Retour de bâton pour les États-Unis sur les tarifs douaniers

Par Nick Beams
4 juin 2018

La réunion des ministres des Finances du G7 à Whistler, Canada, le week-end passé, a débuté par une série de critiques adressées au secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, sur la décision de l’Administration Trump d’imposer des tarifs sur les exportations d’acier et d’aluminium du Mexique, du Canada et de l’Union européenne.

Le ministre allemand des Finances Olaf Scholz a dénoncé les actions américaines dès son arrivée. « La décision du gouvernement américain d’appliquer unilatéralement les tarifs est erronée et de mon point de vue, également illégale », a-t-il déclaré aux journalistes. « Nous avons des règles claires, qui sont définies sur le plan international, et c’est une violation de ces règles ».

L’administration Trump a imposé ces tarifs en vertu de l’article 232 de la loi de 1962 sur l’expansion du commerce pour des raisons de « sécurité nationale », affirmation que Scholz a attaquée, la qualifiant de « fallacieuse ».

« Nous serons toujours prêts à parler d’un accord commun sur la politique commerciale, mais cela n’est possible que si les tarifs unilatéralement appliqués sont levés », a-t-il déclaré.

Le ministre canadien des Finances, Bill Morneau, qui présidait la réunion, a déclaré que la question des conflits commerciaux était passée au tout premier plan. « Je suis tout à fait sérieux, nous devrons en parler avant toute autre chose », a-t-il déclaré. « Nous pensons qu’il est absurde que le Canada soit considéré en quoi que ce soit comme un risque pour la sécurité, que ce soit dit en toute clarté ».

La « sécurité nationale » a été invoquée par l’Administration Trump non pas parce qu’elle considère le Canada ou l’UE comme une menace, mais parce qu’elle cherche à exploiter une faille dans les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui autorise de telles impositions tarifaires. Mais la règle de l’OMC est censée couvrir uniquement les situations où les pays sont effectivement en guerre.

Par conséquent, on craint que la décision de Trump puisse inciter d’autres pays à invoquer des motifs de « sécurité nationale » pour imposer des tarifs, ce qui conduirait à la désintégration de l’ordre commercial dans le monde.

Anthony Gardner, ambassadeur des États-Unis auprès de l’UE de 2014 à 2107, a déclaré que les actions de Trump étaient « très idiotes», une « attaque sérieuse » contre les règles commerciales mondiales. « Les armes doivent être dirigées sur les ennemis, pas sur les alliés », a-t-il déclaré. Il a ajouté que peu de choses pouvaient à présent empêcher la Chine ou tout autre pays de bloquer les importations sur n’importe quoi, sans rapport avec de vraies inquiétudes sur la sécurité nationale.

L’Union européenne va de l’avant avec des contre-mesures envers les États-Unis et devrait annoncer sa liste finale de produits à cibler et le niveau des tarifs plus tard ce mois-ci. Dans le même temps, elle a déposé une plainte à l’OMC contre les mesures américaines.

La commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, a rejeté l’affirmation que les tarifs étaient nécessaires pour la sécurité nationale, les dénonçant comme du « protectionnisme pur ».

« Nous ne sommes pas dans une guerre commerciale, mais nous sommes dans une situation très difficile causée par les États-Unis », a-t-elle déclaré. « Je n’utiliserais pas le terme ‘guerre commerciale’ parce qu’il a un effet psychologique. Les États-Unis jouent là un jeu dangereux ».

Dans le même temps, Malmström a annoncé que l’UE portait plainte contre la Chine devant l’OMC pour vouloir « forcer » les entreprises européennes cherchant à faire des affaires en Chine à divulguer des secrets technologiques — la même question soulevée par les États-Unis.

Malmström a déclaré que les plaintes de l’UE contre les États-Unis et la Chine indiquaient qu’elle ne choisissait aucun camp. « Nous défendons le système multilatéral, le commerce mondial fondé sur des règles », a-t-elle dit, ajoutant : « Si les acteurs mondiaux ne s’en tiennent pas aux règles, le système pourrait s’effondrer ».

Elle a maintenu la position de l’UE qu’il n’y aurait pas de négociations avec les États-Unis tant que les tarifs resteraient en place et que l’UE avait « fermé la porte » aux pourparlers. « Nous avons offert le dialogue et des négociations futures à la condition qu’ils éliminent cette menace », a-t-elle déclaré. « Ils ne l’ont pas fait et voilà où nous en sommes. Quand ils disent l’Amérique d’abord ! Nous disons : l’Europe unie ! »

L’accent mis par Malmström sur l’unité européenne et sur l’absence de négociations tant que les tarifs restent en vigueur reprennent la ligne dure avancée par la France. Le président français Emmanuel Macron a dénoncé la mesure tarifaire comme « illégale ».

Il a déclaré devant les journalistes que la décision des États-Unis était une erreur parce qu’elle « créait un nationalisme économique... et le nationalisme c’est la guerre. C’est exactement ce qui s’est passé dans les années 30 ».

Mais les groupes commerciaux allemands, craignant que d’autres mesures tarifaires des États-Unis visant l’industrie automobile soient en préparation, appellent à la retenue de la part de l’UE. Volkswagen a déclaré qu’il serait favorable à une reprise des pourparlers sur un accord bilatéral avec les États-Unis, sans aucune mention de la suppression préalable des tarifs.

Christian Vietmeyer, dirigeant de l’association des industries de transformation de l’acier et du métal, a appelé à la retenue. « Des réactions de l’UE conduisant à une escalade de la situation et à l’augmentation des barrières commerciales causeraient plus de dégâts. L’UE doit rester calme ».

La réaction prédominante des milieux politiques, commerciaux et médiatiques américains aux tarifs n’est pas l’opposition aux mesures de guerre commerciale en soi, mais plutôt à ce que l’Administration Trump éloigne ses alliés alors qu’elle devrait essayer de gagner leur soutien pour une action contre la Chine.

Le président républicain de la Commission des voies et moyens de la Chambre des représentants, Kevin Brady, a déclaré que les tarifs douaniers « n’atteignaient pas la bonne cible » et que le lorsqu’il s’agissait de commerce inéquitable de l’aluminium et de l’acier, le Mexique, le Canada et l’Europe n’étaient pas le problème, « la Chine, oui».

La critique des tarifs de Trump a été beaucoup plus forte et incisive chez républicains du Congrès que chez les démocrates. La plupart des dirigeants démocrates ont évité les commentaires, tandis que les faucons de la guerre commerciale les plus virulents, comme le sénateur démocrate de l’Ohio Sherrod Brown, ont soutenu Trump.

Un éditorial du Wall Street Journal affirme que, plutôt que « faiseur d’affaires génial », les actions de Trump révélaient qu’il « n’était qu’un protectionniste à l’ancienne ». Avec ses réductions d’impôts et sa déréglementation — la distribution de milliards de dollars aux entreprises et aux ultra-riches et l’assouplissement des restrictions sur les opérations des banques — Trump avait établi un solide dossier économique, mais son escalade de la guerre commerciale mettait cela en péril. Alors qu’il aspirait à être Ronald Reagan, ses « folies tarifaires » faisaient penser à Herbert Hoover, écrit le journal.

Dans un éditorial intitulé : « L’Amérique déclare la guerre à ses amis », le New York Times écrit que les mesures tarifaires ne feraient rien pour réduire la capacité de production d’acier et d’aluminium en Chine, et que le président « isolait les États-Unis de ses alliés les plus proches — les pays mêmes avec lesquels il doit collaborer pour faire pression sur la Chine pour qu’elle change de cours ».

(Article paru d’abord en anglais le 2 juin 2018)