La lutte des enseignants de l’Oklahoma se poursuit, les appels à la grève se propagent parmi les enseignants aux États-Unis

Par Jerry White et Niles Niemuth
17 avril 2018

Un grand nombre d’enseignants de l’Oklahoma devraient se présenter au Capitole aujourd’hui pour continuer leur combat pour une augmentation de salaires et du financement des établissements scolaires malgré les efforts concertés des syndicats, des autorités scolaires et des médias pour contraindre les éducateurs à mettre fin à leur grève de deux semaines.

Après la tentative ratée d’empêcher cette grève, qui a été lancée le 2 avril par des enseignants de la base utilisant les médias sociaux, les syndicats Association de l’Éducation de l’Oklahoma (OEA) et la plus petite Fédération américaine des enseignants d’Oklahoma City (AFT) ont fait tout leur possible pour la saboter. Jeudi dernier, la présidente de l’OEA, Alicia Priest, a annoncé brusquement que le syndicat mettait fin à la grève. L’OEA a faussement prétendu que les enseignants avaient obtenu satisfaction pour 95 pour cent de leurs revendications et que les enseignants ne pouvaient rien faire de plus que voter pour les démocrates en novembre.

Vendredi, des milliers d’enseignants, défiant l’OEA, sont descendus au Capitole. Au cours du week-end, ils se sont mis en réseau pour organiser des arrêts de maladie et d’autres formes de protestation lors de la réouverture des écoles lundi.

Des enseignants d’Oklahoma tiennent une réunion spontanée dans le Capitole vendredi

« L’OEA a récupéré notre mouvement qui prenait de l’ampleur et a commencé à agir comme si elle le menait, et puis il a annoncé la fin de la grève », a déclaré Jane, une enseignante d’un district rural de l’Oklahoma, lors d’un meeting en ligne dimanche après-midi organisé par le Bulletin des enseignants du World Socialist Web Site. « Nous sommes nombreux à ne pas abandonner le mouvement. »

« Certains établissements ont dit que ce n’était pas fini, l’OEA ne parle pas pour nous et nous n’avons rien obtenu », a ajouté Jane. « La législature n’a rien fait pour nous pendant les deux semaines où nous avons manifesté et fait du lobbying qu’elle n’avait pas déjà l’intention de faire. Nous sommes toujours confrontés à des conditions de travail horribles et à des salles de classe surchargées. Ils ne nous ont pas donné la quantité de manuels demandée, et cela fait treize ans que nous n’en avons pas eu de nouveaux. »

Ron, un enseignant de lycée d’Oklahoma City, a ajouté : « On dirait vraiment que c’est un vrai cirque. Le syndicat ne s’attendait à aucun résultat différent. Nous devrions rassembler tout le monde devant l’administration de l’OEA pour annuler nos adhésions. Je ne suis membre d’aucun syndicat, et j’ai laissé tomber l’AFT parce qu’il ne prenait aucune action comme celle-ci.

Après le feu vert des syndicats, certaines autorités scolaires redoublent d’efforts pour intimider les enseignants militants. Dans la petite ville de Prague, à 90 km à l’est d’Oklahoma City, Jason McPhail, un enseignant d’histoire très apprécié qui encadre aussi une équipe d’élèves qui pratique la lutte, a été renvoyé pour avoir refusé d’abandonner la grève des enseignants la semaine dernière.

Dans un message sur Facebook, McPhail a déclaré : « Pour moi, l’éducation est un droit humain fondamental dans toute société moderne […] J’ai vu ma femme se démener pendant huit ans en salle de classe alors que le financement a été continuellement modifié ou réduit et que les inscriptions ont augmenté de 30 pour cent. Donc, quand j’ai entendu la menace de grève après l’adoption d’un projet de loi qui ne prévoyait presque aucun financement supplémentaire, j’étais tout à fait prêt à y participer. »

« On m’a donné un choix / un ultimatum […] soit de reprendre le service, soit de rester en grève et prendre le risque de ne pas être réembauché […] Ma décision a été de faire grève.

Dans un sondage réalisé sur la page Facebook, « Débrayage d’enseignants en Oklahoma – C’est l’Heure maintenant ! » 88,3 pour cent des enseignants ont déclaré qu’ils étaient toujours en faveur de la grève des enseignants. Cependant, le groupe demande aux enseignants de décider individuellement de prendre des congés maladie ou des jours de congés personnels pour continuer le mouvement de protestation, ce que la majorité dit ne pas pouvoir se permettre.

Si « L’Heure C’est maintenant ! », et une autre page Facebook similaire « Enseignants d’Oklahoma Unis (OTU) », ont joué un rôle important dans la grève, les dirigeants de ces groupes, Alberto Morejon et Larry Cagle, n’ont aucune perspective viable pour continuer la lutte. Comme les syndicats, les deux exhortent les enseignants, les parents et les élèves à limiter leurs activités au « lobbying » des législateurs pour augmenter le financement des écoles. L’OTU a également interdit l’affichage des articles du WSWS sur sa page.

Les deux dernières semaines ont démontré la faillite d’une telle perspective. Le gouverneur républicain de l’Oklahoma, Mary Fallin, et la législature de l’État ont fermement refusé tout financement accru après avoir distribué des milliards de dollars en réductions d’impôts aux sociétés pétrolières et gazières.

En ce qui concerne les démocrates, ils ont cyniquement prétendu défendre l’éducation publique bien que ce soit le prédécesseur démocrate de Fallin, Brad Henry, qui a imposé de sévères coupes budgétaires pour financer ses réductions d’impôts sur les plus-values et les multimillionnaires de l’État. Le gouvernement Obama a supervisé la victimisation des enseignants et l’attaque contre l’éducation publique, qui ont ouvert la voie à la politique de l’administration Trump.

De manifestations au début de la grève

Le dirigeant de l’OTU, Cagle, a insisté sur le fait que la lutte pour le financement de l’éducation n’est pas une lutte politique. Mais l’assaut sur l’éducation publique est la conséquence de décisions politiques prises non seulement en Oklahoma, mais au niveau fédéral des États-Unis et dans le monde qui ont comme objectif la défense des intérêts d’une classe sociale définie : l’élite patronale et financière. Par conséquent, la lutte pour la défense de l’éducation publique est une lutte politique, car elle nécessite la mobilisation de la classe ouvrière pour lutter pour ses intérêts de classe, qui ne peuvent être atteints que par une attaque frontale contre la richesse et le pouvoir de la classe capitaliste.

L’Oklahoma n’est que l’un des 29 États qui ont réduit les dépenses scolaires depuis 2008. Les salaires réels des enseignants ont chuté en Oklahoma depuis 1999-2000, alors même que le coût de la vie a augmenté de 50 pour cent au cours de la même période.

Une étude récente du Brookings Institute, proche du Parti démocrate, a mis en garde contre de possibles grèves au Mississippi, en Caroline du Nord, en Alabama, en Géorgie, en Idaho, au Nouveau Mexique, en Caroline du Sud, au Dakota du Sud et en Utah. « Ces derniers jours », écrit l’auteur de l’étude, le Dr Michael Hansen du Brown Center pour la Politique de l’éducation : « des rumeurs croissantes d’appels à l’action ont été rapportées en Indiana et au Texas. Une action supplémentaire des enseignants en Caroline du Nord semble presque inévitable, avec un appel pour une marche sur le Capitole de l’État. prévue pour une date le mois prochain. »

Les enseignants créent également des pages Facebook en Floride, au Michigan, dans l’Iowa et dans d’autres États afin de se battre pour une action collective.

Les enseignants du Colorado, en 46ᵉ position des rémunérations dans le pays, devraient manifester devant le Capitole de l’État à Denver aujourd’hui, après que les autorités ont été obligées de fermer les écoles de la région métropolitaine de Denver-Aurora en prévision de la grève.

Vendredi dernier, des milliers d’enseignants du Kentucky sont descendus au Capitole à Frankfort pour défendre leurs retraites. Cela a déclenché des avertissements contre les grèves de la part de la Kentucky Education Association, et une diatribe de droite par le gouverneur Matt Bevin accusant les enseignants grévistes d’avoir abandonné les enfants aux abus sexuels, à la violence et à la drogue.

Le Bulletin des enseignants du WSWS a organisé une conférence en ligne dimanche pour exhorter les enseignants à former des comités de base, complètement indépendants des syndicats, pour établir des liens avec les enseignants à travers les États-Unis afin de mettre en place une grève nationale. Parmi les participants se trouvaient des enseignants de l’Oklahoma, de l’Arizona, du Michigan, du Wisconsin, de New York, de la Californie et d’autres États. Un compte rendu a été présenté aussi de la grève des 50 000 universitaires britanniques qui venait tout juste d’être trahi par les syndicats et sur la portée internationale de la rébellion des enseignants.

L’opération à Detroit de congé de maladie en masse des enseignants en janvier 2016

« Au Michigan, nous étions des précurseurs en termes de destruction du système d’éducation publique », a déclaré Patricia, une enseignante retraitée de Detroit. « Ne comptez pas sur l’AFT et les autres syndicats pour venir vous soutenir ! Ils font partie de cette opération depuis des décennies. »

Elle a ajouté : « Le système des écoles privées est utilisé pour détruire le système d’éducation publique. Beaucoup de nos politiciens ont leurs propres écoles privées que les membres de leur famille dirigent, ainsi que de nombreuses églises. Si nous ne nous unissons pas en tant que travailleurs, il est facile de nous battre. Il doit y avoir un effort uni, nous devons enlever nos œillères et voir ce qui se passe depuis trois ou quatre décennies. Ils peuvent trouver de l’argent pour aller faire la guerre et envoyer nos enfants et nos proches mourir partout dans le monde, mais quand il s’agit de nous, ils s’en fichent. »

Se référant à l’annonce récente du gouverneur de l’Arizona, Doug Ducey, qui affirmait qu’il donnerait une augmentation de salaire de 10 pour cent aux enseignants l’année prochaine et de 5 pour cent pour chacune des deux années suivantes, Laura, une enseignante de Tucson, a déclaré : « Nous sommes méfiants, car on se demande quelles seront les coupes budgétaires pour financer cette augmentation de salaires ? On nous dit d’être heureux, mais nous ne nous battons pas seulement pour des augmentations de salaire, nous nous battons pour nos enfants et pour l’avenir de l’éducation dans son ensemble. Je suis complètement solidaire avec vous. Pourquoi ne pas organiser une grève générale des travailleurs, et surtout des enseignants à travers le pays, pour leur faire savoir que nous prenons l’éducation au sérieux. »

(Article paru en anglais le 16 avril 2018)