Les syndicats tiennent une manif du 1er mai en appui tacite au Parti québécois

Par nos reporters
1 mai 2018

Samedi, quelques milliers de travailleurs et leurs familles ont participé à une manifestation organisée à Montréal par les centrales syndicales québécoises. Même si la manifestation prenait place officiellement à l’occasion du 1er mai, elle n’avait rien à voir avec les traditions de solidarité et de lutte ouvrière commune – sans parler du socialisme – qui sont associées à la journée internationale des travailleurs.

En fait, malgré l’assaut accru de la classe dirigeante sur les conditions de vie et l’implication grandissante de l’impérialisme canadien dans les guerres de conquête menées par les États-Unis, les bureaucrates syndicaux n'avaient que des phrases creuses à offrir à la foule. Le faible nombre de manifestants laissait voir qu’ils n'avaient déployé aucun effort sérieux pour mobiliser leurs membres.

Une partie de la manifestation à Montréal

La manifestation elle-même s’est déroulée sous le mot d’ordre «Prendre le parti des travailleurs et travailleuses», représenté par le dessin d'une main déposant un bulletin de vote.

C’est un signal clair que les syndicats, à l’approche des élections provinciales prévues en octobre, s'apprêtent une fois de plus à canaliser l’opposition des travailleurs à l’assaut anti-ouvrier de l’élite dirigeante derrière le Parti québécois (PQ). Ce dernier est un parti de la grande entreprise qui a dévasté les réseaux publics de la santé et de l’éducation lorsqu’il était au pouvoir et qui s’est tourné ces dernières années vers le chauvinisme anti-musulman le plus réactionnaire.

Dans leurs commentaires livrés aux médias en marge de la manifestation, les chefs syndicaux ont révélé leur accord fondamental avec la politique consistant à faire payer les travailleurs pour la crise du système de profit.

Le président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jacques Létourneau, a cherché à endormir les travailleurs en semant des illusions dans «l'ensemble des partis» de l’establishment, qu’il a appelés à s’engager «pour la classe moyenne et la majorité de la population pour permettre une plus grande distribution de la richesse».

La seule «distribution» de la richesse que favorise la bureaucratie syndicale par sa politique pro-capitaliste c’est celle qui vide les poches des gens ordinaires pour remplir les comptes en banque des super-riches qui contrôlent l’économie et l’État.

«Le gouvernement a trop coupé», a déclaré Daniel Boyer, président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ). «Il fallait rétablir un certain équilibre, on était d’accord, mais pas à vitesse grand V comme Québec l’a fait». Autrement dit, les chefs syndicaux approuvent et imposent l’austérité capitaliste, mais implorent la classe dirigeante d’y aller à plus faibles doses afin de ne pas provoquer une rébellion des travailleurs que les syndicats auraient du mal à contrôler.

Des reporters du WSWS sont intervenus à la manifestation pour distribuer une déclaration prévenant du danger de guerre au niveau mondial et expliquant la nécessité pour les travailleurs d'unir leurs luttes sur une échelle internationale et de bâtir leur propre parti politique dans la lutte pour le socialisme.

Nous avons recueilli plusieurs commentaires reflétant la colère populaire contre la destruction des emplois, des salaires et des programmes sociaux. Cette colère se manifeste en particulier parmi les employés du secteur public, ce qui représente de manière embryonnaire un rejet du rôle joué par les syndicats en 2015 pour imposer à plus d’un demi-million de travailleurs une entente pourrie diminuant leurs salaires réels et augmentant l’âge de la retraite.

Des travailleuses du milieu communautaire ont dit au WSWS qu'elles étaient là pour revendiquer le financement des organismes communautaires, des services publics, ainsi que l'augmentation du salaire minimum. L'une d'elles a souligné que «la tendance néolibérale est mondiale», mentionnant les attaques du président français Macron contre les travailleurs en France.

Des assistantes techniques en pharmacie ont dit qu'elles avaient appris l'organisation de la manifestation sur Facebook. Elles participaient à la manifestation pour se faire entendre sur les conditions de travail impossibles, le manque d'effectifs dans les hôpitaux et la constante augmentation de la charge de travail.

Caroline, Marie-Claude et Marie, assistantes techniques en pharmacie

Nous avons souligné que les mêmes revendications étaient soulevées par les travailleurs partout dans le monde, et qu'en ce moment les enseignants de l'Arizona, après ceux de l'Oklahoma et de la Virginie occidentale, faisaient grève.

Marilyn, également assistante technique en pharmacie, a dit que «tout le personnel dans le réseau de la santé est épuisé». Elle a poursuivi ainsi: «De plus en plus, on nous rajoute des tâches, des responsabilités. Si ma collègue prépare la médication, c'est moi qui doit la revérifier. Avant, c'était un pharmacien qui faisait ça. Et on n'a pas le droit à l'erreur, ce ne sont pas des M&M’s!» Marilyn a expliqué comment souvent elle retournait à la maison et repensait à des tâches de la journée où elle aurait pu faire une erreur et causer du tort à ses patients: «On ne dort pas bien».