Cheminots et enseignants manifestent contre les réformes de Macron

Par Anthony Torres
5 mai 2018

A l’appel de quatre syndicats, une manifestation était organisée le 3 mai contre les réformes de Macron, alors que les cheminots rentrent dans leur 7ème cycle de grève de deux jours. Les syndicats prétendaient faire pression sur le premier ministre Edouard Philippe, qui a pourtant expliqué que la pré-condition de sa négociation avec les syndicats est leur acceptation des principaux éléments de sa réforme de la SNCF.

Les manifestations qui avaient lieu sur Paris et en province rassemblaient des étudiants, des retraités, des cheminots ainsi que les enseignants et les travailleurs d’Air France à l’appel de l’intersyndicale des cheminots (CGT, UNSA, Sud-Rail, CFDT et FO).

Les reporters du WSWS se sont rendus à la manifestation parisienne du 3 mai, où ils ont rencontré Joël, cheminot syndiqué chez FO. Joël a expliqué être venu pour faire reculer le projet de loi de Macron: «Pour moi en ce qui me concerne, à la SNCF, c’est le retrait du projet et nous à FO on veut une SNCF une et indivisible avec un retour au monopole public.»

Joël a souligné les répercussions sur les cheminots de l’ouverture par Macron du rail à la concurrence: «Les conséquences seront lourdes. On touchera ensuite le statut, nos retraites… il veut détruire la SNCF pour détruire plus tard le service public, il veut détruire tous les statuts de ceux qui sont soi-disant privilégiés, nous on ne veut pas payer les pots cassés. La privatisation est bien plus proche que ce que l’on pense, il y a déjà des différences entre mes collègues dans les vestiaires. Macron s’attaque aux retraités aux travailleurs, aux jeunes et étudiants il défend les riches. On donne plus au riches pour prendre aux pauvres. »

A propos des frappes en Syrie de la coalition Trump-May-Macron, Joël estime que Macron a «d’autres chats à fouetter que de bombarder la Syrie, mais il suit bêtement ce qu’ont fait les anciens présidents. Je ne sais pas, il doit se chercher des amis à l’étranger, à se faire bien voir car ici on ne l’aime pas. Je n’ai pas voté pour lui.»

Interrogé sur le lien entre les attaques contre les acquis sociaux des travailleurs et les dépenses prévues pour le développer des forces armées, le cheminot a affirmé que «Tout est une question de pognon. A mon petit niveau, on voit dans notre quotidien qu’on nous prend du pognon. Macron veut mettre des billes dans le militaire, on voit pourquoi il le fait, je ne suis pas pour.»

Interrogé sur la stratégie des syndicats, Joël a expliqué: «Je pense que la lutte n’est pas assez dure. Malheureusement même si le taux de grévistes est encore puissant, en tout cas à la SNCF, mais c’est difficile de partir en grève reconductible avec un taux de grévistes à 30 pour cent.»

Les reporters ont ensuite rencontré Nicolas enseignant dans le secondaire, mobilisé contre la réforme du bac et de l’université.

Il a expliqué que «les moyens mis en place dans les réformes sont mauvaises pour les élèves. Au second degré, on ne manque pas de moyens mais on n’a moins d’heures à consacrer aux élèves notamment dans les lycées des quartiers populaires. La réforme du bac qui abandonne l’universalité du diplôme va créer un bac à deux vitesses. Dans les bons lycées, les élèves vont être valorisés et les lycées moins côtés auront un bac au rabais. Dans les universités ce qui est mis en place dans la loi va contre le fait que l’éducation est un droit pour les élèves.»

Pour Nicolas, ces réformes entraineront l’incapacité pour une partie des élèves à accéder aux études supérieures, «notamment ceux viennent de lycées où ils sont déjà discriminés.»

Nicolas a établi un lien entre la lutte des cheminots et celles engagées dans d’autres sections de travailleurs: «On pense que c’est une attaque plus large contre la fonction publique que l’on voit comme dans les Ehpad, les hôpitaux, l’éducation nationale, dans les cheminots etc…». Attaché au service public, Nicolas estime que le but de Macron est de diminuer «au maximum la fonction publique, le rôle de l’état et laisser le marché s’occuper de l’éducation, de la santé: le public est forcément néfaste, la concurrence meilleurs--ce qui n’est pas vrai.»

Nicolas tout comme Joël ont exprimé leur solidarité avec la lutte des travailleurs dans les autres pays : «Il y a un combat commun contre les réformes mis en place il y a 20-30 ans en Allemagne et en Angleterre qu’il faut réussir à mener.»