Le gouvernement fédéral et les gouvernements des États américains font la guerre aux travailleurs et aux pauvres

Par Kate Randall
25 avril 2018

« L’Amérique est forte et fait son grand retour. La paie grimpe. Les taux d’imposition sont en baisse. Les entreprises investissent dans notre grand pays. Et le plus important : le peuple américain est en train de gagner », a écrit Donald Trump dans une tribune publiée par le quotidien USA Today et divers journaux à travers les États-Unis la semaine dernière.

Ces mots mensongers contrastent avec la réalité des millions de ménages à travers le pays qui se battent pour mettre de la nourriture sur la table, garder un toit sur leur tête et maintenir leur santé. Dans ce qui ne peut être décrit que comme une croisade sadique, l’élite dirigeante mène une guerre contre les segments les plus vulnérables de la société américaine sous la forme de coupes dans les programmes sociaux dont dépendent les gens pour les empêcher de sombrer dans la pauvreté et le désespoir.

Alors que Trump et les conseils d’administration des entreprises célèbrent l’économie « en plein essor » et les stocks d’argent croissant pour les super-riches, ils cherchent des moyens de vider ce qui reste des ressources du filet de sécurité sociale pour des millions de travailleurs et les pauvres. Un élément clé de cette agression est l’imposition d’exigences de travail pour les bénéficiaires de Medicaid (soins médicaux pour les pauvres) et du Programme d’aide supplémentaire à la nutrition (SNAP), communément appelé des timbres alimentaires.

Dans le but d’élargir les exigences de travail, le président Trump a ordonné plus tôt ce mois-ci aux secrétaires de six ministères fédéraux de chercher de nouvelles façons de vider les programmes existants et d’imposer des exigences de travail onéreuses pour une aide continue. Medicaid, les timbres alimentaires, l’aide au logement et les programmes d’aide sociale sont tous considérablement réduits par le décret présidentiel.

Plus de 67 millions de personnes sont actuellement couvertes par Medicaid, le programme d’assurance maladie pour les pauvres administré conjointement par le gouvernement fédéral et les États. Selon un récent rapport de l’Institut de recherche en santé PwC, environ 1,7 million d’entre eux pourrait être touché par les exigences de travail proposées dans 10 États. Ceux qui sont visés par les exigences de travail représentent près de 8 milliards de dollars en dépenses médicales annuelles et ce sont ces fonds que le gouvernement fédéral et ceux des États veulent récupérer dans la plus grande mesure possible.

Avec un visage impassible, les responsables de l’Administration Trump ont déclaré aux directeurs de Medicaid en janvier que les exigences de travail ou de l’« engagement communautaire » « favoriseraient une meilleure santé mentale, physique et émotionnelle » et aideraient les familles à « sortir de la pauvreté et à devenir indépendantes ». En réalité, cela punirait les chômeurs ou les sous-employés en les poussant dans une pauvreté plus profonde et en les privant de l’assurance-maladie par-dessus le marché.

On estime que 42 millions de personnes bénéficient des avantages SNAP, avec des timbres qui valent en moyen par foyer environ 128 dollars par mois. Les républicains ont proposé des dispositions sur les exigences de travail dans le projet de loi agricole qui passe actuellement par le Congrès qui, si elle est promulguée, réduirait les avantages pour 2 millions de personnes ou les éliminerait complètement, selon le Bureau du budget du Congrès (CBO).

La mesure exigerait que la plupart des adultes, âgés de 18 à 59 ans, travaillent au moins 20 heures par semaine, s’inscrivent à une formation professionnelle ou recherchent du travail sous la supervision d’un gestionnaire. Tous sauf les personnes âgées seraient tenus de présenter leurs factures d’électricité, téléphone, etc. Dans un retournement particulièrement cruel, les bénéficiaires actuels du SNAP les plus susceptibles d’être confrontés à des réductions seraient les ménages où des membres travaillent – ceux dont les membres travaillent, mais reçoivent un salaire si bas qu’ils peuvent prétendre à une aide alimentaire.

Selon le Centre sur les priorités budgétaires et politiques (CBPP), de nombreuses personnes ne seraient plus bénéficiaires parce qu’elles seraient incapables de prouver qu’elles travaillent 20 heures par semaine, que leurs employeurs réduisent leurs heures de travail en dessous de 20 heures, ou qu’elles ne peuvent pas travailler en raison d’un programme de santé mentale ou physique, mais ne soumettent pas les documents nécessaires pour prouver leur état.

Le projet de loi n’allouerait qu’un milliard de dollars par année pour l’emploi, ce qui sous-finance énormément les programmes qui devraient fournir des places à quelque 3 millions de personnes ou plus chaque mois sans emploi. L’intention est claire : contraindre les gens à se conformer à des exigences de travail impossibles, mettre en place des programmes de formation au travail fictif et, lorsqu’ils ne sont pas conformes, en retirer les avantages.

L’État de Wisconsin a été à l’avant-garde de l’attaque contre les bénéficiaires de timbres d’alimentation. En février, l’État a adopté une loi interdisant aux bénéficiaires de timbres d’alimentation de posséder une voiture d’une valeur de plus de 20 000 dollars. Cette réglementation signifie que pour recevoir les prestations SNAP déjà insuffisantes, une famille devrait se départir d’un véhicule fiable, le seul moyen de se rendre au travail dans de nombreux endroits.

En 2013, le gouverneur du Wisconsin, le républicain Scott Walker, a promulgué une loi obligeant les adultes sans enfants qui ne sont pas handicapés à travailler au moins 20 heures par semaine ou à suivre des programmes de formation dans quelques centres dispersés de l’État.

Walker a également interdit aux bénéficiaires du SNAP de posséder une voiture valant 20 000 dollars avec la justification absurde qu’il voulait faire en sorte que « les gens avec des demeures géantes et chics ne reçoivent pas de chèques d’aide sociale alors que les contribuables doivent payer la facture ». Ceci d’un homme qui vit dans le manoir du gouverneur à Oak Bluff – avec 34 pièces, 13 salles de bains, 7 chambres et des feux à l’âtre – et bénéficie d’un chauffeur et d’une escorte de la police de l’État quand il se déplace en voiture, le tout aux frais des contribuables.

Cette attaque sur les prestations de bons d’alimentation dans le Wisconsin a permis de réduire de 28 pour cent les dépenses du SNAP, passant de 1,2 milliard de dollars en 2013 à environ 867 millions de dollars en 2017, selon un rapport détaillé publié lundi dans le Washington Post. Les représentants de l’État signalent que seulement 25 000 des 700 000 bénéficiaires de bons d’alimentation de l’État ont trouvé du travail, tandis que plus de 86 000 personnes se sont vues couper les coupons alimentaires, mais n’ont pas déclaré avoir trouvé un emploi.

Ces coupes ont un double objectif : réduire les dépenses pour financer des réductions d’impôts supplémentaires pour les riches, et conduire les pauvres affamés vers des emplois à bas salaires dans de nouveaux centres d’exploitation capitalistes comme Foxconn, le sous-traitant taïwanais géant pour Apple et d’autres entreprises d’électronique de grand public. Foxconn a constaté qu’il pouvait fonctionner de manière aussi rentable dans le sud-est du Wisconsin, avec une main-d’œuvre bon marché et des allégements fiscaux, comme dans ses fameux ateliers clandestins du sud de la Chine.

Comme Trump et les républicains prévoient l’expansion des exigences de travail pour les programmes sociaux, les démocrates au Congrès ont offert une réponse tiède. Comme prévu, les sénateurs Bernie Sanders du Vermont et Elizabeth Warren du Massachusetts ont présenté une loi qu’ils savent ne pas pouvoir faire adopter, mais qui leur permet de se faire les champions des « enfants les plus vulnérables » du pays. Leur Projet de loi « SNAP pour enfants » augmenterait l’aide alimentaire pour les enfants d’âge scolaire de la maigre somme de 42 dollars par mois.

Ces manœuvres ne peuvent dissimuler la responsabilité conjointe des deux partis contrôlés par les entreprises pour la catastrophe qui frappe la classe ouvrière.

C’est le président démocrate Bill Clinton qui a modelé sa destruction de L’« État providence » en 1996, avec l’Aide temporaire aux familles nécessiteuses (TANF), sur l’exemple du gouverneur Tommy Thompson du Wisconsin (1987-2001), qui a limité la période de temps pendant laquelle les pauvres pourraient recevoir une aide en espèces. La « réforme » de l’« État providence » de Clinton a produit les résultats escomptés, réduisant le nombre de familles assistées sociales de 12,4 millions en 1996 à 4,6 millions en 2012.

Alors que le président Trump a promu la loi de réductions d’impôts pour les riches et la loi de travail de 2017 en tant qu’encouragement à l’embauche, deux tiers des répondants au sondage par l’Association nationale d’économie d’entreprise ont affirmé que les réductions d’impôts n’ont pas changé leurs plans d’embauche et d’investissement.

Plutôt, Paul Ryan, le Président sortant de la Chambre des représentants du Wisconsin s’est emparé des effets de la loi, qui devrait augmenter la dette nationale de 1500 milliards de dollars en 10 ans afin de réclamer une « réforme des habilitations » sous la forme de coupes plus sombres dans les droits de Medicaid et des timbres alimentaires, mais dans le but ultime de faire des coupes dans Medicare, le programme d’assurance-maladie pour les personnes âgées, et dans le programme des retraites de la sécurité sociale.

(Article paru d’abord en anglais le 24 avril 2018)