Le gouvernement allemand prévoit une expansion militaire massive en Irak

Par Johannes Stern
14 février 2018

La nouvelle grande coalition en Allemagne prévoit une expansion massive de la mission de l’armée allemande (Bundeswehr) en Irak. Cela a été annoncé par Ursula von der Leyen (Union chrétienne-démocrate, CDU) lors de son voyage au Moyen-Orient le week-end dernier.

Von der Leyen a salué la coopération de l’Allemagne avec les Peshmergas [forces militaires kurdes] lors de sa visite à Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan au nord de l’Irak. La Bundeswehr a armé et soutenu militairement la force kurde pendant trois ans et demi. Il était « impressionnant de voir le grand succès de la mission d’entraînement des Peshmergas », a-t-elle dit, remerciant « les soldats de la Bundeswehr » sur place.

Von der Leyen a alors annoncé qu’à l’avenir la Bundeswehr serait déployée dans tout l’Irak. Il y aura « un autre mandat », a-t-elle déclaré, « un mandat avec un nouvel équilibre […] entre Bagdad et Erbil aux conditions égales des deux côtés ». La ministre de la Défense n’a fait aucune déclaration concrète sur l’opération planifiée, mais n’a laissé planer aucun doute qu’elle envisage un engagement militaire à long terme dans tout l’Irak.

« Tant au Kurdistan qu’au gouvernement central à Bagdad », il y a « une demande surtout pour aider à la mise en œuvre des réformes, à la construction des structures ministérielles », a déclaré le ministre. À Erbil, par exemple, « la construction d’une unité sanitaire complète est nécessaire », mais cela impliquait aussi « bien entendu toute la planification, l’organisation, le recrutement, et la formation ». Il y a aussi une « demande considérable » de logistique. L’Allemagne voulait « apporter sa contribution » à l’Irak en lui fournissant « des forces opérationnelles indépendantes et loyales pour le long terme ».

À Bagdad samedi, von der Leyen a justifié l’offensive allemande en se référant à la lutte contre l’État islamique (ÉI). Elle « a connu un pays qui, d’une part, est fortement marqué par la dévastation laissée par l’État islamique, mais, d’autre part, est fière d’avoir réussi […] à battre l’ÉI. » Tout le monde savait, cependant, que « L’ÉI a été durement touché, mais n’est toujours pas complètement vaincu. »

La tentative de Von der Leyen de dépeindre le déploiement de la Bundeswehr comme une « opération antiterroriste », ou dans le cadre de la lutte contre la « dévastation » de l’Irak, est une pure propagande, et des mensonges. Il est de notoriété publique que l’invasion américaine sous George W. Bush en mars 2003 a provoqué la destruction de l’Irak et que l’ÉI était le produit de l’occupation du pays et de la coopération occidentale avec les milices islamistes dans les guerres pour un changement de régime contre la Libye et la Syrie.

Dans les cas de l’Irak et de la Libye, l’Allemagne s’est largement abstenue de participer aux guerres menées par les États-Unis, mais elle a joué un rôle actif dans la guerre contre la Syrie depuis le début. La Bundeswehr a recours, directement et indirectement, à des méthodes terroristes pour défendre les intérêts économiques et géostratégiques de l’impérialisme allemand au Moyen-Orient. Les unités alliées des Peshmergas et les forces irakiennes ont tué des dizaines de milliers de civils lors de la prétendue libération de Mossoul de l’ÉI, l’armée de l’air allemande fournissant les coordonnées des cibles des massacres perpétrés par la coalition anti-ÉI en Syrie.

Au lieu de mettre fin aux déploiements outre-mer brutaux et impopulaires de la Bundeswehr, le nouveau gouvernement fédéral prévoit de les intensifier. À Bagdad, von der Leyen a ouvertement déclaré que l’expansion de la mission en Irak correspondait aux plans élaborés pour une nouvelle grande coalition. Elle a dit à ses partenaires en Irak que « dans les négociations de coalition, nous avons convenu que nous passerions de notre mandat dans la lutte contre le terrorisme à une autre forme d’engagement ».

Dans l’accord de coalition, le Parti social-démocrate (SPD) et les partis conservateurs de l’Union ont également convenu de poursuivre leur « engagement dans le cadre de la coalition anti-ÉI […] et de l’adapter. » En outre, la section « missions étrangères actuelles » se lit : « La mission de la Bundeswehr dans le nord de l’Irak a été couronnée de succès, l’ÉI a été largement repoussé militairement. Par conséquent, nous pouvons abandonner et mettre fin au mandat de formation dans le nord de l’Irak… Dans une étape ultérieure, nous prévoyons de développer ce mandat pour une stabilisation globale et une lutte soutenue contre le terrorisme de l’ÉI, en particulier par le renforcement des capacités. »

Au cours du week-end, des responsables politiques du SPD ont critiqué l’annonce de von der Leyen. « L’engagement du ministre de la défense à un futur mandat en Irak est prématuré et n’a pas été accepté par le gouvernement intérimaire », a déclaré le vice-président du SPD, Rolf Mützenich. Seul un nouveau gouvernement fédéral pourrait décider d’un nouveau mandat. En outre, « les déclarations du ministre de la Défense » ne reflètent pas, « ce qui était convenu dans l’accord de coalition. »

Qu’est-ce qui a été convenu dans la rédaction de l’accord de coalition, et quels sont les projets concrets de la direction du SPD pour le « renforcement des capacités » en Syrie et en Irak ? Les travailleurs et les jeunes, mais aussi les plus de 450 000 membres du SPD appelés à voter sur le pacte de coalition dans les semaines à venir, ont le droit de savoir exactement ce qui a été convenu. Il devient de plus en plus clair que des décisions militaires de grande envergure ont été prises en coulisse. À la fin de la semaine dernière, il a été révélé que l’armée allemande devait établir un nouveau siège de l’OTAN en Allemagne.

Le Parti de l’égalité socialiste rejette le pacte de coalition, qui se concentre sur le retour de l’Allemagne à une politique étrangère et de grande puissance agressive, et appelle à la divulgation de tous les pourparlers. Dans des conditions d’escalade de la guerre en Syrie et en Irak, et des préparatifs américains de guerre contre la Corée du Nord, qui menacent de provoquer une Troisième Guerre mondiale, cette demande, avec la demande de nouvelles élections, devient de plus en plus urgente.

(Article paru d’abord en anglais le 13 février 2018)