Les partis de la pseudo-gauche promeuvent le bombardement américano-franco-britannique de la Syrie

Par Will Morrow
17 avril 2018

Un certain nombre de partis politiques qui se disent socialistes ont prouvé qu’ils ne l’étaient absolument pas par leur soutien des bombardements illégaux américains, français et britanniques de la Syrie, vendredi soir.

Les groupes comme l’International Socialist Organization (ISO – Organisation Socialiste Internationale) américaine, les Democratic Socialists of America (DSA – Socialistes Démocratiques d’Amérique) et le Nouveau Parti Anticapitaliste NPA) sont des organisations pro-guerre. Ils participent à une campagne de propagande avec les organes de presse capitalistes et les agences de renseignement pour répandre le mensonge que les frappes aériennes sont justifiées sur une base « humanitaire » et qu’il faut plus de force militaire. Le Parti de l’égalité socialiste (PES) rejette ces tentatives de couvrir l’intervention impérialiste d’un vernis « de gauche ».

Primo, ces groupes de pseudo-gauche attaquent ceux qui remettent en question la légitimité des affirmations de la CIA et du MI6 selon lesquelles Assad a utilisé des armes chimiques dans la Ghouta orientale la semaine dernière. Ils acceptent les affirmations de ces mêmes agences de renseignements militaires qui ont propagé le mensonge des « armes de destruction massive » pour justifier l’invasion de l’Irak, ce qui a entraîné la mort de plus d’un million de personnes.

Joseph Daher du NPA a écrit dans un article du 10 avril intitulé « Syrie : un cauchemar sans fin » que le gouvernement syrien a tué « selon les premières estimations plus d’une centaine de civilEs en 24 heures, avec notamment de forts soupçons, à nouveau, d’un recours au gaz de chlore toxique et au sarin. » Daher accepte incontestablement les allégations selon lesquelles le régime Assad a mené une attaque chimique au gaz à la Ghouta le 7 avril. Cette accusation a été diffusée dans tous les médias sans preuves afin de justifier une guerre d’agression illégale contre la Syrie qui a placé l’humanité au bord d’une guerre mondiale nucléaire entre les États-Unis et la Russie. Dans une déclaration après le bombardement intitulée « Avec le peuple syrien, contre les bombardements et toutes les interventions impérialistes », le NPA a appelé au rejet de « la sordide campagne visant à faire douter de la énième attaque chimique criminelle du régime sur des civils […] à Douma. »

L’article de l’ISO du 13 avril, « Les missiles américains n’arrêteront pas la souffrance de la Syrie », montre une photo d’un enfant sur un respirateur tiré de la vidéo largement diffusée que la CIA revendique comme « preuve » qu’Assad a utilisé des armes chimiques. L’article affirme que « le 7 avril, une attaque chimique menée par les forces gouvernementales syriennes dans la ville de Douma, dans le sud-ouest de la Syrie, a fait au moins 43 morts et beaucoup d’autres luttent pour respirer. » L’article a déclaré que bien que « le régime d’Assad ait nié le lancement de l’attaque chimique » et que « le gouvernement russe ait également affirmé que les reportages d’une attaque au gaz étaient un “canular” », ces « dénégations sont un mensonge cruel ».

Mais le secrétaire américain à la Défense James Mattis a reconnu vendredi soir lors d’une conférence de presse qu’il n’avait trouvé aucune preuve du fait que le gouvernement syrien ait utilisé des armes chimiques avant vendredi après-midi, quelques heures après la parution de l’article de l’ISO. En d’autres termes, l’ISO a proclamé son verdict de culpabilité avant que le Pentagone, selon ses dires, soit arrivé au sien.

Deuxièmement, les groupes de pseudo-gauche critiquent la campagne de bombardement au motif qu’elle ne va pas assez loin et qu’une intervention militaire plus importante est nécessaire.

Daher écrit au nom du NPA avec inquiétude que « Donald Trump a réitéré sa volonté de quitter la Syrie, malgré les réticences de ses plus proches conseillers. » Il note qu’ « Un retrait US est encouragé par les principales puissances intervenant en Syrie : Russie, Iran et Turquie. » Daher conclut en déclarant que « Les crimes du régime Assad se poursuivent dans le silence et avec la complicité des puissances internationales et régionales ». Dans un entretien publié le 13 avril sur le site Internet d’International Viewpoint, le magazine du Secrétariat uni pabliste, Daher appelle les États-Unis à armer les rebelles syriens : « Nous devrions également soutenir la fourniture d’armes à ces forces démocratiques dans la région pour combattre les deux forces contre-révolutionnaires. »

L’article de l’ISO du 13 avril critique l’administration Obama parce qu’elle « a refusé aux rebelles l’accès à des armes antiaériennes ou antichars qui leur auraient conféré un avantage potentiellement décisif contre l’armée syrienne, ce qui aurait pu entraîner la chute du régime. » L’article continue :

« Depuis le début du soulèvement du printemps arabe en Syrie, la politique américaine vise à s’assurer qu’une certaine forme du régime actuel se poursuive en Syrie, avec ou sans Assad. Alors que la contre-révolution brutale du régime progressait, grâce à la puissance militaire russe, les États-Unis en sont venus à accepter qu’Assad restera, et les Russes seront les maîtres du jeu du pays. »

Le magazine Jacobin, le journal soutenu par la DSA, n’a publié aucun article récent sur les menaces américaines contre la Syrie ni sur les attentats eux-mêmes. Alors que le rédacteur en chef de Jacobin, Bhaskar Sunkara, est resté silencieux sur les menaces de Trump de bombarder la Syrie dans les jours précédant l’attaque, il a trouvé le temps de publier plusieurs tweets sur l’équipe de basket les New York Knicks. Le silence de Jacobin dénote le consentement et la suffisance.

Il en va de même pour l’organisation de pseudo-gauche australienne Socialist Alternative, qui entretient des relations étroites avec l’ISO aux États-Unis, et International Viewpoint, le magazine du Secrétariat uni pabliste, ex-trotskyste. Ces groupes sont tout simplement des supplétifs de la propagande de l’impérialisme américain, britannique et français. Ils fournissent aux agences de renseignement un mégaphone, en vomissant leurs justifications pour la guerre et en les colorant avec une rhétorique en apparence « de gauche ».

Ces groupes sont en faveur de la guerre parce qu’ils appartiennent à une couche privilégiée de la classe moyenne supérieure qui s’attend à bénéficier matériellement des pillages impérialistes du Moyen-Orient. Leurs proclamations pro-guerre reflètent le virage à droite parmi les sections des 10 % les plus riches de la société américaine et européenne dont les portefeuilles d’actions ont grimpé en flèche en raison de la financiarisation de l’économie et du boom boursier mondiaux.

Les sondages montrent une opposition massive aux États-Unis, en France et au Royaume-Uni aux frappes en Syrie. Cela reflète l’opposition croissante de la classe ouvrière à la guerre, qui se déroule dans des conditions de croissance de la lutte des classes dans le monde entier, comme en témoigne le plus vivement les trois pays qui ont lancé les frappes de vendredi soir. La pseudo-gauche et les puissances impérialistes craignent que les luttes de la classe ouvrière fusionnent avec le large sentiment anti-guerre parmi les travailleurs et les jeunes. La construction d’un mouvement de masse dans la classe ouvrière, opposé à la guerre et aux inégalités, interviendra dans une lutte consciente contre ces groupes qui se disent « de gauche » tout en aidant les puissances impérialistes à lancer des bombes à travers les anciens pays coloniaux.

(Article paru en anglais le 16 avril 2018)