«Marée humaine»: 250.000 manifestants se mobilisent contre Macron

Par nos reporters
28 mai 2018

Samedi, 250.000 personnes ont rejoint les manifestations «Marée humaine» organisées par un collectif de partis et de syndicats dirigé par La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon.

Cette mobilisation témoigne d’une large mobilisation en France et à travers l’Europe qui se développe contre les politiques militaristes et austéritaires de Macron et de l’Union européenne. Alors que des milliers de travailleurs et de jeunes se mobilisaient en France, des manifestations de masse éclataient à Berlin contre un défilé néo-fasciste de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), et la population irlandaise votait pour légaliser l’avortement dans un référendum.

En France, l’opposition ouvrière monte à la politique de casse sociale menée par Macron. La manifestation samedi se déroulait juste après l’annonce des résultats du référendum d’entreprise à la SNCF contre les réformes de Macron, sur fond de grèves non seulement à la SNCF mais aussi à Air France et dans la fonction publique.

Des manifestations «Marée humaine» se sont déroulées dans presque 200 villes, selon les chiffres fournis par LFI, avec 80,000 manifestants à Paris. Des reporters du WSWS ont interviewé des manifestants dans le cortège parisien qui ont exprimé leur opposition à la politique militariste, antidémocratique et de casse sociale menée par Macron.

Mélodia a déclaré qu’elle était «touchée par la notion de convergence» des différentes luttes contre Macron, et qu’elle était venue notamment pour s’opposer aux attaques contre les immigrés et le droit d’asile: «La loi asile-immigration défendue par Gérard Collomb est sordide, elle a été décriée comme étant contre les droits de l’homme, puisqu’elle propose entre autres d’allonger de 3 à 90 jours le temps passé pour les demandeurs d’asile en centre de rétention, y compris les femmes et les enfants.»

Elle a relevé notamment le rôle des guerres menées par les grandes puissances, dont la France, dans la crise des réfugiés: «De manière générale, je trouve que la France n’a pas une posture raisonnable et responsable, parce que l’interventionnisme notamment au Moyen Orient a causé un énorme chaos dont souffrent les populations, et avec des arguments cachés. On sait aujourd’hui que voilà les arguments principaux et cachés étaient pour le Libye comme pour la Syrie l’accès aux ressources pétrolières.»

Elle a souligné son opposition aux attaques sociales contre les cheminots et les hôpitaux, ainsi que la montée de l’État policier: «Je me positionne contre l’état d’urgence généralisé qui crée une espèce de psychose et une politique de répression qui favorise une escalade de la violence. On a vu à Notre-Dame des Landes des images de guerre civile en France, avec des chars des forces de l’ordre … Ceci nous mènera à avoir encore en bonne position le Front national.»

Mélodia a souligné que, malgré le rôle réactionnaires de l’élite dirigeante, «Je reste fondamentalement optimiste sur la capacité des humains à prendre conscience des enjeux sociaux, humains, écologiques et à réagir de manière construite et consciente.»

Le WSWS a aussi parlé à un couple directement touché par les 4.000 suppressions d’emploi prévues à Pôle emploi, où les conditions de travail deviennent «très très lourdes … avec en moyenne 303 demandeurs d’emploi par conseiller.» Ils ont ajouté, «Les offres qu’on enregistre à Pôle emploi donnent l’impression que le SMIC est devenu une moyenne, quand c’est quand même le salaire de quelqu’un qui n’est pas qualifié et n’a pas d’expérience. Maintenant on propose de 0,8 à 1,2 SMIC, ce sont souvent des emplois très précaires.»

Ils ont expirmé leur colère face aux différences de traitement médical entre les classes: «Les hôpitaux, ça me paraît gravissime. … En plus, avoir à se faire soigner quand on est en précarité, ça produit des différences de traitement, c’est toujours pareil. Il y a des personnes qui ont un niveau de vie qui ne permet plus vraiment d’accéder à des soigns dentaires. Je trouve ça tellement terrible, le monde aurait dû enterrer cela avec les progrès de la science et de la technologie.»

Les commentaires de nombreux manifestants reflétaient également le gouffre social qui sépare les masses de travailleurs qui entrent en lutte des appareils syndicaux et politiques qui organisaient la manifestation. Les syndicats, l’ex-candidat du PS aux présidentielles Benoît Hamon, le Nouveau parti anticapitaliste et les autres alliés de Mélenchon prônent tous des négociations syndicales avec Macron et refusent une lutte politique pour le faire chuter.

Les manifestants quant à eux ont témoigné de leurs désillusions vis-à-vis des syndicats, qui n’unifient pas les diverses grèves en cours en une lutte unie contre Macron. Ils ont souligné leur manque de confiance dans la capacité ou la volonté des syndicats de lutter contre Macron ou même d’infléchir la politique gouvernementale.

Mathieu a souligné la nécessité de l’unité des luttes contre Macron: «Je pense qu’en fait tout se joue dans le fait qu’on sera en commun. Si on n’est pas en commun, si on a des luttes séparées, on n’arrivera pas à créer quelque chose de fort.»

Sur la réforme que Macron veut imposer à la SNCF, Mathieu a ajouté que Macron «pense peut-être que tous ces mouvements ne feront rien, qu’il pourra passer cette loi. Mais ce qu’il sous-estime, c’est toute la rancoeur qu’il va créer chez les personnes qui manifestent … Ce qu’il faut aujourd’hui ne va pas dans le bons sens vis-à-vis de sa politique future par rapport au peuple français.»

Mathieu a également salué la montée de grèves d’enseignants aux Etats-Unis: «Je pense que la grève est une des meilleurs façons de montrer son mécontentement. Et c’est aussi une façon d’aller en lutte contre le patronat, et c’est par cette lutte que peuvent apparaître de nouveaux acquis sociaux. J’encourage fortements les enseignants là à manifester pour leurs droits même s’ils sont dans un pays où la grève n’est pas forcément facile. Je pense que c’est un bon moyen d’améliorer les situations et finalement d’avoir gain de cause sur des revendications.»

Marie-Noëlle, qui travaille dans les services sociaux, a témoigné de sa colère avec la classe politique française et de sa désilusion avec les appareils syndicaux: «Il y a plein de citoyens qui sont prêts à donner leur expérience et à donner de leur temps et on ne les écoute pas. C’est la politique et les financiers. La transformation de l’impôt sur la fortune, c’est donner encore plus d’argent aux riches. … C’est dommage que la rue ne soit pas écoutée, parce que c’est la seule solution aujourd’hui qu’on a pour se faire entendre.»

Elle a souligné son manque de confiance dans les négociations entre les syndicats et Macron sur la politique sociale: «Les syndicats sont bien inutiles. J’en ai aucune connaissance, malheureusement je n’ai jamais été syndiquée donc je ne sais pas du tout comment ça fonctionne, mais je sais ce que j’en sais. Les syndicats n’ont plus le pouvoir qu’ils avaient.»

Aurélie et Maxime ont discuté avec des reporters de WSWS de la perspective de former des comités d’action pour que les travailleurs puissent prendre leurs luttes en main pour les unifier en les menant indépendamment des appareils syndicaux. Ils ont souligné leur soutien pour une convergence des luttes. Actuellement, disaient-ils, «il y a une désunion assez flagrante. Que ce soient les syndicats ou les partis politiques de gauche, déjà beaucoup des partis de gauche nous ont abandonnés.»

Ils ont ajouté, «C’est assez impressionnant, les grèves qu’on va avoir en France. Et pourtant, le succès de ces rassemblements est, disons, assez mitigé.»