Il y a 50 ans : les occupations d’usine se propagent en France

19 mai 2018
Une partie d’une des manifestations qui ont eue lieu en même temps que les occupations d’usines en mai-juin 1968

À partir du 14 mai 1968, les travailleurs français, inspirés par les manifestations étudiantes massives des semaines précédentes, ont commencé une vague d’occupations d’usines qui ont fait vaciller la France capitaliste sur ses bases.

L’une des premières occupations fut celle de l’usine Sud-Aviation de Nantes. L’usine est restée sous le contrôle des travailleurs un mois durant, avec des drapeaux rouges flottant sur le bâtiment de la direction. Le directeur régional, Duvochel, a été retenu captif pendant 16 jours. Le Directeur général de la compagnie à l’époque était Maurice Papon, un collaborateur des nazis, criminel de guerre, et chef de la police de Paris en 1961 responsable du massacre de manifestants qui protestaient contre la guerre d’Algérie.

Les travailleurs d’autres usines ont suivis dans une vague d’occupations dans tout le pays à compter du 15 mai jusqu’au 20. Partout des drapeaux rouges étaient hissés, et dans de nombreuses usines, la direction était retenue captive. Ces actions ont concerné des centaines d’usines et de bureaux, dont la plus grande usine du pays, l’usine Renault de Billancourt, et d’autres de Renault à Flins, au Havre et à Rouen. Les travailleurs ont fait fermer l’aéroport international d’Orly. Ils ont cessé le travail dans deux usines à Lyon et dans plusieurs journaux à Paris.

Le 17 mai, au moins 100 000 travailleurs étaient en grève en France, et le drapeau rouge – symbole du socialisme international – était hissé sur de nombreuses usines, dont l’usine de camions Berliet, les installations chimiques de Rhône-Poulenc à Lyon, et l’usine textile Rhodiaceta.

Le 18 mai, le festival du film de Cannes était annulé au bout de 9 jours après que le jury ait démissionné en solidarité avec la vague d’occupations. Les techniciens et les réalisateurs de films sont entrés en grève le lendemain, bloquant les tentatives de faire redémarrer le festival.

Des comités d’action sont apparus dans les usines occupées et les environs, attirant des habitants, des étudiants, et des lycéens aux côtés des ouvriers, des techniciens et du personnel administratif en grève. Ces comités ont commencé à organiser les grèves et à se développer en forums de débat politique intense. Ce fut tout aussi vrai dans les universités, qui étaient dans l’ensemble occupées par les étudiants.

Le 20 mai, tout le pays était à l’arrêt – frappé par une grève générale, alors que ni les syndicats ni aucune autre organisation n’avait lancé un appel à une telle grève. Les usines, les bureaux, les universités et les établissements scolaires sont occupés, la production et les transports paralysés. Dix millions de travailleurs sur les 15 millions que compte la France sont impliqués – Les deux tiers de toute la classe ouvrière du pays, ce fut la plus large et la plus efficace de toutes les grèves générales de l’histoire de France, ou de n’importe quel autre pays.

(Article original paru en anglais le 15 mai 2018)