Neuf ans depuis que guerre civile sri-lankaise s’est terminée dans un massacre des Tamouls

Par K. Nesan et V. Gnana
19 mai 2018

Des milliers de personnes à travers le monde se réunissent aujourd’hui pour marquer l’anniversaire de l’un des massacres les plus infâmes du 21ᵉ siècle. Après 26 ans de guerre civile sanglante, l’armée sri-lankaise avait acculée plus de 40 000 Tamouls, dont les dirigeants des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), sur la côte nord-est de l’océan Indien à Mullivaikal. Sans donner aucun avertissement, elle a lancé un barrage d’artillerie furieux pour tuer toutes les personnes qui y étaient piégées.

Personne à Mullivaikal n’a échappé au carnage. Les militaires bombardaient aveuglément des maisons, des hôpitaux et des civils ainsi que des bunkers où des enfants, des femmes enceintes et des personnes âgées avaient tenté de se réfugier. Près d’une décennie plus tard, l’armée sri-lankaise continue de boucler la zone, interdisant aux familles des victimes de retourner pleurer leurs proches.

Dans une cérémonie macabre retransmise en direct à la télévision pour terroriser la population, le gouvernement sri-lankais a fait comparaître deux déserteurs des LTTE pour identifier les restes du dirigeant du LTTE, Velupillai Prabakharan. Après les avoir fait confirmer devant les caméras de télévision que le corps dans la boue était bien Prabakharan, l’armée a brûlé le cadavre.

Aujourd’hui, ce massacre est commémoré avec horreur par des millions de travailleurs au Sri Lanka – Cinghalais, Tamouls et musulmans – et dans le monde entier. Il a tragiquement confirmé les avertissements du Parti de l’égalité socialiste (Sri Lanka). Dans les anciens pays coloniaux, les classes dirigeantes capitalistes sont historiquement incapables de créer un régime démocratique ou d’unir la population au-delà des lignes nationales, ethniques et religieuses ; ces tâches incombent à la classe ouvrière, mobilisée internationalement dans une lutte révolutionnaire pour le socialisme.

Le régime sri-lankais de Colombo qui a perpétré le massacre de Mullivaïkal n’est pas le seul à en assumer la responsabilité politique : des gouvernements du monde entier sont impliqués. L’Inde, la Chine, le Pakistan et les puissances impérialistes ont tous apporté un soutien militaire et diplomatique à Colombo quand il lançait son dernier assaut sur les LTTE. Les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et le Canada ont ignoré les protestations massives des Tamouls qui les appelaient à intervenir auprès du gouvernement sri-lankais pour sauver les innocents pris au piège à Mullivaïkal.

Avec un cynisme inégalé, le président américain de l’époque, Barack Obama, a pris la parole le jour avant le massacre pour demander aux LTTE de déposer les armes, de protéger les civils à Mullivaikal et de « s’occuper d’eux en premier ».

En ce qui concerne le LTTE, sa défaite avait son origine avant tout dans sa perspective nationaliste et séparatiste de la construction d’une enclave capitaliste tamoule dans le nord-est du Sri Lanka. Le 21 mai 2009, le « World Socialist Web Site » a écrit : « Les combattants du LTTE et leurs dirigeants ont été massacrés de sang-froid par l’armée sri-lankaise. La sympathie pour le sort du peuple tamoul et pour le sort cruel des combattants du LTTE ne doit toutefois pas empêcher de tirer des leçons fondamentales ».

« Dès le début de la guerre civile, il y a 26 ans, la lutte armée des LTTE était associée à une stratégie visant à obtenir le soutien de l’une ou l’autre des grandes puissances pour la création d’un état dans le nord et l’est du pays ».

« En 1987, le soutien des LTTE à l’accord indo-sri lankais a amené l’armée indienne dans le nord du Sri Lanka où elle a massacré des milliers de civils tamouls. Le LTTE avait accepté de se subordonner à la bourgeoisie indienne dans le vain espoir que cela l’aiderait à créer un État indépendant ».

« Au cours des décennies suivantes, les LTTE ont appelé à un soutien impérialiste, affirmant clairement que son objectif de créer un mini-État sur l’île n’était pas l’amélioration des conditions sociales des masses tamoules, mais plutôt la création d’une économie capitaliste qui fournirait une main-d’œuvre bon marché pour le capital international ».

Le massacre des LTTE n’a cependant pas donné une nouvelle vie au régime corrompu de Colombo. Sa tentative de noyer les Tamouls dans le sang n’a pas résolu les problèmes de pauvreté et de conflits ethniques qui ont tourmenté le capitalisme sri-lankais depuis l’indépendance formelle vis-à-vis de la Grande-Bretagne.

Depuis 2009, il n’a ni mis fin à ses politiques communautaires anti-tamoules ni amélioré la vie dans le nord et l’est du Sri Lanka. Des milliers de personnes déplacées pendant la guerre vivent encore dans des abris provisoires et des milliers d’autres attendent toujours d’être indemnisées pour la destruction de leurs maisons. Des mères protestent encore devant les temples hindous pour demander le retour des enfants kidnappés par l’armée. Au lieu de libérer des prisonniers politiques après la guerre, Colombo a encore arrêté et torturé un grand nombre de Tamouls.

Aucune des contradictions fondamentales qui ont conduit à la guerre civile au Sri Lanka n’a été résolue. Alors que l’austérité dictée par le FMI attaque les salaires et les conditions sociales et provoque une colère croissante, Colombo a décrété l’état d’urgence, imposé des couvre-feux et a tacitement soutenu des émeutes antimusulmanes.

En même temps, les travailleurs et les paysans des régions à majorité tamoule du Sri Lanka se joignent à une vague croissante de manifestations et de grèves à travers le Sri Lanka et tout le sous-continent indien contre l’austérité et les privatisations. Ces revendications amèneront la classe ouvrière à une confrontation révolutionnaire avec le régime de Colombo.

En janvier 2015, une opération de changement de régime mise au point par les États-Unis a renversé le président Mahinda Rajapakse, en installant Maithripala Sirisena comme président, en prétendant qu’il apporterait la démocratie et la « bonne gouvernance » au Sri Lanka. En fait, Washington visait à installer à Colombo un régime aligné sur le « pivot vers l’Asie » des États-Unis contre la Chine.

Dès le départ, le gouvernement a été formé par une manœuvre politique frauduleuse, avec des criminels de guerre aux principaux postes. Sirisena, qui a supervisé le massacre de 2009 en tant que secrétaire à la défense par intérim, a pris dans son cabinet le général Sarah Fonseka, le commandant de l’armée sri-lankaise qui a directement planifié et exécuté le massacre. Rajapakse est aujourd’hui le principal politicien de l’opposition bourgeoise.

De plus, depuis 2009, les nationalistes tamouls sont devenus des outils ouverts de l’impérialisme américain. L’Alliance nationale tamoule (TNA), créée en 2001 en tant que bras politique du LTTE, a abandonné sa revendication d’un État séparé et a déclaré qu’elle fonctionnerait au sein de l’État unitaire sri-lankais, reposant à nouveau sur l’intervention de la « communauté internationale ». Elle a approuvé l’opération de changement de régime soutenue par les États-Unis et abandonné ses demandes de poursuites pour crimes de guerre au Sri Lanka et de libération de prisonniers politiques.

En avril, alors qu’il votait pour soutenir le gouvernement lors d’un vote de défiance au parlement, le chef de la TNA, R. Sampanthan, exposait ouvertement sa perspective de profiter de l’austérité et des tensions croissantes dans la région de l’océan Indien : « Nous sommes un petit pays, mais nous sommes militairement et économiquement situés de manière stratégique dans la région de l’océan Indien. Nous pouvons devenir le centre économique de la zone de l’océan Indien. Nous pouvons avoir accès à des marchés étendus et importants si notre économie peut s’améliorer, et notre économie ne peut s’améliorer que s’il y a une véritable paix dans ce pays ».

Un fossé de classe sépare les factions bourgeoises sri-lankaises de l’opposition à la guerre impérialiste et à l’austérité sociale qui monte parmi les travailleurs de toutes les ethnies, à travers le sous-continent indien. La question critique est le tournant vers la classe ouvrière internationale et la construction de sa direction révolutionnaire.

Le Parti de l’égalité socialiste et l’International Youth and Students for Social Equality (IYSSE – Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale) ont placé la lutte contre la guerre et le communautarisme au centre de leur travail. À l’occasion de l’anniversaire de cet horrible massacre, nous appelons les travailleurs et les jeunes du Sri Lanka et du sous-continent indien à apporter leur soutien.

(Article paru d’abord en anglais le 18 mai 2018)