Les étudiants français bloquent les facultés en lutte contre la loi ORE

Par Guillaume Garnier
17 mai 2018

Après la manifestation des cheminots et des fonctionnaires publiques contre la privatisation de chemins de fers le 22 mars, au 50ème anniversaire des premières manifestations d’étudiants qui allaient provoquer la grève générale de mai-juin 1968, des étudiants ont commencé un mouvement afin d’occuper et de bloquer des universités à travers la France.

Le mouvement étudiant se déroule largement en solidarité avec les travailleurs en grève et dans une opposition généralisée aux guerres au Moyen-Orient; sa cible est la loi ORE (Orientation et réussite des étudiants), connue comme la loi Vidal. Cette loi, nommée d‘après la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, transformerait le processus d’admission universitaire en France.

La loi Vidal—qui a déjà été promulguée le 8 mars—obligera les universités à prendre plus drastiquement en compte les notes du baccalauréat, la qualité du lycée où le postulant étudiait et les activités académiques et apprentissages d’un postulant. En fait, cette loi favorisera les parties privilégiées de la population qui ont accès à une éducation de meilleure qualité, à des voyages, des emplois, et des opportunités culturelles que la vaste majorité de la jeunesse ouvrière n‘a pas. Elle fera pression sur des élèves de 14 ans afin qu‘ils décident quelle carrière leur conviendra, afin de préparer leur CV pour leur dossier d’inscription à l’université.

Ces deux derniers mois, les occupations des universités se sont rapidement étendues à toute la France. Le 26 mars, la faculté de Tolbiac à Paris était bloquée, le 3 avril la faculté de Saint-Denis (Paris VIII), le 8 avril Paris III (Sorbonne Nouvelle) et Paris IV (Clignancourt), le 17 avril Nanterre suite à l’intervention des CRS la semaine dernière dans la faculté. Des blocus ont commencé dans d’autres villes de France: Limoges (début avril), Rennes (le 5 avril), Toulouse (mi-mars), Metz (le 11 avril), et Marseille (le 19 avril).

Dans les facultés occupées, les étudiants exigent le retrait de la loi Vidal et la démission des présidents d’universités, s’ils ou elles ont envoyé la police attaquer les blocus.

Beaucoup de ces occupations ont été démantelées par des raids des CRS. Le blocus de Tolbiac a été supprimé le 10 avril, celui de Metz le 25 avril, Toulouse le 9 mai, et le 10 mai le tribunal de Nantes a ordonné la „liberation” du bâtiment occupé qui s’appelle “Censive”. Mais les blocus continuent à Paris IV (Clignancourt), Paris VIII (Saint-Denis), Marseille, Limoges et Nantes. Rennes-II et Nanterre sont les seules facultés complètement bloquées.

Les étudiants, qui sont largement opposés à la guerre et à l’austérité, sont face à cette question critique: comment s’orienter vers la classe ouvrière et comment faire appliquer cette orientation.Les étudiants se rassemblent toujours dans des AG pour débattre de la façon de continuer le mouvement de protestation. Beaucoup d’étudiants ont appelé à une « convergence des luttes » des étudiants avec les travailleurs en grèves, cheminots, personnels d’Air France, de la santé et du reste du secteur public.

Une demi-siècle après 1968, la jeunesse doit se tourner vers la classe ouvrière pour une lutte révolutionnaire commune afin de faire chuter Macron et son gouvernement impopulaire. Les obstacles centraux à la réalisation de cet objectif sont le NPA et le PCF stalinien, les membres de leurs organisations de jeunes organisant et déterminant largement l’ordre du jour. Leurs composantes syndicales elles, subordonnent les grévistes aux accords avec Macron.

Les étudiants ont besoin d’une rupture avec ces organisations et la construction des IYSSE (Jeunes et étudiants internationalistes pour l'égalité sociale) en France.

Des reporters du WSWS ont interviewé des étudiants à la faculté de Saint-Denis. Interrogé à propos de la lutte contre la privatisation des chemins de fer, Mathieu, un étudiant de Saint-Denis, a dit: « Je soutiens la grève des cheminots. »

Il a ajouté, « Ils [les cheminots] ont raison de les [leurs acquis sociaux] défendre pour la bonne et simple raison que la suppression de ces acquis sociaux ne profitera pas aux autres français, les classes populaires ou même aisées, ça profitera uniquement aux actionnaires et aux ultra-riches qui pourront privatiser la SNCF, se faire de l’argent en exploitant le réseau ferroviaire qui a historiquement appartenu à l’état. »

Iris, une étudiante à Paris I, a dit: « Je les soutiens à mon niveau. Je trouve qu’il est important de les défendre parce que même si j’ai rien à voir— c’est pas moi qu’ils attaquent directement ou quelqu’un dans ma famille ou ma profession—mais en tout cas, c’est important parce que ça montre bien une chose. C’est qu’en tapant sur ces accords de métiers-là ou une partie de la fonction publique, on essaie de cibler encore une fois des classes ou des parties de la population qui tirent déjà la langue, qui sont déjà dans des situations très difficiles. On leur dit qu’ils ont énormément de privilèges mais c’est un grand n’importe quoi. »

Youen, un jeune qui est venu pour soutenir les luttes d’étudiants, a dit qu’il se trouvait à Paris VIII pour « assister à une assemblée générale des étudiants qui s’est tenue, qui a rassemblé trois cents, quatre cents personnes ».

Il a aussi dit qu’il est « solidaire [avec les cheminots]. Là on voit un secteur combatif, traditionnellement combatif, qui se fait attaquer par la direction de la SNCF et évidemment par l’État qui est actionnaire de la SNCF. L’objectif du gouvernement et de la direction, c’est préparer la privatisation de la SNCF, et il faut savoir que les cheminots s’en prennent plein la figure depuis des années ».

« C’est une bataille pour les conditions de travail et c’est une bataille dont la combativité peut inspirer d’autres secteurs également attaqués, qu’ils soient dans le privé ou dans le public. Et justement le gouvernement a très peur. il faut que les cheminots reçoivent le soutien de tous les étudiants en lutte. »

Questionné à propos de la répression par l’État, il a souligné l’exemple de la faculté de Nanterre, où « il y avait une centaine d’étudiants [le 9 avril], qui étaient réuni pour une assemblée des étudiants dans une salle. Le Président [de l’université] a décidé d’envoyer des flics. Alors, il y a eu sept arrestations, dont trois étudiants qui aujourd’hui ont des charges, des poursuites judiciaires. »

Youen a dit qu’il trouvait les frappes en Syrie par le gouvernement français « dégueulasse…C’est rajouter encore plus de chaos dans une région du monde qui est déjà dévastée par toutes les interventions militaires et toutes les ingérences des grandes puissances, que ce soit la Russie, les États-Unis, la France, la Grande Bretagne, la Turquie, l’Arabie saoudite, etc. Donc, voilà c’est à dire que là on est vraiment en train d’assister à des politiques impérialistes guerrières qui soutiennent les intérêts des grands vendeurs d’armes et les solutions géopolitiques des grandes puissances. »

Youen a ajouté que « ce contexte du mouvement étudiant, ce contexte de la situation du monde du travail doit permettre d’affirmer encore plus fort le fait que toute personne a le droit de se déplacer pour choisir le lieux où il vit. Le prolétariat n’a pas des frontières. Il faut aussi profiter de ce moment de colère sociale pour affirmer notre solidarité avec les migrants qui sont les victimes et qui ne sont évidemment pas les responsables du chômage ou de l’insécurité en France. »

(Article paru d’abord en anglais le 15 mai 2018)