1er mai 2018 : des millions de personnes défilent lors de la journée internationale des travailleurs

Par nos journalistes
3 mai 2018

Des millions de personnes à travers le monde ont participé mardi à des marches de protestation et des grèves pour marquer la fête qui célèbre l’histoire, les luttes et les revendications de la classe ouvrière internationale. Le ton et l’humeur des manifestations reflétaient la radicalisation croissante des masses à l’échelle internationale sur fond de vaste colère populaire contre l’inégalité sociale et la guerre impérialiste.

Sur tous les continents, les manifestants ont affronté le danger de la répression policière, les gouvernements capitalistes de toutes couleurs accélérant leurs programmes militaristes et autoritaires. Les manifestations ne pouvaient pas non échapper à un autre défi majeur pour les travailleurs au plan international : l’influence politique des syndicats corporatistes et de leurs alliés, dont des gouvernements bourgeois, qui ont appelé aux manifestations du 1er mai. Dans de nombreux pays, y compris certains où les travailleurs organisaient des boycotts des manifestations de la journée, celles-ci étaient organisées par des forces dont l’hostilité envers la classe ouvrière était impossible à nier.

Une pancarte à Paris fait référence aux bouleversements de mai juin 1968

Des manifestations de masse contre l’austérité et la guerre ont eu lieu dans toute Europe : en France, en Espagne, en Grèce, en Russie. En France, quelques semaines avant le 50e anniversaire de la grève générale de mai juin 1968, des centaines de milliers de personnes ont manifesté à travers le pays, sur fond de grèves de plus en plus nombreuses contre les coupes sociales du gouvernement Macron et contre ses bombardements en Syrie. Des dizaines de milliers de personnes ont défilé à Paris et à Marseille ; à Toulouse, Rennes, Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Strasbourg et Nancy, ils étaient des milliers.

À Paris, des affrontements ont éclaté entre une présence policière massive et des manifestants masqués non identifiés, qui ont lancé des cocktails Molotov, incendié un restaurant Macdonald et une concession de voitures Renault. Quelque 200 personnes ont été arrêtées. Les forces de l’ensemble de l’establishment politique ont dénoncé la manifestation, appelant à plus d’actions policières en France.

En Espagne, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre l’austérité à Madrid et à Barcelone, où des manifestants ont également protesté contre le gouvernement non élu imposé à la Catalogne par le gouvernement central de Madrid après la crise du référendum sur l’indépendance catalane en octobre dernier. En tout, les syndicats ont appelé à des manifestations dans 70 villes espagnoles.

En Grèce, le transport maritime et les transports en commun ont été interrompus par les travailleurs et des milliers de personnes ont participé à de multiples rassemblements à Athènes et à Thessalonique, dans un contexte de colère contre les politiques d’austérité de Syriza (Coalition de la gauche radicale). Il est significatif que Syriza a des liens étroits avec les fédérations syndicales grecques qui ont appelé aux protestations contre lui. Des masses de personnes ont néanmoins manifesté leur mépris à l’égard de l’UE et de la trahison de Syriza, arrivé au pouvoir il y a trois ans en promettant de mettre fin à l’austérité et qui a continué à l’imposer.

Des protestations ont eu lieu dans d’autres pays d’Europe : 12.000 personnes ont manifesté à Vienne pour protester contre les coupes sociales du gouvernement autrichien et 340.000 personnes ont défilé en Allemagne, selon la Fédération syndicale allemande.

La colère populaire grandissante face aux menaces de l’OTAN contre la Russie s’est exprimée lors de manifestations dans 735 villes russes, organisées par des syndicats et des partis qui offrent un soutien politique au président Vladimir Poutine. Au moins 130.000 personnes ont manifesté lors du rassemblement principal à Moscou, 60.000 à Krasnodar, 50.000 à Saint-Pétersbourg et 20.000 à Vladivostok. De manifestations plus petites contre le blocage par Moscou de l’application de messagerie cryptée Telegram ou en faveur de l’homme politique d’opposition soutenu par les États-Unis, Alexei Navalny, ont réuni quelques milliers de personnes.

Partout au Canada et aux États-Unis, diverses manifestations, grèves, piquets de grève, occupations et manifestations ont eu lieu, notamment une grève des loyers à Hamilton, en Ontario et des grèves continues d’enseignants en Arizona. À New York, les étudiants de la New School ont occupé leur cafétéria pour exprimer leur solidarité avec les travailleurs qui luttent pour un nouveau contrat, tandis que les travailleurs portuaires participaient à une grève organisée par l’ILWU dans les ports de la côte ouest. À Porto Rico, il y eut des affrontements de la police avec des manifestants.

Au Moyen-Orient, des centaines de milliers de personnes ont défilé en Turquie, défiant la répression croissante du gouvernement du président Recep Tayyip Erdogan. Environ 100.000 personnes ont participé à la manifestation principale à Istanbul. Des manifestations plus modestes eurent lieu dans la capitale Ankara, sur la place Anadolu, et dans d’autres villes de Turquie, Erdogan ayant mobilisé une forte présence policière contre elles. À Istanbul, des dizaines de personnes ont été arrêtées alors qu’elles tentaient d’atteindre la place Taksim où, il y a 41 ans exactement, l’armée turque avait abattu des manifestants lors du massacre sanglant du 1er mai 1977.

Dans les pays d’Afrique, des marches et rassemblements parrainés par les États ont marqué le 1er mai. En Afrique du Sud, le président multimillionnaire Cyril Ramaphosa, qui dirigeait le syndicat des mineurs quand il a soutenu le massacre de dizaines de ses propres membres en 2012, a reçu un accueil chaleureux lors du rassemblement organisé par le Congrès des syndicats sud-africains.

En Asie, des manifestations ont eu lieu à Delhi, Calcutta, Amritsar et Bangalore, tandis qu’au Sri Lanka, le gouvernement Sirisena-Wickremesinghe a interdit toutes les manifestations et réunions, visant spécifiquement à empêcher le Parti de l’égalité socialiste du Sri Lanka de tenir ses meeting et rassemblement prévus pour le 1er Mai. Des membres du parti et des partisans ont réagi en manifestant devant la gare de Colombo Fort pour dénoncer les attaques antidémocratiques et anti-ouvrières du gouvernement. Au Pakistan, des travailleurs et des militants syndicaux ont organisé une manifestation à Karachi pour réclamer de meilleures conditions de travail.

En Corée du Sud, au milieu d’un gigantesque armement militaire de la péninsule coréenne, quelque 20.000 manifestants se sont rassemblés lors d’une manifestation de la Confédération coréenne des syndicats dans la capitale, Séoul, exigeant un salaire minimum plus élevé et des salaires décents pour tous les travailleurs. En Indonésie, quelque 10.000 travailleurs de divers syndicats ont participé à un rassemblement devant le palais présidentiel à Jakarta, exigeant des salaires plus élevés et la fin de l’externalisation.

Un rassemblement d’environ 2.000 travailleurs de l’habillement, concentré sur les griefs liés au travail s’est tenu à Phnom Penh, au Cambodge, mais il a été arrêté par la police antiémeute.

Aux Philippines, des travailleurs de plusieurs groupesont manifesté à l’extérieur du palais présidentiel du président Rodrigo Duterte, brûlant des effigies de Duterte pour protester contre son refus de remplir une promesse de campagne de mettre fin au travail temporaire. De plus, les travailleurs ont exigé des emplois, des salaires plus élevés et la fin de la répression gouvernementale.

À Paris, les journalistes du WSWS ont parlé aux jeunes et aux travailleurs assistant au rassemblement principal de la place de la Bastille. Ils se sont prononcés contre la guerre et en soutien aux luttes de la classe ouvrière, notamment la grève des cheminots français contre les plans de Macron de privatiser les chemins de fer.

Scott, un jeune étudiant, a déclaré qu'il défilait en opposition politique à Macron : « Je pense qu'il va instaurer une sorte de tyrannie, c'est pour ça qu'il faut lutter maintenant en démantelant son entreprise ». Scott a dénoncé les frappes militaires de Paris contre la Syrie aux côtés de Washington et de Londres : « Je pense que la France est un grand acteur là-dedans, et c'est la France qui est l'un de ces pays qui combat, qui bombardent ces pays-là et je ne trouve pas ça juste... Je trouve ça tellement ridicule. Dans un sens on pouvait s'y attendre mais ce n'est pas quelque chose que je trouve normal ».

Exprimant son soutien et sa solidarité envers les cheminots en grève, Scott a déclaré : « Je pense que leur lutte est louable, je les ai beaucoup côtoyés, j’ai assisté à beaucoup de leurs événements et je pense qu’il y a une vraie campagne de presse contre eux. Leur mouvement devrait grandir. Je pense que c’est une bonne chose ».

Scott a également exprimé les doutes de couches croissantes de travailleurs et de jeunes sur la mainmise des syndicats sur la lutte des classes. Alors que les syndicats des cheminots français ont continué à négocier directement avec le gouvernement, alors même qu’il insiste sur le fait qu’il ne modifiera pas sa réforme, Scott a déclaré qu’il ne pensait pas qu’une stratégie syndicale puisse arrêter les coupes sociales: « Non, honnêtement, je ne le pense pas. Cela n’a jamais été montré. Un syndicat n’a jamais obtenu qu’une loi soit entièrement retirée ces dernières années. Je pense que cela doit être fait par d’autres moyens ».

Le WSWS a également parlé à Glen, un étudiant gabonais à Paris, qui a attaqué fermement la politique néocoloniale des puissances impérialistes dans cette ancienne colonie française riche en pétrole. « Le Gabon est un petit pays avec beaucoup de richesses. Nous devrions vivre mieux. Un travailleur gabonais ne se rapproche même pas du salaire minimum français (le SMIC) ; il est payé moins de 100 euros par mois... Les renflouements du FMI donnent de l’argent au [président] Ali Bongo pour organiser des fêtes, mais cela n’aide pas les travailleurs ».

Glen a ajouté : « Aujourd’hui, Macron est le président des riches, mais pas le président du peuple français. Il a attaqué la Syrie, affirmant que le président Bachar al-Assad était en train de tuer son propre peuple. Mais Macron a laissé Ali Bongo tuer son propre peuple devant les troupes françaises (stationnées au Gabon). Puis, il est le premier à donner des conférences à tout le monde sur la démocratie. Nous n’abandonnerons donc rien, nous irons jusqu’au bout pour nous assurer que les droits du travail sont respectés au Gabon ».

Glen a également appelé à l’unité entre travailleurs et contre la victimisation des immigrés : « Tous les travailleurs et les retraités font face à la répression, nous ne devrions rien abandonner. Nous devons nous lever pour la justice et exiger nos salaires. Nous méritons cela en tant que Gabonais. Nous demandons à nos frères français de nous entendre, car nous sommes frères du peuple français. Nous ne venons pas en France pour nous amuser, nous venons étudier et retourner au Gabon et travailler. Plus de 1.000 Gabonais ont été contraints de demander l’asile en France... Mais nous devons tous être en mesure de retourner dans nos pays respectifs. Nous sommes la jeunesse, nous sommes demain. Nous devons nous lever pour jeter ceux qui gardent l’ordre politique ».

(Article paru d’abord en anglais le 2 mai 2018)