50 ans après Mai 68, la lutte des classes surgit en France

Par Alexandre Lantier
7 avril 2018

Un demi-siècle après la grève générale de mai 1968, la lutte des classes atteint un nouveau stade explosif en France. La confrontation qui se développe entre les travailleurs et le gouvernement français, et derrière lui toute l’Union européenne, a des conséquences révolutionnaires.

La semaine dernière, une grève contre la privatisation par ordonnances de la SNCF a perturbé les transports. Les travailleurs d’Air France, qui réclament des augmentations, ainsi que les éboueurs et les travailleurs de l’électricité qui exigent un statut de service public ont rejoint les cheminots. Les étudiants se mobilisent contre l’introduction de la sélection voulue par Macron en occupant de nombreuses universités.

Ceci fait partie d’une escalade internationale de la lutte des classes. En 2018, il y a déjà eu des grèves majeures des métallos et des travailleurs de l’automobile allemands, turcs et dans l’Europe de l’Est, ainsi que des cheminots britanniques et des enseignants en Grande Bretagne et aux USA.

Ces luttes se déroulent sous l’impact du 50e anniversaire de la grève générale de Mai-juin 1968, la plus grande grève de l’histoire européenne. Cette énorme mobilisation de la classe ouvrière a ébranlé le capitalisme français et de régime prétendument inébranlable du général Charles de Gaulle. Face à la répression des manifestations estudiantines, plus de 10 millions de travailleurs se sont mobilisés et ont hissé le drapeau rouge au-dessus de leurs lieux de travail à travers la France.

Deux choses ont sauvé de Gaulle. D’abord, le Parti communiste français (PCF) stalinien, le parti hégémonique dans la classe ouvrière, a joué un rôle contre-révolutionnaire. Il a lutté pour un retour au travail en échange d’augmentations, démoralisant les travailleurs par sa trahison éhontée de la situation révolutionnaire et permettant aux gaullistes de remporter les élections de 1969. Ensuite, 1968 était le pic du boom des Trente Glorieuses (1945-1975). A l’époque, la bourgeoisie avait les moyens nécessaires pour faire des concessions, temporiser, et planifier sa contre-attaque: elle a décimé l’industrie et mis en place sur la durée une politique d’austérité et de chômage de masse qui a mis fin aux Trente Glorieuses.

Aujourd’hui, il n’y aura pas de dénouement réformiste de la lutte des classes. La crise mondiale du capitalisme est bien plus avancée qu’en 1968. Le quart de siècle depuis la dissolution stalinienne de l’URSS en 1991 et la fondation de l’UE en 1992 a vu une escalade continue des inégalités sociales et une poussée de guerres impérialistes à travers le Moyen Orient, l’Afrique et l’Eurasie.

Macron ne reculera pas. La classe dirigeante restructure drastiquement les relations de classe afin de participer pleinement au nouveau partage impérialiste du monde. Toutes les grandes puissances européennes s’arment, et le gouvernement français a promis de dépenser 300 milliards € sur les forces armées à l’horizon 2024, rétablir le service militaire, et supprimer l’Impôt sur la fortune. Il veut sabrer dans les dépenses sur les acquis sociaux, dont les retraites, la Sécu, et l’assurance chômage, afin de financer les forces armées.

Pour s’opposer à la transformation de la France en Etat policier militarisé, les travailleurs se verront forcés à faire chuter Macron et à se mobiliser en France et à travers l’Europe dans une lutte pour le pouvoir. Cette lutte posera avec urgence la construction d’une nouvelle avant garde révolutionnaire de la classe ouvrière.

En 50 ans, la classe ouvrière a vécu de vastes expériences avec les organisations qui prétendaient faussement représenter le socialisme. Depuis 1968 et la dissolution stalinienne de l’URSS en 1991, le PCF s’est effondré. Le Parti socialiste (PS), fondé en 1969, s’est avéré être un parti bourgeois réactionnaire d’austérité et de guerre, dont est ressorti Macron en personne.

Quant aux descendants petit-bourgeois des divers renégats du trotskysme, qui ont joué un rôle-clé dans la formation du PS – Lutte ouvrière, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) pabliste, et le Parti ouvrier indépendant démocratique – ils représentent des couches privilégiées des classes moyennes.

Les travailleurs ressentent de plus en plus leur hostilité envers ces groupes. Ainsi les manifestants ont chahuté l’ex-lambertiste et ex-sénateur PS Jean-Luc Mélenchon à une manif aux cris de «Mélenchon casse-toi», «Hé le sénateur là, qui a marché dans toutes les combines», et «Ni Dieu, ni maître, ni Mélenchon».

Pour étouffer la lutte des classes, le NPA propose une alliance regroupant le PS et toute la pseudo gauche: «Le chemin ouvert peut se prolonger pour tisser un front unitaire regroupant syndicats, partis et associations du mouvement social autour des exigences communes, un rassemblement dans la durée, un tous et toutes ensemble, une grève générale pour faire reculer Macron.»

On peut traduire en bon Français cette langue de bois pseudo-gauchiste du NPA par l’expression suivante: «Nous vous trahissons.» La classe ouvrière ne se mobilise pas en grève générale pour «faire reculer» un politicien réactionnaire, mais pour le renverser. De plus, les partis et appareils syndicaux de l’alliance voulue par le NPA ont tous rencontré Macron et les siens, et participé à la formulation de la politique d’austérité que Macron dirige à présent contre les travailleurs.

Le NPA et ses alliés jouent un rôle convenu d’avance pour user et démoraliser l’opposition envers l’austérité et le militarisme, et permettre à Macron de faire passer ses attaques. Les syndicats proposent des grèves perlées 2 jours par semaine jusqu’en juin. Ceci agacera les usagers sans renverser Macron, qui pourra attendre la fin annoncée des grèves pour promulguer son ordonnance privatisant la SNCF, qu’il peaufinait encore au début du mois passé avec les appareils syndicaux.

Il n’y a rien à négocier avec Macron. Sa politique est illégitime et antidémocratique. Mais en 2016, les syndicats ont négocié la loi travail du PS, qui fournit le cadre pseudo-légal des ordonnances de Macron et permet aux patrons et aux syndicats réunis de déroger aux provisions du Code du travail afin d’attaquer les salaires et les conditions de travail. Le PS a imposé cette loi sans vote à l’Assemblée, via le 49-3, malgré l’opposition de 70 pour cent des Français.

Le gouvernement PS de François Hollande a violemment réprimé les manifestations contre la loi travail grâce à l’état d’urgence. L’état d’urgence était en soi une fraude politique, imposé suite à des attentats menés par des réseaux islamistes qui travaillaient sous la protection des renseignements européens dans le cadre de la guerre de l’OTAN pour renverser le régime syrien.

En 2017, Macron s’est fait élire par défaut, face à la candidate néo-fasciste Marine Le Pen. Dégoûtés par ce choix, les électeurs ont boudé les législatives: la majorité parlementaire de Macron repose sur les voix de moins que la moitié des électeurs français. Mais l’Assemblée s’est autorisée à voter une loi d’habilitation qui renforce les dispositions de la loi travail et permet à Macron d’imposer sa politique par ordonnances. Et déjà les syndicats ont voté des conventions collectives qui facilitent les réductions d’emplois à PSA et des salaires en-dessous du SMIC dans la chimie.

Les luttes révolutionnaires contre Macron opposeront inévitablement la classe ouvrière aux partis de ce qui se fait passer pour la «gauche» depuis 1968. Ceci souligne l’importance de la fondation en 2016 du Parti de l’égalité socialiste (PES), la section française du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI). Ceci a rétabli la présence du trotskysme en France, dans une lutte pour la mobilisation politiquement indépendante et révolutionnaire des travailleurs contre la pseudo gauche et tous les partis capitalistes.

Alors que les appareils syndicaux participent ouvertement à la planification de l’austérité, le PES appelle à la formation de comités de base dans les lieux de travail, les écoles et les quartiers populaires, afin de permettre aux travailleurs et aux jeunes de discuter et d’organiser l’opposition aux attaques sociales et aux projets bellicistes de l’ensemble de la classe politique.

Le PES luttera pour lier la montée de la lutte des classes et de l’organisation indépendante des travailleurs à un mouvement internationaliste, socialiste et antiguerre de la classe ouvrière européenne et internationale, visant à prendre le pouvoir et réorganiser la vie économique sur la base des besoins sociaux, pas des profits privés. Il fait appel aux travailleurs et aux jeunes qui entrent en lutte pour soutenir le PES et le CIQI, étudier son programme, et prendre la décision de rejoindre le mouvement trotskyste.