Fin du procès en appel de Jérôme Cahuzac

Par Francis Dubois
23 février 2018

Mercredi s‘est terminé le procès en appel de l‘ancien ministre du Budget du gouvernement PS de François Hollande, Jérôme Cahuzac, condamné en décembre 2016 à trois ans de prison ferme et cinq ans d‘inéligibilité pour fraude fiscale et blanchiment. L‘affaire avait marqué la première année du gouvernement Hollande, le prédécesseur du gouvernement Macron, et secoué le pays.

Cahuzac, président de la Commission des finances de l‘Assemblée de 2010 à 2012, était au gouvernement Hollande la principale figure chargée d‘imposer l‘austérité budgétaire et avait été mis en examen en janvier 2013, un mois après la publication d‘informations du site Médiapart sur des comptes cachés à l’étranger. Il avait de nombreuses fois nié catégoriquement, sur les médias et devant le parlement, avoir possédé de tels comptes, pour avouer leur existence en avril 2013.

En 2016, Cahuzac avait fait appel du jugement. A l‘ouverture du procès en appel, il déclara vouloir à tout prix éviter la prison, suivant la ligne exposée par sa défense dans ses plaidoyers du 21 février. La veille, le parquet avait requis le maintien du verdict de 2016. Une décision doit être rendue le 15 mai.

Cahuzac avait été présenté comme celui qui devait conduire tambour battant la lutte contre la fraude fiscale, en fait la couverture du gouvernement Hollande pour mener en France l‘assaut de l‘Union Européenne (UE) contre les salaires et le pouvoir d‘achat de la classe ouvrière, amplifiant les attaques austéritaires du gouvernement conservateur de Nicolas Sarkozy en faveur de l‘aristocratie financière.

En quelques semaines, le prétexte de la « justice fiscale » avait volé en éclat, ébranlant fortement un gouvernement qui laissait voir son vrai caractère de classe et déclenchant la colère de millions de travailleurs.

C‘est aussi en substance ce que l‘avocat général Christophe Muller a reproché à Cahuzac dans son réquisitoire du 20 février, d‘avoir « durement rompu l‘équilibre social » et d‘avoir été l‘instrument d‘une crise ouverte des institutions politiques du régime.

« Les fautes cachées d'abord, révélées ensuite, qui ont été commises ont empoisonné l'air que les citoyens ont respiré, elles ont délégitimé une part de l'action et de la parole publiques, elles ont altéré la confiance des citoyens dans leurs dirigeants » a déclaré Muller. Il insista « sur les impacts terribles des faits reprochés sur la société. C’est la confiance d’un pays dans ses dirigeants que vous avez détruit».

Cahuzac, qui était avec Emmanuel Macron – l‘actuel président, ancien ministre de l‘économie de Hollande et, en 2012, secrétaire général de l‘Elysée – l‘auteur du programme d‘austérité budgétaire du gouvernement Hollande, est un membre typique d‘une classe politique en relation symbiotique avec l‘aristocratie financière et son argent, dans son cas l‘industrie pharmaceutique.

L‘affaire Cahuzac avait aussi mis à jour les liens d‘un des plus importants ministres du gouvernement PS, regardé à l‘époque comme premier ministre potentiel, avec l’extrême droite, et le caractère réactionnaire et profondément hostile à la classe ouvrière de ce gouvernement. Le compte suisse au centre du scandale avait été ouvert en 1992 par un membre du GUD, en 2012 haut responsable du FN, Philippe Péninque.

Cahuzac avait des relations personnelles et des liens financiers étroits avec des membres, dont Péninque, de cette organisation fasciste étudiante, notoire pour ses attaques violentes contre les membres d‘organisations de gauche ou des immigrés des années 1970 à nos jours. Ces forces politiques sont toujours actives dans le FN néo-fasciste.

La suite des événements allait montrer que la proximité politique du gouvernement PS de Hollande avec le Front National n‘était pas juste une question de relations personnelles de Cahuzac, mais bien une caractéristique politique du PS.

En 2013, le wsws avait écrit que de tels liens étaient « profondément enracinés dans l'histoire du PS – formé après la grève générale de 1968 comme véhicule électoral pour François Mitterrand, un social-démocrate ayant débuté sa carrière par un poste dans le régime de Vichy... Le PS a commencé comme une coalition d'ex-étudiants radicaux qui cherchaient à faire carrière dans un parti bourgeois emmené par Mitterrand, beaucoup d'entre eux ex-trotskystes, et de jeunes bourgeois qui entraient en politique sur la base d'un attrait pour Mitterrand. Il apparaît que Cahuzac faisait partie du deuxième groupe. »

Cette proximité apparut crûment en 2015 lorsque Hollande invita Marine Le Pen à l‘Elysée après l‘attentat contre Charlie Hebdo présidant ensuite à l‘établissement d‘un climat militariste et anti-musulman, étendit massivement les pouvoirs d‘une police votant pour moitié FN dans le cadre de l‘état d‘urgence, et voulut imposer la déchéance de nationalité, une partie du programme néofasciste.

L‘affaire Cahuzac avait montré le caractère réactionnaire de la politique des partis de la pseudo gauche de la petite-bourgeoisie soixante-huitarde comme le Parti de Gauche de Mélenchon, le NPA et Lutte Ouvrière, qui avaient pendant des décennies présenté le PS comme un parti ouvrier et appelé à voter Hollande en 2012 semant l‘illusion que les travailleurs pourraient le pousser à gauche. Ce furent les mêmes qui, avec les syndicats, ont appelé à voter Macron l‘an dernier, sous prétexte qu‘il était une alternative à Le Pen.

L‘affaire Cahuzac a plombé le gouvernement Hollande à ses débuts faisant éclater son discours vaguement réformiste et montrant trop vite pour lui son vrai visage anti-ouvrier. Lorsqu‘il a voulu imposer sa mesure la plus étendue de contre-révolution sociale, la Loi El Khomri contre le Droit du travail, il a eu recours à l‘état d‘urgence qu‘il justifia par les attentats terroristes de 2015.

Alors que le gouvernement impopulaire de Macron se sert d‘un nouveau paravent, celui de la «moralisation de la vie politique », pour mener sa destruction systématique des acquis sociaux de la classe ouvrière, les médias ont généralement demandé que Cahuzac soit envoyé en prison, craignant qu’un aménagement de peine ne soit contre-productif pour le président.

Mais le personnel politique de Macron est en effet du même bord que Cahuzac. On a pu le vérifier lors de la visite amicale, le 20 février, de son successeur comme député de Villeneuve-sur-Lot, le politicien LRM Olivier Damaisin, les deux hommes s‘embrassant à l‘entrée de la salle d’audience. A l‘audience ce jour là, l‘avocat général avait évoqué le «marigot local» de la ville, dont tout le monde politique connaissaient apparemment l‘existence des comptes en Suisse de Cahuzac et les circonstances les entourant.