Le massacre de Gaza et la politique de guerre impérialiste

Par André Damon
17 mai 2018

Le 14 mai 2018, le jour où les Forces de défense israéliennes (FDI) ont organisé le massacre systématique de plus de 60 hommes, femmes et enfants non armés, sera marqué par l’infamie. Pendant de longues heures les forces israéliennes ont tiré des milliers de balles réelles sur des manifestants palestiniens non armés, blessant plus de 3 000 personnes et tuant huit enfants, dont le plus jeune n'avait que huit mois.

Alors que les Palestiniens enterraient leurs morts mardi, Israël a continué son massacre, blessant des dizaines de personnes et en tuant une. Au cours des sept dernières semaines, les FDI ont tué ou blessé environ 6 000 personnes par balles réelles et des milliers d'autres avec des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes. Au cours de cette période, quelque 109 Palestiniens ont été tués par des tireurs d'élite israéliens, qui ont été filmés en train d'acclamer chaque tir à la tête.

Au sein de l'establishment politique israélien, le massacre n'a provoqué ni l'auto-réflexion ni des enquêtes horrifiées se demandant comment il se faisait qu'un État supposément fondé en réponse à l'Holocauste pouvait mener des actions dignes des nazis, mais plutôt le langage sans fard du génocide.

« Les FDI ont suffisamment de balles pour tout le monde », a déclaré Avi Dichter, président du Comité des Affaires étrangères et de la Défense à la Knesset, en réponse au massacre.

Le langage comme les actions de Tel-Aviv donnent la nette impression que de grandes parties de l'Etat et de l'armée israélienne n'hésiteraient pas à appliquer, dans le langage des années 1930, la « solution finale » à la question palestinienne.

Mais la réaction des puissances impérialistes qui ont toutes publié des déclarations de soutien au «droit de se défendre» d'Israël, a rendu ce crime international. En donnant une légitimité au massacre d'Israël, les puissances impérialistes s'en sont rendues complices.

Dans un discours qui rappelle les mensonge éhontés et flagrants qui caractérisaient les relations internationales dans la période nazie, l'ambassadeur américain aux Nations Unies Nikki Haley a déclaré: « Aucun pays dans cette chambre n'agiraient avec plus de retenue qu'Israël ne l’a fait. »

Elle a peint le massacre comme la faute des Palestiniens mêmes, travaillant de concert avec l'Iran. « Ces derniers jours, des terroristes du Hamas, soutenus par l'Iran, ont incité des attaques contre les forces de sécurité et les infrastructures israéliennes. »

Les déclarations de Haley, bien que particulièrement viles, étaient conformes aux déclarations d'autres gouvernements impérialistes. Sans exception, chaque déclaration officielle comportait une variante de la phase utilisée par le Premier ministre meurtrier israélien pour justifier le massacre de civils palestiniens non armés: « Israël a le droit de se défendre ».

Le ministère allemand des Affaires étrangères, tout en exprimant sa « préoccupation » au sujet de l'utilisation de balles réelles contre des manifestants pacifiques, a déclaré qu'il ne fallait pas que les dirigeants palestiniens « abusent du droit de manifestation pacifique », qui, selon les insinuations du ministère utilisaient les manifestations comme prétexte pour « déployer la violence ».

« Ceux qui exercent le pouvoir dans la bande de Gaza doivent renoncer à la violence et l'Autorité palestinienne doit à nouveau contrôler Gaza », a ajouté le ministère des Affaires étrangères.

La première ministre britannique Theresa May a fait écho à ces sentiments en déclarant: « Nous sommes préoccupés par le fait que des éléments extrémistes » à l'intérieur de Gaza « cherchent peut-être à détourner des manifestations pacifiques pour promouvoir leurs propres objectifs. »

Le président français Emanuel Macron, qui est allé plus loin en critiquant les actions d'Israël que d'autres dirigeants, a réaffirmé son « engagement envers la sécurité d'Israël ».

Aux États-Unis, tout l'establishment politique s'est rangé derrière le massacre israélien. Au même moment où Israël massacrait les manifestants, le chef de la minorité démocrate du Sénat Chuck Schumer a déclaré: « Dans une action attendue depuis longtemps, nous avons déplacé notre ambassade à Jérusalem ... J'ai parrainé une loi pour ce faire il y a deux décennies et je félicite le président Trump de l'avoir fait. »

Bernie Sanders, le chef de l'aile gauche supposée du Parti démocrate, a tenu une discussion ouverte lundi sur le Moyen-Orient avec un panel de personnalités pro-guerre du département d'Etat.

Lara Friedman, une ancienne diplomate américaine, a déclaré que les actions du Hamas « donnent à Israël une excuse parfois légitime, parfois pas, pour dire que ceci, que tout terrorisme, est un acte de guerre, et en vertu des lois de la guerre que nous avons le droit d'utiliser la force létale contre les personnes non armées, qui sont près de la clôture, et que si elles devaient endommager cette clôture et y faire une brèche, elles pourraient entrer en Israël et constituer une menace pour nous. »

Plutôt que de dénoncer une telle déclaration comme une justification monstrueuse d'un crime de guerre horrible, Sanders a loué l'expertise de Friedman sur Israël, dont il a dit qu'elle le connaissait «sous tous les angles».

L'argument selon lequel l'assassinat de civils palestiniens était en fait une forme légitime, quoique trop agressive, de légitime défense de la part des Israéliens, imprégnait reportages et commentaires de la presse américaine. Dans un article largement diffusé sur Google News, le Washington Post a déclaré: « les manifestations ont semblé avoir un caractère plus violent que les semaines précédentes. Certains jeunes hommes ont apporté des couteaux et des coupe-fil ... Les tireurs d'élite israéliens étaient déterminés à ne pas permettre une brèche. »

Le New York Times, dans un éditorial sur le massacre, a déclaré: « Israël a le droit de défendre ses frontières, y compris la frontière avec Gaza. » Il a ajouté: « Dirigés trop longtemps par des hommes corrompus ou violents, ou les deux, les Palestiniens ont régulièrement échoué à faire de leur mieux pour la paix. Même maintenant, les habitants de Gaza sapent leur propre cause en recourant à la violence, plutôt que de maintenir leurs protestations strictement pacifiques. »

Quelle hypocrisie éhontée! Voilà un journal qui a justifié guerre après guerre parce que des civils étaient ou pouvaient être en danger. Qu'en est-il du principe, utilisé pour justifier d'innombrables opérations de changement de régime, bombardements et guerres, de la «responsabilité de protéger» la vie civile?

Il y a sept ans, le New York Times justifiait l'opération de changement de régime soutenu par les États-Unis en Libye au motif que « à moins de trouver un moyen de l'arrêter, le colonel Mouammar el-Kadhafi abattra en Libye des centaines, voire des milliers de personnes de son propre peuple dans son effort désespéré de s'accrocher au pouvoir. »

Ce journal a mobilisé toute son indignation factice, déployant toute une phalange de chroniqueurs, dont David Brooks et Nicholas Kristoff, pour faire valoir que la menace de « centaines » de morts parmi des civils justifiait une campagne de bombardement qui a fini par détruire une société entière. Où est leur indignation face au massacre de Gaza?

Il n'y a pas de meilleure démonstration du principe énoncé par Friedrich Engels selon lequel «la morale a toujours été une morale de classe ». L'outrage moral du New York Times n'est déployé qu'au service des intérêts de l'impérialisme américain.

Il y a cinquante-huit ans, le 21 mars 1960, le massacre de Sharpeville en Afrique du Sud, au cours duquel les forces du régime d'apartheid ont abattu 69 manifestants non armés, a suscité l'indignation et la répulsion internationales. L'événement a marqué un tournant dans l'histoire de l'Afrique du Sud, mettant en branle une radicalisation colossale des masses à travers le continent africain. C'était le début de la fin du régime de l'apartheid.

Au cours de cette période, au milieu d'une recrudescence combative des masses, les pays opprimés d'Afrique, d'Asie et du Moyen-Orient luttaient pour la décolonisation. Maintenant, la recolonisation est à l'ordre du jour. Toutes les puissances impériales salivent à nouveau à l'idée d’un dépeçage du Moyen-Orient. Israël constitue la cheville ouvrière de l'offensive menée par les USA contre l'Iran, et, comme Haley l'a prôné, la défense des crimes de guerre d'Israël à Gaza est inséparable de la lutte contre la « présence déstabilisatrice » de l'Iran dans la région.

Il s’agit de plus que de questions tactiques. Les guerres menées pour le morcellement néocolonial du Moyen-Orient comprendront inéluctablement des massacres de masse et même des génocides. Toutes les puissances impérialistes se voient, dans un proche avenir, perpétrer des massacres similaires de populations rétives au Moyen-Orient et ailleurs.

Les marxistes ont toujours vu dans la politique étrangère l'expression concentrée des relations de classes à l'intérieur d'un pays. Le meurtre de masse de Palestiniens non armés aujourd'hui deviendra le meurtre de masse de travailleurs américains en grève demain.

Après tout, si les actions d'Israël sont justifiées, les forces américaines déployées à la frontière mexicaine ne seraient-elles pas justifiées si elles ouvraient le feu sur des réfugiés allant vers le territoire américain? La police des frontières européenne ne sera-t-elle pas justifiée quand elle coulera des bateaux de migrants fuyant vers l'Europe?

La réponse à ces deux questions serait évidemment oui. La défense universelle des actions d'Israël montre clairement que les puissances impérialistes ont adopté comme outil politique légitime le meurtre de masse de civils non armés.

(Article paru en anglais le 16 mai 2018)