Les fonctionnaires manifestent contre l’austérité et la casse des statuts

Par Kumaran Ira
23 mai 2018

Hier, les fonctionnaires ont fait grève et des milliers de personnes ont défilé contre la réforme voulue par le Président Emmanuel Macron, la destruction de l’emploi, et du gel des salaires.

Environ 5,4 millions de personnes travaillent dans la fonction publique en France. Alors que les cheminots se mobilisent contre la réforme à la SNCF, les mécontentements s’accumulent chez les fonctionnaires car la réforme de la fonction publique prévoit la suppression de leur statut, établi à la Libération en 1946. Ils ont manifesté aussi pour défendre le pouvoir d’achat et contre la suppression de 120.000 postes d'ici à 2022.

La casse du statut des fonctionnaires signifierait la fin de l’emploi à vie, l’élimination du jour de carence en cas d'arrêt maladie, et le recours accru au recrutement d’agents contractuels, qui représentent déjà 20 pour cent des effectifs.

Hier, plus de 130 manifestations ont eu lieu dans tout la France. Selon les syndicats, 50.000 personnes auraient manifesté à Paris (16.400 selon le cabinet Occurence). A Marseille, 45.000 enseignants, facteurs, et retraités ont manifesté (4 500 selon Occurence). Rejoints par des cheminots, les fonctionnaires étaient 4.300 à Nantes, 2.500 à Grenoble, 2.700 à Caen, 2.000 à Limoges, 2.200 à Périgueux, 2.800 à Rennes, 1.600 à Perpignan et Saint-Etienne, selon la police.

Dans plusieurs villes, étudiants et lycéens, mobilisés contre la réforme de l’accès aux études supérieures (Parcoursup), ont rejoint le cortège pour soutenir les fonctionnaires.

De nombreux secteurs dont les crèches et écoles, Pôle emploi, les aéroports, de l'énergie et de la santé ont été perturbés par la grève. L’accueil des tout-petits dans les crèches municipales était perturbé par des fermetures partielles voire totales. Selon le ministère de l’Education, 15,5 et 10 pour cent d'enseignants dans les écoles et les collèges-lycées respectivement étaient en grève.

Le trafic ferroviaire était touché par l'appel à la grève par le syndicat SUD-Rail alors que les cheminots entamaient le prochain épisode de deux jours de grève à la SNCF hier soir. Les avions étaient aussi cloués au sol suite à la grève de contrôleurs aériens sur des revendications d'effectifs, face à un trafic en hausse, de conditions de travail et de pouvoir d'achat. Les routiers ont aussi manifesté.

Le secteur de l'énergie s’est mobilisé également, car la réforme menace le statut des salariés des industries électriques et gazières. Dans le domaine de la santé, des personnels des hôpitaux et des services sociaux ont largement défilé pour réclamer de meilleures conditions de travail et des effectifs plus importants. Les salariés de Pôle Emploi et les personnels du service public Météo France ont aussi fait la grève contre les suppressions de postes.

La grève et la manifestation soulignent la profonde opposition qui se développe en France et à travers l'Europe aux politiques militaristes et austéritaires de Macron et de l'Union européenne. Le mouvement social a lieu 50 ans après la grève générale de mai-juin 1968 qui a paralysé la France avec 10 millions de travailleurs en grève.

La grève hier a démontré qu’un niveau similaire d’opposition ouvrière existe en 2018. Mais malgré la grande colère des travailleurs contre Macron, les travailleurs dans le public et le privé ne peuvent pas mener une lutte sérieuse dans le cadre de manifestations appelées par les appareils syndicaux et leur alliés politiques, comme la France Insoumise de Jean Luc Mélenchon et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Ces organisations qui sont hostiles à une lutte des travailleurs pour renverser Macron font tout pour étouffer la lutte et permettre à Macron d’imposer l'austérité.

Alors que les cheminots luttent contre la réforme à la SNCF, les syndicats isolent leur lutte des autres secteur. La CFDT a déjà accepté des salaires en dessous du SMIC dans l’industrie chimique.

Le front coalisé autour de Mélenchon et du NPA qui soutiennent les syndicats tentent de faire croire qu’ils construisent un "point d'appui" pour une grève générale. C'est un mensonge politique. Comme en 1968, le seul moyen d’aller de l’avant est de déborder les syndicats qui négocient l'austérité avec Macron dans le cadre réactionnaire de la loi travail du PS. Les syndicats et leurs alliés politiques tentent d'endiguer la montée de ce puissant sentiment d'opposition et de le canaliser derrière une perspective stérile d'un accord qui soumettrait les travailleurs à Macron.

Des reporters du WSWS ont interviewé les manifestants dans le cortège parisien, qui ont dénoncé l'austérité et la politique de l’OTAN.

Un étudiant a critiqué Parcoursup en disant: «je suis là parce que simplement ce qu'ils sont en train de faire à l'université ce qu'ils veulent faire, que ce soit en termes de financement qu’ils sont en train de réduire qui m’impacte directement, moi ou mes collègues etc. Moi je trouve ça dégueulasse de retirer le droit aux étudiants de venir à l'université parce que j'ai plein de connaissances mais déjà en doctorat etc. qui ont pu accéder à l'université parce que c'est accessible à tous. »

Il a ajouté “le capitalisme qui veut donner plus d'argent aux riches et donc que le reste coûte moins cher. En plus, c'est plus pratique d'avoir une population qui n'est pas éduquée puisque celle-là va moins de se rebeller et de se rendre compte de ce qu'on est en train de lui faire.”

Il a aussi dénoncé les guerres impérialistes au Moyen-Orient et le massacre des Palestiniens par les soldats israéliens à Gaza. “Les Etats-Unis sont en train de déplacer leur ambassade là aussi en Israël, c'est parce que c'est un beau cadeau (de Trump) à lui-même… Et il n'y a aucune condamnation de ça parce que c'est dans l'intérêt de tout le monde en fait et aussi de Macron.”

Un lycéen de 18 ans a dit qu’il est “contre la sélection à l'entrée des universités. … Voilà, c'est d'abord pour lutter contre ça et pour lutter contre ce qu'il fait au niveau des hôpitaux et de tous nos acquis sociaux et notamment des services publics.”

Un cheminot en grève depuis le 3 avril, a dit au WSWS : “c'est important pour nous de participer à cette manifestation. Puisque le service du rail et enfin le train fait partie du service public et on ne pouvait pas louper cette manifestation-là.

Il a ajouté que si la SNCF et le rail tombent totalement sous la coupe du marché, « Rien ne garantit les conditions de travail que j'ai actuellement. Je suis agent de réserve je n'ai pas d'emploi du temps défini. On peut modifier mes horaires 24 heures à l'avance, je travaille en 2-8 et je touche 1700 euros grand max. Mais demain rien ne me garantit cela et ça fait 12 ans que je suis dans la boîte.”

S’il y a privatisation de la SNCF, a-t-il ajouté, “Demain ce sera encore pire. Et on a déjà vu ailleurs que la privatisation en fait c'est l'augmentation des accidents liés à la perte des formations à la SNCF.”