La Corée du Nord et la Corée du Sud organisent un sommet pour « la paix »

Par James Cogan
30 avril 2018

Le chef d’État nord-coréen Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in se sont rencontrés vendredi à la « Maison de la Paix » qui est à cheval sur la frontière qui divise la péninsule depuis l'armistice qui a mis fin de la guerre de Corée en 1953.

Cet événement réglé dans les moindres détails, dont une grande partie a été diffusée en direct à travers la Corée du Sud, a été préparé longtemps à l'avance. Il fut mis en place à la demande des États-Unis que la Corée du Nord accepte la «dénucléarisation», ou le démantèlement de son petit arsenal d'armes nucléaires. Les deux dirigeants discutent également d'un traité de paix pour mettre officiellement fin à la guerre de Corée et permettre l'amélioration des relations économiques entre le Sud et le Nord.

Le régime nord-coréen a annoncé la «suspension» des essais nucléaires et de missiles, mais n'a pas indiqué s'il accepterait la «dénucléarisation». S'il le fait, il insistera très probablement sur un processus qui se déroulera sur une longue période.

Le gouvernement Trump a prétendu que ces négociations sont le résultat de la position belliqueuse qu'il a pris envers la Corée du Nord, y compris les menaces de Trump de détruire le pays par le « feu et la fureur », et des sanctions économiques sévères. Les reportages indiquent que la collaboration de la Chine dans l'imposition des sanctions a gravement affecté l'économie nord-coréenne, faisant s'effondrer ses exportations de plus de 90 pour cent et aggravant la crise sociale aiguë que subissent ses 25 millions d'habitants.

À condition que la réunion de vendredi se traduise par des avancées vers la «dénucléarisation» de la Corée du Nord, Trump a indiqué qu'il rencontrerait Kim en mai ou en juin. Le secrétaire d’État et actuel directeur de la CIA, Mike Pompeo, a fait un voyage secret en Corée du Nord à Pâques pour des discussions préalables. Après avoir révélé la visite de Pompeo, Trump a continué à se vanter de la possibilité d'un accord. Cela suggère que le régime nord-coréen a accepté en principe de respecter les conditions dictées par Washington.

Le gouvernement de Moon a exploité au maximum l'événement de vendredi, se faisant passer pour le gouvernement qui libère la Corée du Sud du danger d'une guerre catastrophique et qui fait avancer la cause de la réunification coréenne.

Kim Jong-un joue son rôle spécifique dans cette mise en scène diplomatique, confirmant l'engagement de son régime envers la paix et la bonne volonté sur la péninsule coréenne et posant pour les médias comme on le lui demande. En échange, Washington et Séoul devront donner à la clique au pouvoir et à l'appareil militaire nord-coréen l'assurance qu'ils peuvent rester au pouvoir et conserver leur richesse et leurs privilèges. Cependant, des assurances similaires données par l'impérialisme américain ont été finalement abandonnées plus d'une fois par le passé.

Tout développement concret vers un rapprochement sur la péninsule coréenne selon les termes dictés par les États-Unis sera considéré avec une grande inquiétude à Beijing. Formellement, la Corée du Nord est un allié des chinois. Depuis 1953, il a servi de tampon militarisé entre les frontières du nord de la Chine et les forces importantes américaines basées en Corée du Sud et au Japon.

L'objectif depuis plusieurs décennies des principales factions des classes dirigeantes américaine et sud-coréenne a été d'intégrer la Corée du Nord dans la sphère d'influence américaine. Depuis le début des années 1990, les conflits tactiques à Washington ont porté sur la question de savoir si ce but devait être atteint par la guerre et le changement de régime ou par un accord avec la clique au pouvoir.

Le pire scénario pour Beijing serait que le régime nord-coréen fasse un saut périlleux diplomatique et, en échange de sa propre préservation et d'importantes récompenses financières, se transforme en un État garnison servant les intérêts américains et sud-coréens.

Bien qu'il soit beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions définitives, la possibilité d'un tel résultat ne peut être exclue. L'impérialisme américain cherche à saper dramatiquement la position stratégique et militaire de la Chine. Il n'a pas et n'a jamais eu de véritable inquiétude à propos des droits de l'homme en Corée du Nord. Sa seule vraie inquiétude est que la possession par Pyongyang d'un petit arsenal nucléaire a considérablement compliqué l'utilisation de la force pour amener la Corée du Nord sous domination américaine.

La classe capitaliste sud-coréenne parle continuellement de la réunification, mais ce que les factions dominantes ont à l'esprit, c'est la «politique du soleil» des années 1990. La dictature nord-coréenne resterait intacte, mais ouvrirait une grande partie du nord aux investissements et à l'exploitation transnationaux. La frontière resterait scellée à la vaste masse des Nord-Coréens, qui seraient proposés en tant que main-d'œuvre bon marché réprimée brutalement pour les sociétés de Corée du Sud et d'ailleurs.

La classe ouvrière sud-coréenne en paierait le prix fort sous la forme de destructions d'emplois ou de demandes d'accepter des coupes dans leurs salaires et ses conditions de travail pour rester «compétitive» contre les travailleurs du Nord.

Ce qui inquiète le plus Beijing, c'est qu'une telle « réunification » pourrait amener le régime nord-coréen à être incorporé dans l'alliance américano-sud-coréenne. Toute garantie par Washington que ses forces militaires ne se déplaceraient pas vers le nord serait sans valeur dans des conditions de concurrence stratégique et économique croissante et de conflit. L'élite dirigeante américaine pourrait même accepter que la Corée du Nord garde certaines de ses armes nucléaires si ses missiles visaient la Chine.

La principale conséquence de tout rapprochement entre les États-Unis et Pyongyang sera de mettre en avant les rivalités entre puissances. La Russie, qui partage une frontière avec la Corée du Nord, serait tout aussi alarmée que la Chine par de tels développements. On peut supposer avec confiance que Beijing et Moscou se livrent à des intrigues avec des factions du régime nord-coréen pour tenter de protéger leurs intérêts.

L'autre puissance qui considère les événements actuels comme un revers est le Japon. La classe dirigeante japonaise a utilisé la prétendue menace de la Corée du Nord comme prétexte principal pour sa campagne systématique visant à renforcer sa force militaire et à supprimer les limitations constitutionnelles de leur utilisation. L'administration Trump a bousculé le gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe avec son passage des menaces militaires à un rapprochement diplomatique avec Kim.

Les préparatifs de l'impérialisme américain pour des tensions plus vives en Asie du Nord-Est se reflètent dans la décision du gouvernement Trump de nommer l'amiral Harry Harris, commandant du US Pacific Command (PACOM), au poste d'ambassadeur en Corée du Sud. Harris avait été nommé ambassadeur des États-Unis en Australie et devait être confirmé à ce poste cette semaine. Au lieu de cela, c'est Pompeo qui aurait demandé à Trump de transférer l'affectation de l'amiral au poste plus stratégique à Séoul.

Harris a été parmi les figures anti-Chine les plus virulentes de l'armée américaine. Sa mission sera de consolider la détermination du gouvernement et des forces armées sud-coréens si les pourparlers avec la Corée du Nord échouent et que l'administration Trump se replie sur une politique de guerre.

Si les relations se poursuivent vers un sommet Trump-Kim et d'autres accords, Harris sera au centre des négociations en cours avec Pyongyang et des efforts pour enrôler la Corée du Nord dans le face-à-face américain avec la Chine.

(Article paru en anglais le 27 avril 2018)