Les tensions montent à l’approche de la décision de Trump sur l’accord nucléaire iranien

Par Bill Van Auken
9 mai 2018

Le président Donald Trump devrait annoncer aujourd’hui 8 mai sa décision de renouveler ou non la levée des sanctions américaines contre l’Iran. Il a tweeté à midi lundi : « J’annoncerai ma décision sur l’accord iranienne demain à la Maison Blanche à 14 h 00. »

L’annonce intervient quatre jours avant la date limite de l’émission de la dérogation, alors que la Maison-Blanche remet en question l’accord nucléaire entre Téhéran et six grandes puissances mondiales, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle guerre qui éclipserait celles déjà menées par l’impérialisme américain. au Moyen-Orient.

En prévision de la décision de Trump, les représentants des alliés de l’OTAN à Washington et d’autres signataires de l’accord nucléaire de 2015 – le plan d’action global commun, ou JCPOA – ont annoncé que les actions de Trump pourraient avoir des conséquences catastrophiques.

Le JCPOA, que Téhéran a signé avec les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni, la Grande-Bretagne et la France, impose de sévères restrictions au programme nucléaire iranien et un régime d’inspections strictes en échange de la levée des sanctions économiques paralysantes imposées par Washington et ses alliés.

Suivant la loi américaine, Trump est obligé de renouveler la renonciation aux sanctions américaines tous les 120 à 180 jours. En janvier, il a refusé de rejoindre cinq autres puissances majeures dans la réaffirmation de l’accord nucléaire, une action lourde de symboles destinée à menacer l’Iran.

Puis en janvier, il a publié une déclaration renouvelant la renonciation à certaines sanctions américaines, tout en promettant qu’il ne le ferait pas à moins que des mesures ne soient prises pour « réparer les terribles défauts » d’un accord qu’il a qualifié de « pire marché jamais conclu ». Les « solutions » qu’il a demandées comprennent des conditions que Téhéran ne peut accepter, notamment la fin de la clause de temporisation de l’accord, la restriction du programme de missiles balistiques non nucléaires de l’Iran et le recul de l’influence iranienne au Moyen-Orient.

Une indication des intentions de Trump est venue ce week-end dans un discours prononcé par son nouvel avocat et confident politique, l’ancien maire de New York, Rudolph Giuliani. Il s’exprimait devant une conférence intitulée « Convention pour la liberté de l’Iran pour la démocratie et les droits de l’homme ».

« À votre avis, que va devenir cet accord ? » a demandé Giuliani à l’auditoire en prenant un morceau de papier représentant l’accord nucléaire et le déchirant. Il a continué en disant au public : « Nous avons un président qui est dur. Nous avons un président qui est aussi engagé pour le changement de régime que nous. » Affronter l’Iran, a-t-il ajouté, est « plus important qu’un accord

israélo-palestinien. »

Giuliani est fort bien connu de ce public. La prétendue « Freedom Convention » est une façade pour l’organisation des Mujahideen-e-Khalq (MEK). Au début groupe opposé à la dictature du Shah Reza Pahlavi soutenue par les États-Unis, épousant un mélange éclectique de nationalisme, d’islam, de phraséologie marxiste et de « lutte armée », ils ont initialement soutenu le régime islamique établi après la révolution de 1979. Ils se sont ensuite tourné contre ce régime après avoir subi une répression sévère. Tout soutien populaire significatif pour le MEK en Iran s’est évaporé après que le groupe s’est battu aux côtés de l’armée irakienne pendant la guerre Iran-Irak des années 1980 et a ensuite mené une série d’attaques terroristes en Iran. Jusqu’en 2012, il figurait sur la liste des organisations terroristes du département d’État des États-Unis.

À la recherche du soutien des États-Unis, de l’Europe occidentale et d’Israël, le MEK s’est refondu en un mouvement pro-occidental engagé dans le libéralisme économique et le changement de régime, tout en créant un culte de la personnalité autour de sa dirigeante Maryam Radjavi. Giuliani fait partie d’un certain nombre de politiciens éminents, dont des démocrates comme le sénateur Robert Menendez et des républicains comme John McCain et John Bolton, le nouveau conseiller de Trump en matière de sécurité nationale, qui ont promu ce groupe, souvent en échange de dizaines de milliers de dollars en dons et honoraires de conférenciers.

À l’approche de la date limite pour le renouvellement de la dérogation américaine sur les sanctions, les signataires de l’accord nucléaire d’Europe occidentale ont publié des déclarations publiques visant à dissuader Trump de détruire l’accord, tout en indiquant qu’ils essaieront de le maintenir, avec ou sans les États-Unis.

Le ministre britannique des affaires étrangères, Boris Johnson, est arrivé dimanche à Washington pour lancer une campagne de relations publiques visant à convaincre Trump de poursuivre l’accord sur le nucléaire, en le présentant comme un instrument utile pour contenir l’Iran.

Apparaissant dans l’émission Fox and Friends, la source d’information préférée de Trump, Johnson a appelé Trump à ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain ».

Le ministre des affaires étrangères du Royaume-Uni a déclaré que « le plan B », c’est-à-dire une guerre avec l’Iran, « ne me semblait pas particulièrement développé à ce stade ».

« Sommes-nous en train de dire sérieusement que nous allons bombarder ces installations à Fordo et à Natanz ? », a-t-il ajouté.

« Est-ce vraiment une possibilité réaliste ou allons-nous travailler avec ce que nous avons et repousser l’Iran ensemble ? » Johnson a conclu, « cela ne me semble pas pour l’instant être une solution militaire viable. »

Ses mots ont été soigneusement choisis : les plans de guerre ne sont pas suffisamment développés « à ce stade », et il n’y a pas d’option militaire viable « pour l’instant ». L’implication évidente est que la guerre est inévitable à un horizon plus lointain.

Par ailleurs, le ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Maas, et le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian se sont rencontrés lundi à Berlin pour exprimer le soutien continu de leurs gouvernements à l’accord nucléaire.

« Nous craignons qu’un non-respect [de l’accord] entraîne une escalade », a déclaré Maas. Le Drian a ajouté que son gouvernement, ainsi que ceux de la France et du Royaume-Uni, étaient prêts à maintenir l’accord, quoi que Trump annonce aujourd’hui.

Les puissances européennes ont vu l’accord avec l’Iran comme une ouverture pour des investissements rentables et des exportations vers un marché de plus de 80 millions de personnes. Alors que des sociétés comme le géant pétrolier français Total et Airbus ont négocié des transactions de plusieurs milliards de dollars, peu d’entre elles ont abouti en raison des inquiétudes concernant les sanctions américaines potentielles imposées aux entreprises et aux banques européennes. Les menaces de Trump visent délibérément à instiller de telles craintes dans des conditions où les intérêts capitalistes américains ont été incapables de faire des incursions.

Plus important encore, les puissances européennes craignent de subir le choc d’une guerre avec l’Iran en termes de coûts énergétiques croissants, de déstabilisation politique et de flots de réfugiés.

Alors que l’imprudence de la politique américaine exacerbe les divisions entre les puissances européennes et les États-Unis, Israël, le premier allié de Washington au Moyen-Orient, encourage activement le sabotage de l’accord nucléaire iranien et le lancement d’une nouvelle guerre dans la région.

Les médias israéliens sont remplis de reportages, s’appuyant sur des sources gouvernementales, selon lesquels une attaque iranienne, en représailles aux frappes aériennes du mois dernier qui ont tué des dizaines de militaires iraniens en Syrie, serait imminente.

S’exprimant au début d’une réunion hebdomadaire du cabinet, dimanche, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a plaidé pour une politique d’affrontement militaire.

« Nous sommes déterminés à stopper l’agression iranienne à ses débuts, même si cela implique un conflit », a-t-il déclaré. « Mieux vaut maintenant que plus tard. Les nations qui n’étaient pas préparées à prendre des mesures opportunes contre l’agression meurtrière ont payé le prix fort par la suite. »

Les tentatives laborieuses pour assimiler l’Iran à l’Allemagne nazie tombent à plat. C’est Israël lui-même qui est coupable d’une « agression meurtrière », depuis les frappes aériennes illégales contre la Syrie jusqu’à son massacre de manifestants palestiniens non armés à Gaza.

Une nouvelle escalade des menaces belliqueuses d’Israël a été lancée lundi par le ministre israélien de l’énergie, Yuval Steinitz, qui a averti qu’Israël « éliminera » le président syrien Bachar al-Assad s’il continue à autoriser la force militaire iranienne à opérer en Syrie.

Avec des informations sur les forces de défense israéliennes qui déploient des chars et des troupes à la frontière nord d’Israël, Tel-Aviv a également lancé de nouvelles menaces en réaction aux élections législatives au Liban. Ces élections ont renforcé la position du Hezbollah, et considérablement affaibli celle du Premier ministre Saad Hariri sur qui se concentrent les tentatives de Washington pour installer un régime fantoche américain.

« L’État d’Israël ne fera pas la différence entre l’État souverain du Liban et le Hezbollah, et considérera le Liban comme responsable de toute action venant de l’intérieur de son territoire », écrit le ministre israélien de l’éducation, Naftali Bennett, sur Twitter.

(Article paru en anglais le 8 mai 2018)