En réaction aux menaces des États-Unis, le président de la Russie déclare une course à l'armement nucléaire

Par Andre Damon
3 mars 2018

Lors d'un discours belliqueux et nationaliste devant le parlement russe jeudi, le président russe Vladimir Poutine a vanté les progrès de l'arsenal nucléaire russe, a menacé de représailles «immédiates» contre toute attaque nucléaire américaine, et a montré une vidéo d'une attaque nucléaire contre les États-Unis.

Le discours de Poutine, tenu pendant que les médias mènent une campagne proguerre fanatique contre la Russie, est peut-être la déclaration la plus explicite à ce jour de l'effondrement des relations russo-américaines, ce qui soulève la menace imminente pour l'humanité d’une guerre nucléaire entre les deux pays.

Se vantant que «l'opération en Syrie a démontré les capacités accrues des Forces armées russes», Poutine a décrit les projets déjà entamés par la Russie pour moderniser son arsenal nucléaire et contourner les systèmes de défenses antimissiles américains.

Le plus important de ces projets est le système de missiles Sarmat, un système de missiles balistiques intercontinentaux lourds (ICBM) qui a déjà été déployé par les forces russes. En plus de nombreux outils permettant au missile d'éviter d'être détecté ou intercepté, Poutine a dit que la fusée était capable d'attaquer les États-Unis par le Sud, contournant ainsi la plupart des systèmes de défense existants qui sont orientés vers le nord.

Poutine a également décrit en détail une série d'armements de prochaine génération, qui étaient tous dans des stades avancés des tests. Ceux-ci incluent un véhicule de rentrée hypersonique lancé par ICBM, qui «atteint sa cible comme une météorite, une boule de feu», un missile de croisière à charge nucléaire alimenté par un réacteur nucléaire, un drone sous-marin à charge nucléaire et une fusée nucléaire hypersonique lancée par avion.

Poutine a dit que le développement de ces systèmes était la «réponse de la Russie au retrait des États-Unis de l'accord sur le système de défense antimissile et au processus de développement d'un système antimissile aux États-Unis et au-delà de leurs frontières».

Poutine a présenté son discours comme une réponse à une série de provocations des États-Unis, notamment la publication le 2 février de la dernière «posture nucléaire» américaine, qui a grandement augmenté l'éventail de scénarios dans lesquels les États-Unis se montreraient prêts à faire usage de leur arsenal nucléaire, et envisageraient le développement d'une série d'armes nucléaires a courte portée, plaçant les États-Unis dans l'illégalité internationale.

Dans son discours, Poutine a déclaré, «Nous sommes très inquiets de certaines dispositions de la posture nucléaire révisée, qui... rend plus probable l'utilisation d'armes nucléaires. Derrière portes closes, on peut dire ce qu'on veut pour calmer n'importe qui, mais nous lisons ce qui est écrit. Et ce qui est écrit est que cette stratégie peut être utilisée en réponse aux attaques conventionnelles et même aux menaces dans le cyberespace».

Le document représente un changement de cap depuis la «posture nucléaire» publiée en 2010, qui réduisait le rôle des armes nucléaires dans l'arsenal militaire de Washington.

Tout en avertissant que la Russie se réserve le droit d'utiliser des armes nucléaires uniquement en réponse aux attaques «qui menacent l'existence de l'État», Poutine a souligné que la Russie répondrait massivement à toute attaque nucléaire provenant des États-Unis.

«Tout usage d'armes nucléaires contre la Russie ou ses alliés, que ce soit des armes de courte, moyenne, ou toute portée, sera considéré comme une attaque nucléaire contre ce pays. Les représailles seront immédiates, avec toutes les conséquences qui en découlent», a déclaré Poutine.

La Maison-Blanche a répondu au discours de Poutine avec sa propre déclaration qu'elle ne sera pas surclassée par l'armement russe, déclarant, «les capacités de défense américaines sont et demeurent les meilleures», et «le président Trump» est «déterminé à protéger notre patrie et à préserver la paix par la force».

Répondant aux tentatives des États-Unis d'empêcher l'émergence de la Russie en tant que puissance régionale, Poutine a déclaré: «Et à tous ceux qui dans les 15 dernières années ont tenté d'accélérer la course aux armements et tentent de se procurer un avantage unilatéral contre la Russie... je dirais ceci: tout ce que vous avez tenté de prévenir par une telle politique s'est déjà produit. Personne n'est parvenu à brider la Russie.»

Les déclarations de Poutine sont faites dans le contexte d'une série de signaux indiquant que tout le système de contrôle d'armements qui maintenaient les États-Unis et la Russie à l'écart d'un conflit militaire direct depuis la Seconde Guerre mondiale est sur le point de s'effondrer.

Commentant les tensions entre Moscou et Washington lors de la Conférence de sécurité de Munich, Bloomberg a averti de l'effondrement de «décennies d'ententes et de règlementations d'armements qui ont permis de maintenir un équilibre stratégique et repousser le risque d'une guerre accidentelle».

L'article cite des propos tenus par Dmitri Trenin, le chef du Carnegie Moscow Center, selon qui, «Aux États-Unis, il y a tellement d’animosité qui pousse à punir la Russie... que je vois la débâcle de tout le régime de contrôle d'armements.»

Pendant la Conférence de sécurité de Munich, où les grandes puissances européennes ont défendu une position ambiguë envers les États-Unis, le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel a averti que «Le théâtre de guerre le plus probable pour les conflits nucléaires sera à nouveau ici, au centre de l'Europe.»

Il a également cité l'ancien conseiller en politique étrangère du Kremlin, Sergei Karaganov, qui a dit que la situation est en voie de devenir «beaucoup plus dangereuse» que pendant même la crise des missiles cubains de 1962.

Le discours de Poutine suivait la conclusion de la conférence de l'ONU sur le désarmement, à Genève en Suisse, pendant laquelle le secrétaire général Antonio Guterres a déclaré: «Nous devons travailler ensemble vers un but commun: un monde dépourvu d'armes nucléaires.»

Mais les commentaires de Poutine, et la nouvelle «posture nucléaire» américaine qui les a précédés, renforcent à quel point de telles phrases sont rendues vides de sens. Il est de plus en plus évident que toute la trajectoire des développements géopolitiques à travers le monde pointe vers l'augmentation du conflit militaire, aboutissant à l'utilisation d'armes nucléaires.

La décision de Poutine de faire de telles menaces belliqueuses est en partie une réaction désespérée au fait de plus en plus évident que des sections substantielles de l'armée américaine se préparent au conflit militaire contre la Russie.

Dans ce contexte, Poutine est en train de signaler qu'il ne permettra pas une répétition de l'invasion nazie de la Russie soviétique en 1941, face à laquelle le pays a été pris au dépourvu. Il n'est pas irréaliste de penser que Poutine lui-même subisse la pression de ses propres généraux pour contrer les États-Unis.

Comme l’a dit Poutine, «J'espère que tout ce qui a été dit aujourd'hui forcera tout agresseur potentiel à réfléchir avant d'agir, puisque des mesures hostiles contre la Russie comme le déploiement de systèmes de défenses antimissiles et le rapprochement de l'infrastructure de l'OTAN des frontières russes deviennent inefficaces militairement et provoquent des coûts injustifiés, les rendant inutiles pour ceux qui défendent de telles initiatives.»

Mais la tentative de contrer les menaces agressives des États-Unis avec ses propres menaces n'apportera pas la sécurité à la Russie, et la politique de défense nationale telle qu'élaborée par Poutine peut seulement entraîner la catastrophe.

L'impérialisme a ses propres visées. La dissolution de l'Union soviétique a déclenché un processus de transformation de la Russie postsoviétique en quasi-colonie des États-Unis et des puissances impérialistes d'Europe. Aucune concession de la part de Poutine, à part la complète subordination de la Russie aux diktats américains, ne sera suffisante. En fait, la déclaration de Poutine que le développement d'armes nucléaires russes forcerait les puissances à tendre davantage l'oreille est tout aussi imprudente que naïve.

Un quart de siècle après la dissolution de l'URSS et la fin de la guerre froide, l'humanité se trouve à nouveau au bord de l'extinction nucléaire. Cette folie ne connaît qu'un remède: la mobilisation et l'unification des classes ouvrières du monde entier sur la base d'un programme socialiste pour mettre fin au système capitaliste qui cause la guerre.

(Article paru en anglais le 2 mars 2018)