Le Moyen-Orient au bord d’une guerre régionale après le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien

Par Jordan Shilton
11 mai 2018

La décision prise mardi par le président Donald Trump de se retirer de l'accord nucléaire iranien a poussé le Moyen-Orient au bord d'un conflit régional catastrophique qui pourrait rapidement impliquer les grandes puissances.

Quelques minutes après l'annonce de Trump, des avions de combat israéliens ont violé l'espace aérien syrien pour lancer une frappe de missile sur une base gouvernementale proche de Damas. Les frappes ont fait 15 morts, dont au moins sept militaires iraniens stationnés dans le pays pour soutenir le régime du président syrien Bachar al-Assad.

La situation s'est aggravée plus tard mercredi soir, quand des articles ont rapporté le bombardement israélien des positions de l'armée syrienne à partir des hauteurs du Golan. Des sirènes d’alarme ont retenti dans le nord et des explosions ont été entendues. Selon le Conseil régional du Golan, plusieurs villes de la région ont été la cible de tirs de roquettes.

L'armée israélienne a publié jeudi une déclaration accusant la force Al-Qods du Corps des gardiens de la révolution iranienne d'avoir tiré 20 roquettes sur des postes frontaliers de l'armée dans le Golan. Elle a affirmé que plusieurs projectiles avaient été interceptés et n'a signalé aucun blessé.

Selon l'agence de presse d’État syrienne Sana, des avions de guerre israéliens ont commencé à tirer des missiles sur des cibles proches de Damas jeudi matin, peu après l'attaque iranienne présumée. Au moment d'écrire ces lignes, l'ampleur de ces raids aériens et s'ils ont causé des pertes demeure incertain.

Tel-Aviv a justifié la frappe aérienne de mardi par l'affirmation infondée selon laquelle Téhéran se préparait à frapper Israël en représailles pour un raid sur la base aérienne T4 en avril qui a coûté la vie à neuf Iraniens. L'absurdité de telles allégations est évidente, étant donné que l'Iran n'aurait rien à gagner à être le premier à lancer une attaque au moment où Trump devait annoncer sa décision sur l'accord nucléaire iranien.

Tout indique que l'attaque israélienne a été étroitement coordonnée avec les États-Unis. Dimanche, les médias israéliens ont commencé à rapporter des allégations non vérifiées faisant part d'un complot iranien visant à frapper des cibles en Israël. Puis, mardi, CNN a rapporté que le Pentagone était préoccupé par les préparatifs présumés de frappes iraniennes.

À la lumière de cela, il est presque certain que le gouvernement de droite de Benjamin Netanyahu, informé en avance de la décision de Trump, a planifié la frappe agressive sur la base aérienne syrienne pour coïncider avec l'annonce américaine, dans le but de provoquer une réponse de l'Iran qui servirait de prétexte à une agression militaire plus large.

La frappe aérienne a été accompagnée d'une campagne pour attiser la fièvre guerrière en Israël. En plus d'une attaque iranienne immanente, l'armée a révélé qu'elle avait déployé des batteries supplémentaires pour le bouclier antimissile israélien nommé le Dôme de fer (Iron Dome) dans le nord, tandis que l'ambassade américaine à Tel-Aviv interdisait aux employés du gouvernement américain de se rendre sur les hauteurs du Golan sans autorisation préalable.

Parlant de Moscou, où il a voyagé pour obtenir l'assentiment de la Russie à la poursuite des attaques contre les Iraniens en Syrie par Israël, Netanyahou a comparé de manière absurde le régime de Téhéran aux nazis. Il a agressivement affirmé le droit d'Israël de se défendre contre «l'agression iranienne» et a prétendu que les forces iraniennes utilisaient la Syrie comme base pour déplacer des troupes et des armes en position d'attaque.

Soulignant que la frappe aérienne de mardi n'est qu'un avant-goût de ce qui est à venir, un responsable de la défense du gouvernement israélien a déclaré à Haaretz: «Les frappes sur les missiles iraniens en Syrie sont une goutte d'eau dans l'océan. Même l'armée comprend que cela n'empêchera pas les missiles et autres systèmes d'arriver dans la région et nous voyons cela arriver».

L'abandon par Trump de l'accord iranien n'est que la dernière d'une longue série d'actions téméraires de l'impérialisme américain qui encouragent le régime sioniste, instable, à provoquer une conflagration militaire à travers le Moyen-Orient.

Le bombardement israélien de cibles iraniennes à l'intérieur de la Syrie a été intensifié suite à la frappe aérienne américaine sur les forces pro-Assad, début février, qui a tué des dizaines de militaires russes dans la province de Deir Ezzor.

Au cours du dernier mois seulement, Israël a frappé à l'intérieur de la Syrie à au moins trois reprises, incluant la frappe de mardi, tuant des dizaines d'Iraniens.

Washington encourage Israël à aller à l'offensive alors qu'il se prépare à la guerre avec l'Iran. En Syrie, où les États-Unis ont cherché, en collaboration avec les «rebelles» islamistes, à renverser le régime pro-iranien d'Assad pendant plus de sept ans, tuant des centaines de milliers de Syriens, les forces américaines cherchent à déjouer les tentatives de l'Iran visant à ouvrir un pont terrestre de Téhéran à Damas. À cette fin, la force aérienne et les forces terrestres américaines ont été dirigées vers l’occupation de zones dans l'est de la Syrie près du territoire frontalier irakien qui abrite également une grande partie des réserves de pétrole du pays.

Dans sa volonté d’affermir son contrôle sur le Moyen-Orient riche en énergie, Washington est déterminé à affronter la Russie en Syrie, même au risque de provoquer un conflit nucléaire.

Trump a été clair lors de l'allocution prononcée mardi à la Maison-Blanche annonçant le retrait de Washington de l'accord nucléaire iranien que les plans de guerre contre l'Iran sont à un stade avancé. Il a annoncé que le plus haut niveau de sanctions économiques serait imposé contre le pays, indiquant que la prochaine étape d'une escalade du conflit impliquerait la force militaire.

Que Trump soit conscient de ce fait était clair à partir du ton de son discours. Le président d'un pays qui a mené une guerre quasiment ininterrompue au cours du dernier quart de siècle au Moyen-Orient et en Asie centrale a dénoncé Téhéran comme le principal «État commanditaire de la terreur» dans le monde. Dans une langue habituellement réservée aux nations ennemies pendant une guerre, Trump s'est prononcé contre l'influence «malveillante et sinistre» de Téhéran à travers le Moyen-Orient.

Mercredi, Trump a lancé une menace belliqueuse à l'Iran, avertissant qu'il ferait face à «des conséquences très graves» s'il relançait son programme nucléaire.

Dans ces conditions, le régime bourgeois clérical de Téhéran, confronté à une crise de plus en plus profonde, pourrait conclure que sa seule option est de riposter. Des représentants de la faction de la ligne dure, y compris le chef du puissant corps des gardiens de la révolution, ont déjà proclamé la mort de l'accord nucléaire et rejeté les revendications des puissances européennes selon lesquelles il pourrait être rétabli sans Washington.

Alors qu'un affrontement entre Israël et l'Iran constitue la menace de guerre la plus immédiate au Moyen-Orient, le torpillage par Trump de l'accord avec l'Iran vient de déstabiliser encore plus une région déjà explosive. Outre le soutien d’Israël, son annonce a reçu l'appui de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, deux pays hostiles à l'influence iranienne dans le golfe Persique. Riyad mène une guerre génocidaire au Yémen depuis 2015 contre les rebelles houthis qui, selon elle, sont soutenus par Téhéran.

Dans un discours prononcé en mai dernier, Trump a appelé l'Arabie saoudite à jouer un rôle de premier plan dans la formation d'une alliance anti-iranienne dans toute la région. Son administration, à la suite d'Obama, a fourni des armes et des renseignements pour permettre aux avions saoudiens de poursuivre leurs raids meurtriers au Yémen, qui ont fait des dizaines de milliers de morts parmi les civils.

Quelques jours avant l'annonce de Trump, il a été révélé que les forces spéciales américaines opèrent au Yémen depuis décembre 2017.

Alors que le pétrole atteignait 77 dollars américains à la suite de l'annonce de Trump sur l’accord iranien, les responsables saoudiens ont déclaré qu'ils consulteraient les Émirats arabes unis sur l'augmentation de la production de pétrole pour stabiliser les prix, une décision qui aurait un impact sévère sur l'Iran.

Saisissant une attaque de missiles lancés en Arabie saoudite par les rebelles houthis mercredi, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, a accusé l'Iran d’être responsable de l'attentat, qui a été qualifié de «déclaration de guerre». L'Iran doit «en être tenu pour responsable», a-t-il ajouté de manière menaçante. «Nous allons trouver la bonne manière et le bon moment pour répondre à cela ... Nous essayons d'éviter à tout prix une action militaire directe avec l'Iran, mais un tel comportement de l'Iran ne peut pas continuer.»

Al-Jubeir a également promis que si Téhéran relançait son programme nucléaire, Riyad tenterait d’acquérir des armes nucléaires.

(Article paru en anglais le 10 mai 2018)