Israël dénonce l’accord nucléaire iranien après de nouvelles frappes de missiles contre la Syrie

Par Bill Van Auken
2 mai 2018

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a prononcé lundi un discours belliqueux dénonçant à plusieurs reprises le gouvernement iranien pour avoir prétendument menti avant, pendant et après la négociation de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien de 2015, connu sous l’acronyme JCPOA.

Le discours de Netanyahou intervient dimanche soir à la suite de frappes de missiles contre deux bases militaires en Syrie, qui auraient tué jusqu’à 18 conseillers militaires iraniens ainsi qu’un certain nombre d’autres personnes.

Ensemble, ces développements indiquent une glissade de plus en plus dangereuse vers une guerre plus large au Moyen-Orient, avec le régime israélien travaillant en collaboration avec des éléments du gouvernement Trump dans le but de provoquer un affrontement militaire directe entre Washington et Téhéran.

Netanyahou a prononcé son discours d’abord en anglais, et seulement après en hébreu, signalant que son public cible n’était pas la population d’Israël, mais plutôt Washington. L’allocution télévisée théâtrale a été prononcée devant une grande projection PowerPoint cotenant la phrase « l’Iran a menti ».

Il ne fait aucun doute que le discours avait été coordonné d’avance avec le gouvernement Trump. Netanyahou avait rencontré dimanche le nouveau secrétaire d’État de Trump, Mike Pompeo, au siège de l’armée israélienne à Tel-Aviv et il avait eu une conversation téléphonique avec Trump avant de comparaître lundi devant les caméras. Les deux discussions ont porté sur l’Iran.

Pompeo s’est rendu en Israël après une réunion des ministres des affaires étrangères de l’OTAN à Bruxelles et une escale en Arabie Saoudite. Depuis les trois endroits, il a concentré ses remarques sur des dénonciations et menaces contre l’Iran.

« Je suis sûr qu’il [Trump] fera le bon choix pour les États-Unis, pour Israël, et pour la paix du monde », a déclaré Netanyahou dans son discours lundi.

Le ton et l’ambiance de la mise en scène de Netanyahou avaient un air de déjà vu comme son apparition ridicule à l’Assemblée générale des Nations Unies en 2012 devant un dessin d’une bombe avec la mèche allumée pour illustrer de fausses affirmations selon lesquelles l’Iran était prétendument à deux doigts de mettre au point des ogives nucléaires.

En plus du PowerPoint, la scène était remplie d’une bibliothèque contenant un certain nombre de dossiers et un casier contenant ce que le premier ministre disait être des CD, des documents compromettants apparemment volés par des espions israéliens. Ils constituaient, affirmait-il, une preuve « nouvelle et concluante » de la tromperie du monde par l’Iran concernant son programme nucléaire. En réalité, Netanyahou n’a pas fourni un seul fait nouveau.

« Le garçon qui ne peut pas s’empêcher de crier au loup est de retour », a commenté le ministre iranien des affaires étrangères Javad Zarif dans un tweet sur le discours de Netanyahou.

S’exprimant lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche peu après le discours de Netanyahou, Trump a déclaré que cela lui a donné « raison à 100 pour cent » sur la nature de l’accord nucléaire iranien.

« Nous verrons ce qui se passe, je ne vous dis pas ce que je ferai », a-t-il ajouté, affirmant que « nous prendrons une décision » le 12 mai ou avant, la date limite pour la Maison Blanche de renouveler la levée des sanctions américaines unilatérales contre l’Iran qui ont été suspendues dans le cadre de l’accord nucléaire.

Trump a répété son affirmation que selon l’accord, les États-Unis avaient donné à l’Iran « 150 milliards de dollars et 1,8 milliard de dollars en liquide […] et nous n’avons rien eu en retour ». Les 150 milliards de dollars sont une invention concoctée par la droite politique américaine, censés représentés le montant des actifs iraniens gelés à l’étranger et restitués dans le cadre de l’accord nucléaire. Le montant réel est estimé entre 25 et 50 milliards de dollars. Le montant de 1,8 milliard de dollars est légèrement supérieur au montant que les États-Unis devaient restituer à l’Iran pour une vente d’armes qui n’a jamais aboutie.

L’obsession du président américain pour l’argent rendu à l’Iran reflète des préoccupations plus larges au sein de l’oligarchie dirigeante américaine, à savoir que l’ouverture du marché iranien selon les termes de l’accord irait profiter aux intérêts capitalistes en Europe, en Chine et en Russie, plutôt qu’aux banques et aux sociétés américaines.

La vague de contacts entre Washington et Tel-Aviv depuis le week-end semble indiquer l’échec des récentes visites consécutives dans la capitale américaine du président français Emmanuel Macron et de la chancelière allemande Angela Merkel pour convaincre Trump de renouveler la dérogation aux sanctions américaines et prévenir l’effondrement de l’accord nucléaire iranien – un résultat qui accélérera presque certainement le lancement d’une guerre majeure dans la région.

Le bureau du Premier ministre britannique Theresa May a publié une déclaration indiquant qu’elle et ses homologues français et allemands avaient réaffirmé leur soutien à l’accord par des appels téléphoniques séparés dimanche. Moscou, quant à lui, a publié une déclaration relative à une conversation similaire entre Macron et le président russe Vladimir Poutine.

Les puissances européennes voient la détermination apparente de l’administration Trump de saboter le JCPOA et de s’engager sur la voie d’affrontement militaire avec l’Iran avec une appréhension croissante. Ce n’est pas seulement la perspective de perdre des marchés commerciaux et d’investissement potentiellement lucratifs – dont peu ont été concrétisés depuis la signature de l’accord en 2015 – mais aussi la perspective de voir l’Europe subir le choc d’une telle guerre tant en termes de déstabilisation régionale et que de nouvel exode de réfugiés.

Les événements en Syrie, quant à eux, intensifient chaque jour la probabilité d’une guerre nouvelle encore plus catastrophique au Moyen-Orient.

Au moins vingt-quatre personnes auraient été tuées dimanche soir à la suite de frappes de missiles israéliennes sur deux bases militaires syriennes près des villes de Hama et d’Alep. Selon les informations, on comptait entre 11 et 18 conseillers militaires iraniens parmi les morts. L’Iran a envoyé des militaires en Syrie pour soutenir le gouvernement du président Bachar al-Assad contre les milices islamistes armées et financées par la CIA et les alliés européens et régionaux de Washington dans une guerre visant un changement de régime.

Le caractère massif de ces frappes, utilisant des bombes anti-bunkers et visant apparemment des stocks de missiles sol-sol et d’autres armes, a eu un effet équivalent à un tremblement de terre d’une magnitude 2,6 près de Hama.

Israël, comme c’est son mode de fonctionnement habituel, a refusé de commenter les attaques, tandis que la Syrie a d’abord attribué les frappes aux États-Unis et à la France qui, avec le Royaume-Uni, ont attaqué le pays avec des missiles de croisière le 14 avril sous prétexte d’attaque à l’arme chimique, ce qui a depuis été révélée d’être une fabrication. Alors que les responsables iraniens ont d’abord reconnu que quelques-uns de leur personnel avaient été tués dans les frappes, Téhéran a démenti plus tard que c’était le cas.

La prudence de Damas et de Téhéran reflète la crainte que les événements qui se déroulent rapidement ne poussent la région dans une nouvelle guerre majeure. L’Iran avait déjà publié des déclarations promettant de riposter à une frappe israélienne au début du mois contre une base aérienne syrienne qui a tué du personnel iranien.

Tel-Aviv, cependant, n’observe pas de telles contraintes. Les missiles israéliens ont été lancés quelques heures après que le ministre de la défense Avigdor Liberman eut prononcé un discours lors de la conférence annuelle du Jerusalem Post à New York, déclarant que Tel-Aviv « garderait la liberté d’opération dans toute la Syrie » et s’opposerait à toute présence militaire iranienne en Syrie coûte que coûte.

La Knesset israélienne, quant à elle, a approuvé lundi une loi permettant au Premier ministre de déclarer la guerre dans des « situations extrêmes » avec la seule approbation du ministre de la défense.

Pour leur part, les États-Unis intensifient leur propre intervention en Syrie, avec des frappes aériennes dimanche contre les forces gouvernementales syriennes tentant d’étendre leur contrôle de la capitale de la province de Deir Ezzor vers les villages voisins proches des principaux champs pétrolifères et gaziers du pays.

En dépit de l’engagement de Trump à « ramener » les troupes américaines au pays, le Pentagone a envoyé des renforts aux plus de 2000 soldats des opérations spéciales américaines déployés dans le pays. Ensemble, avec une force terrestre par procuration composée principalement de la milice des YPG kurdes syriennes, ces troupes ont été utilisées pour bâtir un protectorat américain comprenant environ un tiers du territoire syrien, y compris les principales réserves énergétiques du pays.

Les attaques américaines contre les forces gouvernementales syriennes, soutenues par la Russie, combinées aux menaces de représailles d’Israël contre toute utilisation des systèmes de défense antiaériens S-300 russes, que Moscou a promis de fournir à Damas, font peser la menace d’une escalade du conflit syrien en une guerre catastrophique impliquant les principales puissances nucléaires du monde.

(Article paru en anglais le 1 mai 2018)