Un menteur vieillissant colporte ses idées

Par David North
18 mai 2018

Dans la section «Commentaires», en dessous de la plus récente contribution d’Alex Steiner sur son blogue «permanent-revolution», ce dernier a dénoncé hystériquement, une fois de plus, le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), le «World Socialist Web Site» et le «Socialist Equality Party» (Parti de l’égalité socialiste – SEP). [1] Il n’y a aucune trace d’argument politique et théorique sérieux. Cela peut être de la musique aux oreilles de tout anti-trotskyste et anti-CIQI, mais cela ne fera que discréditer davantage Steiner parmi les très nombreux lecteurs du WSWS qui étudient et connaissent les positions politiques du Comité international.

Steiner commence sa diatribe par l’affirmation: «Le prétendu CIQI n’a rien à voir avec l’héritage de Trotsky, autre que l’appropriation du nom». Et il conclut: «En vérité, ils ont tourné le dos à ces traditions il y a des décennies pour devenir la secte stérile qu’ils sont aujourd’hui.»

«Il y a des décennies?» Steiner devrait être plus précis. Était-ce il y a trois décennies (en 1985), quand la Workers League (Ligue des travailleurs) a mené la lutte du CIQI contre Healy et son laquais, Savas Michael? Était-ce il y a quatre décennies (en 1974) que la Workers League a retiré Tim Wohlforth du poste de secrétaire national? Était-ce il y a cinq décennies, en 1963, lorsque le CIQI a rejeté l’orchestration par Joseph Hansen de la réunification sans principes avec les pablistes; où était-ce il y a six décennies, en 1953, quand James P. Cannon a publié la lettre ouverte contre Pablo et a annoncé la formation du Comité international?

Rien ne semble indiquer que Steiner a réfléchi aux implications de son affirmation que le CIQI a abandonné le trotskysme il y a des décennies. Il ne sait pas, et il ne s’en soucie pas vraiment, où son subjectivisme enragé le mènera. Comme tous les pragmatistes, Steiner falsifie l’histoire, y compris la sienne, pour répondre à ses besoins subjectifs et fractionnels immédiats.

Steiner a rejoint la Workers League en 1971. Il a été gagné au mouvement sur la base de la lutte du Comité international contre la révision opportuniste du trotskysme par le Secrétariat international pabliste. Affecté par le virage à droite parmi de larges sections de la classe moyenne à la suite du mouvement antiguerre, Steiner abandonna la Workers League (prédécesseur du Parti de l’égalité socialiste – SEP) en 1979. Mais il rétablit le contact avec la Workers League en 1985. Steiner se déclara entièrement d’accord avec la critique de la falsification du marxisme par Gerry Healy et sa capitulation devant l’opportunisme pabliste. Bien que Steiner ait décidé de ne pas rejoindre la Workers League, il a maintenu des contacts étroits avec la Workers League/SEP dans les années qui ont suivi.

Quand il a finalement présenté une nouvelle demande d’adhésion en 1999, le demande détaillée de réadmission de Steiner expliquait pourquoi il n’avait pas rejoint le mouvement en 1985:

«Au milieu des années 80, je me suis établi dans une nouvelle carrière professionnelle dans laquelle j’ai eu beaucoup de succès. J’étais entré dans les rangs de la classe moyenne aisée, et malgré toutes mes tentatives de me convaincre du contraire, je savais que je ne voulais pas faire de vagues.»

«Bien que politiquement solidaire du mouvement, ma vie quotidienne était loin des préoccupations du socialisme révolutionnaire. Je faisais partie d’une culture new-yorkaise de classe moyenne.»

Malgré cette reconnaissance franche de sa satisfaction à l’égard d’une vie de classe moyenne, Steiner a déclaré que le travail du SEP, et en particulier la création du «World Socialist Web Site», l’avait inspiré politiquement et intellectuellement. Et il a conclu son texte par une vibrante déclaration:

«Je suis maintenant venu à la réalisation que le rôle que je souhaite jouer est celui d’un participant dans la lutte pour le socialisme. Rien de moins ne m’offrira la satisfaction de mettre en pratique la théorie. C’est la véritable essence de la liberté.»

En dépit de ces louanges expressives, le SEP – se basant sur de nombreuses années d’expérience avec l’instabilité politique de Steiner – pensait qu’il était préférable de retenir le saut prématuré de Steiner dans le royaume de la liberté. Il a rejeté sa demande d’adhésion, mais a maintenu des relations politiques avec lui. Un autre point doit être soulevé à propos de l’application de Steiner en 1999: toutes les positions politiques qu’il dénonce maintenant faisaient déjà partie du programme du SEP.

Malgré le rejet de sa demande, Steiner a continué à écrire des articles pour le «World Socialist Web Site». En mars 2003, il a participé à une conférence organisée par le Parti de l’égalité socialiste pour s’opposer à l’invasion américaine en Irak. Ce n’est qu’au lendemain de la conférence que Steiner a commencé à manifester un désaccord politique avec le SEP.

Pour toutes les invocations fracassantes de la dialectique de Steiner, il est incapable de fournir un compte rendu cohérent de sa propre évolution politique. Il est désorienté par ses propres contradictions. Steiner ne peut expliquer pourquoi, ayant initialement rejoint la Workers League en 1971 pour s’opposer à la politique antimarxiste des pablistes et des disciples de Shachtman, il embrasse maintenant leurs positions. Il dénonce la «croyance quasi religieuse» des membres du CIQI «qu’ils sont les seuls» qui «parlent au nom de Trotsky». Cette conviction, déclare-t-il, est un autre exemple de l’abandon «sectaire» du Programme de transition. Steiner semble avoir oublié, avec tant d’autres choses, la déclaration de Trotsky dans la section finale du Programme de transition: «En dehors de ces cadres [de la Quatrième Internationale], il n’existe pas, sur cette planète, un seul courant révolutionnaire qui mérite réellement ce nom». Ainsi écrit le «sectaire» Léon Trotsky.

L’évolution politique de Steiner rappelle celle de Tim Wohlforth. Peu de temps après avoir été destitué en août 1974 du poste de secrétaire national de la Ligue des travailleurs, pour avoir gravement compromis la sécurité politique du parti et de ses membres, Wohlforth a déserté l’organisation. En l’espace de quelques mois, il rejoint le Socialist Workers Party pabliste (Parti socialiste ouvrier – SWP) et lança une campagne de calomnies subjectives contre le Comité international et la Workers League.

En 1976, Steiner a cosigné avec moi «La Quatrième Internationale et le renégat Wohlforth», qui réfutait les attaques folles de Tim Wohlforth contre le Comité international. L’un des chapitres de ce document s’intitulait «Un menteur vieillissant colporte ses idées». Pour Steiner, l’histoire à laquelle il a lui-même participé est de l’histoire ancienne. Steiner lance maintenant contre le CIQI et le SEP les mêmes calomnies auxquelles Wohlforth a eu recours il y a plus de 40 ans. Steiner lui-même est devenu un menteur vieillissant.

Steiner ne peut expliquer comment et pourquoi il a fini par répudier et dénoncer tout ce qu’il prétendait croire. Mais l’explication de sa dégénérescence politique se trouve dans l’aveu sincère de Steiner en 1999: «J’étais entré dans les rangs de la classe moyenne aisée, et malgré toutes mes tentatives de me convaincre du contraire, je savais que je ne voulais pas faire de vagues... Je faisais partie d’une culture new-yorkaise de classe moyenne.»

Tel était Steiner. Et ainsi est-il aujourd'hui.

(Article paru d’abord en anglais le 17 mai 2018)

[1] Voir la section des commentaires à «Karl Marx 200 ans plus tard»
(http://forum.permanent-revolution.org/2018/05/karl-marx-200-years-later.html)

Pour un examen détaillé des questions théoriques et philosophiques liées à l'évolution politique de Steiner et son attaque contre le CIQI, voir L'École de Francfort, le postmodernisme et le politique de la pseudo-gauche: une critique marxiste.