Il y a 25 ans : L’Érythrée gagne son indépendance de l’Éthiopie après 30 ans de guerre civile

22 mai 2018
Carte de l’Érythrée au bord de la Mer rouge

Le 24 mai 1993, après un référendum sous le contrôle de l’ONU dans lequel la population a voté en grande majorité pour la séparation de l’Éthiopie et l’établissement d’un pays indépendant, l’Érythrée est officiellement devenue une république indépendante et souveraine. Quatre jours plus tard, le pays fut admis à l’ONU.

La séparation de l’Érythrée de l’Éthiopie fut l’aboutissement d’une guerre civile sanglante de 30 ans lancée par le Front de libération de l’Érythrée, un mouvement nationaliste avec une idéologie confuse mêlant des éléments de nationalisme et de stalinisme. La guerre fut déclenchée par l’annexion de l’Érythrée par l’Empereur éthiopien Haïlé Sélassié en 1962. Sélassié fut renversé en 1974 et remplacé par une dictature militaire dirigée par Mengistu Haïlé Mariam, mais celui-ci s’opposait également à la séparation de l’Érythrée, qui aurait privé l’Éthiopie de tout accès à la Mer rouge, en faisant un État enclavé.

Finalement, en 1991, le Front de libération populaire de l’Érythrée (FLPÉ), successeur du FLÉ, a battu les forces éthiopiennes et soutenu une coalition de groupes rebelles éthiopiens dirigée par le Front de libération du peuple du Tigray de Meles Zenawi, qui avait pris le pouvoir à Addis Abeba et accepté de mettre fin à la longue guerre en Érythrée. Mais il n’y a jamais eu de véritable traité de paix ni d’accord fixant la longue frontière entre les deux pays, ce qui a entraîné des affrontements militaires à plusieurs reprises dans les zones disputées.

Le FLPÉ avait pris le pouvoir grâce à sa branche armée, le Front populaire pour a démocratie et la justice, qui a rapidement établi un état policier en Érythrée, interdisant tous les autres partis et refusant d’organiser des élections. Le chef du FLPÉ, Isaias Afwerki, est devenu président et a dirigé brutalement le pays depuis ce temps, menant une série de guerres frontalières avec l’Éthiopie, ainsi que des escarmouches avec le Djibouti voisin (ancienne partie de la Somalie sous contrôle français jusqu’en 1977). Afwerki a rapidement abandonné sa rhétorique « socialiste » et a demandé l’aide des États-Unis et des anciennes puissances coloniales d’Europe, exprimant sa volonté de faire de son pays désespérément appauvri le Singapour de l’Afrique orientale.

Les puissances impérialistes et les régimes qui leur sont inféodés dans la région ont tenté de dominer l’Érythrée en grande partie en raison de sa position géographique stratégique sur la Mer rouge, près du détroit de Bab el-Mandeb par lequel passe la plus grande partie du pétrole du Golfe persique à destination des marchés européens. Les navires chargés de marchandises chinoises, japonaises et de toute l’Asie de l’Est à destination de l’Europe, passent également au large de l’Érythrée.

Ces dernières années, l’Érythrée a sombré dans une pauvreté et un isolement extrêmes, frappée par des sécheresses à répétition, des conflits frontaliers et la fin de l’essentiel de l’aide internationale. En 2008, le gouvernement Bush a rangé l’Érythrée parmi les « états soutenant le terrorisme » en raison de son soutient aux forces islamistes en Éthiopie. Le pays reste l’un des plus pauvres sur la planète. Sur une population de 6,3 millions d’habitants, près de 360 000 étaient devenus des réfugiés en 2014, et ils représentaient le second plus grand contingent de réfugiés entrant en Europe après les Syriens.

(article original paru le 21 mai 2018)