Le NPA fait le silence sur le danger de guerre avec l’Iran et la Syrie

Par Kumaran Ira
17 mai 2018

Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) a une lourde responsabilité dans la suspension du traité nucléaire iranien par Washington et la confrontation entre l’OTAN et Israël et les forces iraniennes, russes et gouvernementales en Syrie. C’est Trump qui a suspendu le traité iranien et l’Etat d’Israël qui a fait des dizaines de morts en bombardant les forces iraniennes en Syrie. Mais cette crise ressort de guerres impérialistes en Libye et en Syrie que le NPA a soutenues aggressivement.

Sur fond de montée internationale de la lutte des classes, y compris les luttes des cheminots et des étudiants contre Macron en France, le NPA petit-bourgeois tente de se dédouaner en faisant des critiques superficielles de Trump pour cacher son rôle pro-guerre et réactionnaire.

Le 9 mai, le site du NPA a publié son seul article en français sur ce sujet, «Nucléaire iranien: Pokeur menteur diplomatique au risque du pire.» Comme Macron, il avertit que la suspension de l’accord pourrait avoir «de lourdes conséquences: une exacerbation des tensions aux Moyen Orient aux rebondissements internationaux imprévisibles, dont on ne peut exclure un affrontement militaire entre l’Iran et Israël.» Il attaque Trump et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, dont «la méthode de négociation est l’exacerbation des tensions, le bluff et la menace du pire.»

Mais le NPA se contredit immédiatement, en prédisant que Trump va bientôt abandonner ses menaces: «Les USA savent que l’Iran ne peut plier, et rien ne dit que Trump ne trouvera pas une porte de sortie après avoir affiché sa fermeté. Les USA n’ont pas intérêt à pousser le bras de fer diplomatique trop loin.»

Ces mensonges habillés en prédictions ronronnantes visent à endormir les masses. Washington et, selon les aveux du NPA même, le régime israélien font monter les tensions au risque d’un «affrontement militaire.» Même si au départ c’était une guerre purement entre l’Iran et Israël, qui détient l’arme nucléaire, elle risquerait de se généraliser en conflit régional: les alliés d’Israël et de l’Iran se toisent ou se combattent en Irak, en Syrie, au Liban et dans le Golfe persique.

Il faut lancer un avertissement: l’article complaisant du NPA minimise le danger de guerre, car c’est de la propagande d’un parti petit-bourgeois lié au renseignement français et otanien. On prépare des guerres et Macron veut dépenser 300 milliards sur les forces armées d’ici à 2024 et rétablir le service militaire parce qu’il projette d’envoyer des jeunes se faire massacrer au Sahel et au Levant. Il y a urgence à construire un mouvement international anti-guerre.

Mais cela ne peut se faire qu’en opposition au NPA qui a fait tout son possible pour promouvoir les guerres en Syrie et en Libye. Après les soulèvements révolutionnaires des travailleurs en Tunisie et en Egypte en 2011, Washington, Londres et Paris ont lancé une guerre contre le régime libyen du Colonel Mouammar Kadhafi. Le NPA a appelé à une guerre «humanitaire», prétendument pour empêcher Kadhafi de réprimer des manifestants à Benghazi.

Son porte-parole, Olivier Besancenot, a exigé à maintes reprises que Paris arme ses alliés parmi les milices d’opposition, en Libye puis en Syrie. En 2011, il a déclaré: « Notre solidarité pleine et entière va au peuple libyen auquel il faudrait donner les moyens de se défendre, les armes dont il a besoin pour chasser le dictateur, conquérir la liberté et la démocratie. » »

Gilbert Achcar, un sympathisant et propagandiste actif du NPA à Londres, a affirmé que les Européens auraient une obligation morale de bombarder la Libye et dénoncé les critiques de gauche de cette guerre: « Si Kadhafi était autorisé à poursuivre son offensive militaire et s'il prenait Benghazi, il y aurait un énorme massacre. Nous sommes dans un cas où une population est vraiment en danger et où il n'y a pas d'autre alternative pour la protéger. L'attaque des forces de Kadhafi est une question d'heures ou de jours. On ne peut, au nom de principes anti-impérialistes, s'opposer à une action qui va empêcher le massacre de civils. »

Quand l’OTAN a détruit le régime libyen et fait assassiner Kadhafi, le NPA a publié une déclaration qui saluait cette « bonne nouvelle » qui faisait partie selon lui d’un « processus révolutionnaire». Ensuite il a applaudi une escalade majeure: l’armement par l’OTAN de milices islamistes pour renverser le régime syrien.

Alors que Paris et la CIA appuyaient le Conseil national syrien (CNS) ainsi que des milices liées à Al Qaïda, Achcar a participé à une conférence du CNS en octobre 2011 en Suède. Selon lui, les organisateurs «m’avaient invité à intervenir sur le sujet des interventions militaires extérieures dans la situation actuelle en Syrie.» Poussant l’opposition syrienne à collaborer avec l’OTAN, il a dit que «l’opposition syrienne doit prendre une position claire sur une intervention militaire extérieure, car manifestement sa position là-dessus décidera si oui ou non cette intervention aurait lieu.»

Le NPA critique Trump aujourd’hui afin de cacher son rôle de parti pro-impérialiste aux Français et de faire face aux tensions inter-impérialistes explosives entre les Etats-Unis et l’Europe. L’abrogation de l’accord iranien et les menaces américaines de réimposer des sanctions menacent des relations commerciales importantes rétablies par Berlin et Paris avec l’Iran depuis la signature de l’accord en 2015. Trump menace aussi l’Union européenne de guerre commerciale. Les médias français débattent de la politique à suivre, et le NPA attend de voir de quel côté soufflera le vent.

Mais en coulisse, les réseaux qui relient le NPA à l’opposition syrienne et à la CIA continuent à fonctionner. C’est ressorti avec la publication par International Viewpoint, le site anglophone du NPA, d’une entrevue avec Joseph Daher. L’entrevue n’est toujours pas publiée en français.

Dans cette entrevue Daher, un universitaire qui écrit pour le NPA depuis Lausanne grâce à ses liens avec l’opposition syrienne pro-impérialiste à travers l’Europe, fait signe à tous les correspondants anglophones du NPA que, malgré ses critiques de Trump, le parti reste fidèle à sa ligne. Il insiste que la guerre de l’OTAN en Syrie est une révolution démocratique. Il dénonce hystériquement la Russie et l’Iran pour être intervenus pour bloquer la conquête de la Syrie par l’OTAN.

Il écrit, «Dès les premiers jours du processus révolutionnaire, le régime a réagi aux manifestations avec une grande violence, qui a augmenté après l’intervention massive de l’Iran, de la Russie et du Hezbollah. … Et donc, la Syrie, la Russie et l’Iran ne sont clairement pas des alliés des personnes de classe ouvrière. On peut voir leur rôle destructeur et meurtrier en Syrie.»

Daher a toutefois fait le silence sur le rôle meurtrier des milices islamistes, non seulement Daech mais aussi celles que l’OTAN soutient ouvertement, dont le Front Al Nosra-Jabhat Fateh al-Sham, lié à Al Qaïda. Il attaque ensuite «la Gauche» et «les mouvements anti-guerre», qu’il traite de soutiens du régime syrien puisqu’ils «refusent la solidarité avec le soulèvement syrien sous prétexte que ‘l’ennemi principal est dans notre pays.’»

«L’ennemi principal est dans notre pays», le célèbre article de 1915 par le marxiste allemand Karl Liebknecht contre l’impérialisme allemand pendant la Première Guerre mondiale, met hors d’eux les partisans, comme Daher, de leur propre impérialisme. «On cite souvent Liebknecht … mais on fait souvent abstraction du contexte», contre-attaque Daher, qui ajoute: «De sont point de vue, lutter contre l’ennemi dans son propre pays ne signifiait pas ignorer la répression par des régimes étrangers de leurs propres peuples ni manquer de solidarité envers les opprimés.»

Cette tentative d’utiliser Liebknecht comme caution «de gauche» pour une guerre impérialiste contre l’Iran ou la Syrie est répugnante. Un gouffre politique sépare le NPA de Liebknecht, qui luttait pour l’émancipation de la classe ouvrière. Mais pour comprendre le caractère de classe du NPA, on peut regarder le résultat de sa prétendue «révolution démocratique» en Libye, où des milices islamistes vendent des migrants africains en tant qu’esclaves dans des camps de détention financés par l’Union européenne.