement imposé par décret.

Et malgré les plans de Siemens, General Electric, Opel et Bombardier visant à mettre en œuvre des mises à pied massives, les travailleurs seront empêchés de faire la grève pour la durée du contrat de 27 mois.

Le syndicat cherche à lier les mains des travailleurs face au prochain cycle d’austérité sociale que la grande coalition prépare pour financer ses plans de réarmement militaire et d’enrichir davantage les banques et les entreprises.

Le contrat prévoit une augmentation salariale de seulement 4,3 %, étalée sur plus de deux ans, ce qui signifie que les salaires des travailleurs vont à peine suivre le rythme de l’inflation, qui devrait augmenter au cours de la période à venir. Cela signifiera une réduction de salaire réel. Pour compenser cette réduction de salaire, le syndicat a accepté un ensemble de paiements de misère que les entreprises peuvent renier si elles invoquent des « difficultés économiques ».

L’accord final est encore pire que la proposition faite par les employeurs le mois dernier. À l’époque, les employeurs avaient proposé 6,8 % sur une période de 27 mois, soit 3 % par année, contre l’augmentation salariale annuelle de 6 % que le syndicat avait officiellement revendiquée.

IG Metall a même transformé en son contraire sa demande initiale de réduction volontaire du temps de travail avec une compensation salariale partielle. Bien que les travailleurs puissent réduire leur temps de travail hebdomadaire à 28 heures pour un maximum de deux ans, ils ne recevront aucune compensation salariale.

De plus, les entreprises peuvent permettre à la moitié de leur main-d’œuvre de dépasser la semaine normale de travail de 35 heures si elles déclarent une « pénurie de travailleurs qualifiés ».

Des années de réduction des salaires et d’abandon des protections sur le lieu de travail ont déjà gonflé les profits des entreprises allemandes et fait de l’Allemagne le pays aux plus grandes inégalités sociales d’Europe.

Le gouvernement de la Grande coalition continuera non seulement cette offensive contre les salaires et les avantages sociaux des travailleurs, mais établira un précédent en matière de réduction des salaires dans toute l’Europe.

En même temps, le nouveau gouvernement cherchera à transformer l’Union européenne (UE) d’une alliance économique en une alliance militaire, au moyen d’un programme de réarmement massif visant à faire de l’UE une « puissance mondiale » capable de mener des guerres à travers le monde.

En cherchant à imposer aux travailleurs cet accord de concession, les syndicats allemands se sont révélés être des complices clés de ce programme réactionnaire et anti-ouvrier, faisant leur part pour s’assurer que les ressources sociales continuent d’être détournées de la classe ouvrière vers la machine de guerre et la bourse.

Peu avant l’annonce du contrat, Reiner Hoffmann, président de la Confédération des syndicats allemands (DGB), a réitéré le soutien des syndicats à une nouvelle édition de la Grande coalition dans un entretien accordé au groupe de médias Funke. « Seul le SPD peut assurer un gouvernement stable », a-t-il déclaré. « Il doit faire face à la responsabilité. »

Hoffmann a également fait des louanges des « réalisations » du dernier gouvernement de grande coalition « au cours des quatre dernières années », qui ont réduit les salaires des travailleurs non seulement en Allemagne, mais aussi dans toute l’Europe par l’imposition de mesures d’austérité draconiennes.

Malgré les résultats désastreux de l’élection de la CDU et du SPD l’année dernière, qui ont collectivement perdu 14 % de leurs voix, Hoffman s’est opposé avec véhémence à de nouvelles élections, parce que « le SPD pourrait perdre encore plus de voix » rendant ainsi encore plus difficile la formation d’une grande coalition.

La même attitude autoritaire est exprimée dans l’accord imposé aux travailleurs allemands, dans lequel les syndicats, travaillant de concert avec le gouvernement et les entreprises, cherchent à imposer des concessions face à l’opposition combative de masse.

Les travailleurs n’ont aucun moyen de défendre leurs salaires et leurs conditions de travail en dehors d’une rupture avec les syndicats et la formation de comités de base. Ce combat est indissociable de l’appel du Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité socialiste) pour de nouvelles élections, dans lesquelles les travailleurs doivent se mobiliser derrière un programme socialiste combinant la lutte contre l’austérité, la dictature et la guerre avec la lutte pour le renversement du capitalisme.

(Article paru en anglais le 7 février 2018)