PSA veut licencier et mettre fin aux 35 heures dans son usine de Vesoul

Par Anthony Torres
22 mai 2018

Dans le cadre de la loi travail du PS et des ordonnances anti-démocratiques de Macron, le constructeur automobile PSA et les syndicats négocient l’augmentation du temps de travail et des centaines de licenciements dans l’usine de Vesoul. Les syndicats isolent les travailleurs de Vesoul, tentant ainsi d’imposer de larges attaques aux travailleurs en les organisant sur un lieu de travail après l’autre.

Dans un communiqué, la CGT indique: «La direction vient de proposer aux organisations syndicales, à travers un accord local, de remettre en cause les 35 heures en augmentant le temps de travail effectif de 7,8 pour cent pour cent, le passant de 7 heures à 7 heures 33 par jour, soit de 35 heures à 37 heures 45 par semaine.» Par contre, il n’y aura qu’une «augmentation de 2,8 pour cent des salaires».

Le groupe annonce que le projet prévoit en plus une réduction automatique des effectifs au rythme de 150 emplois en CDI par an jusqu’en 2020. Un porte parole du groupe a expliqué que l'objectif de PSA est d'«assurer l'avenir du site» de fabrication et stockage de pièces détachées de Vesoul, qui «doit continuer à se transformer pour poursuivre le développement de son activité» dans un «environnement particulièrement concurrentiel».

Selon le syndicat, «cette première attaque sur le site de Vesoul annonce une série d'attaques sur l'ensemble des usines du groupe. Cette remise en cause des 35 heures par un des plus grands groupes industriels est un message donné à l'ensemble des salariés de toutes les entreprises du pays». Il ajoute: «Fidèle à sa politique, PSA ne perd pas de temps pour appliquer les récentes nouvelles lois qui remettent en cause les droits collectifs des salariés comme la loi travail, qui permet à travers un accord local d'établissement de remettre en cause le temps de travail».

Mais la réaction de la CGT n’offre rien aux travailleurs. Ayant avoué que Macron et PSA veulent attaquer les travailleurs à travers la France, la CGT ne fait qu’organiser une grève à Vesoul par une petite minorité des travailleurs du site. Jeudi et vendredi, seulement 100 personnes, dont des délégués syndicaux et quelques travailleurs proches d’eux, ont fait grève, alors qu’il y a 3.000 travailleurs PSA à Vesoul.

Les commentaires de la CGT sont cyniques, en place, car les syndicats ont œuvré à mettre en place les dispositifs permettant une offensive des différents gouvernements contre les acquis sociaux des travailleurs en bloquant une lutte contre Hollande et Macron.

Les syndicats aident l’État à forger les armes juridiques dont il a besoin pour attaquer les acquis sociaux de la classe ouvrière. Ces organisations tentent d’isoler les travailleurs, de les démoraliser et de les empêcher de s’unir dans une lutte contre l’austérité avec leurs frères et sœurs de classe en France et à travers l’Europe. Les travailleurs n’auront d’autre recours que de créer leurs propres organisations de lutte, indépendantes des syndicats, pour mener une lutte politique contre Macron et l’UE.

L’expérience de la lutte contre la loi travail en 2016 est un avertissement sérieux que les syndicats ne feront rien sauf imposer des défaites aux travailleurs en lutte. Il y a deux ans, le PS faisait passer en force la loi travail en utilisant l’article 49-3 et utilisait les mesures policières de l’état d’urgence pour réprimer les manifestants. Malgré l’opposition de 70 pour cent des Français à la loi travail, la CGT a mis fin aux grèves après que le premier ministre PS Valls a menacé d’interdire les manifestations.

Après avoir soutenu la campagne pour Macron au second tour en 2017, la CGT a négocié les ordonnances de la loi travail sur lesquelles s’appuient Macron, PSA et les syndicats pour assurer la compétitivité du constructeur français, en poussant les salaires et les conditions des usines en France vers les niveaux en Europe de l’Est ou Asie. Les syndicats organisent la réduction draconienne des emplois et des salaires chez PSA, qui a utilisé la clause Rupture d’un contrat collectif (RCC) des décrets antidémocratiques de Macron.

La fin des 35 heures et les licenciements de masse font partie d’une offensive plus large du gouvernement Macron contre la classe ouvrière. Le gouvernement se prépare à une restructuration des relations de classes dans le but de transférer des centaines de milliards d’euros de la classe ouvrière vers la bourgeoisie pour financer la réduction d’impôts, financer l’armement et rendre les économies européennes plus compétitives avec l’aide des syndicats. Les ordonnances de Macron servent à lancer une offensive contre les travailleurs à travers la France.

Les manœuvres de la CGT à Vesoul rappellent celles de la CGT pour bloquer une lutte contre la fermeture du site PSA-Aulnay et les milliers de licenciements en 2013. Le secrétaire de la CGT d’Aulnay et membre dirigeant de Lutte ouvrière (LO), Jean-Pierre Mercier, s'était plaint que «seulement 800 des 3.500 travailleurs ont participé» lors d’une AG sur la décision des syndicats de ne pas développer une lutte plus large «parce que nous ne sommes pas assez forts.»

Comme les ouvriers à Vesoul aujourd’hui, les ouvriers d’Aulnay se sont vus isolés par les syndicats, qui leur ont laissé le choix soit de rejoindre une petite grève d’une infime minorité de délégués syndicaux, ou de se soumettre aux négociations entre les syndicats et la direction.

Aujourd’hui, les syndicats seront même plus hostiles envers une lutte contre l’austérité à PSA: ils craignent la radicalisation interrnationale de la classe ouvrière. A travers l’Europe la contestation monte depuis le début de 2018. En Allemagne les métallos se sont massivement mis en grève contre le gouvernement Merkel et en Turquie la lutte des métallos a aux travailleurs d’avoir 20 pour cent d’augmentation de salaire. A l’Elysée comme dans les syndicats, on verrait un tel résultat comme une atteinte intolérable à leur campagne pour promouvoir la compétitivité française.

Ceci souligne la nécéssité d’une rupture politique et organisationnelle avec les syndicats, afin de s’opposer aux attaques illégitimes de Macron contre la classe ouvrière.