«J'ai vu partout des officiers avec des fusils d'assaut, des chiens et des hélicoptères»

Des raids anti-immigrants brisent des communautés de l'Ohio

Par Eric London et Will Morrow
8 juin 2018

Les proches et les collègues des immigrants arrêtés par les services douaniers et frontaliers américains, ICE (Immigration and Customs Enforcement) et CBP (Customs and Border Protection), ont décrit les raids survenus mardi dans le nord de l’Ohio, les plus importants de l’ère Trump, comme étant de «style militaire» et constituant «un cauchemar».

Les raids coordonnés ont ciblé les travailleurs des pépinières du «Corso’s Flower and Garden Centre» (Centre des fleurs et des jardins de chez Corso) à Castalia et à la ville voisine de Sandusky. Le World Socialist Web Site a parlé hier avec des enfants dont les parents ont été arrêtés, des collègues dont les amis proches sont partis, et de jeunes maris qui ont été séparés de leurs femmes.

Mercedes

Des témoins ont décrit une scène de criminalité totale. «Ils sont venus avec des beignets», a déclaré Mercedes, une travailleuse de Corso. «Ils nous ont tous amenés dans la même zone en nous disant qu’ils étaient en train de faire une inspection de routine. Quand nous nous sommes tous rassemblés, ils nous ont encerclés et ont sorti leurs badges (ICE et CPB). Ils avaient des chiens, des hélicoptères, des fusils d’assaut et des casques. Nous étions tous en train de pleurer». Une autre source a dit au WSWS que certains agents étaient déguisés en travailleurs de la construction.

Les résidents à proximité ont dit qu’ils pouvaient entendre le raid de leurs maisons. D’autres témoins ont déclaré que les travailleurs qui sont des citoyens américains ont dénoncé les agents d’immigration sur les lieux, criant contre eux et les implorant de s’arrêter. Les travailleurs ont déclaré que les fonctionnaires de l’immigration ont arrêté plusieurs travailleurs qui étaient des citoyens américains pour les empêcher d’appeler leurs collègues et de les mettre en garde contre le raid. Des agents auraient également ordonné à des travailleurs immigrés documentés d’apporter leur passeport au travail à partir de maintenant. Les travailleurs ont dit qu’ils ne feraient pas une telle chose.

La nuit dernière, des dizaines de membres des familles dévastés se sont rassemblés dans une église de Norwalk, non loin de là. Pour beaucoup, c’était la première fois qu’ils se voyaient depuis le raid. La salle était pleine de gens qui comptaient les minutes cherchant désespérément des informations, et la plupart n’avaient même pas parlé à leurs parents détenus qui étaient expédiés dans des installations situées à des heures de route. Non seulement la famille et les amis craignent la séparation par déportation, mais ils sont également conscients de la possibilité mortelle d’être embarqués sur des avions banalisés destinés aux pays d’Amérique centrale dévastés par plus d’un siècle d’exploitation impérialiste, de dictature et de guerre.

Un nombre incalculable d’enfants sont désormais orphelins. Jerry, un citoyen américain de 18 ans dont la mère a été prise dans le raid, est maintenant responsable de sa sœur cadette et son frère, âgé de 9 et 12 ans.

Jerry avec son jeune frère et sa soeur

«Quand j’ai reçu cet appel, je me suis précipité chez Corso pour voir ma mère», a-t-il dit. «Je ne pouvais pas. J’ai été détenu... Un agent m’a dit de me garer. Il m’a menotté et ne m’a pas laissé voir ma mère. J’ai vu le bus dans lequel elle se trouvait. Il était à 20 pieds, mais il avait des vitres teintées et je ne pouvais pas voir. Je pensais que ma mère me voyait, mais je ne pouvais pas la voir».

«Ce fut une expérience horrible que personne ne devrait éprouver. Juste parce que ma mère est une immigrée illégale qui essaie de subvenir aux besoins de sa famille dans ce pays, c’est horrible. Ils les ont traités comme s’ils ne valaient rien. J’ai vu partout des officiers avec des fusils d’assaut, des chiens et des hélicoptères».

Jerry a dit qu’il avait économisé de l’argent pour aller à l’université en travaillant dans la construction dès son plus jeune âge. «Mais maintenant que cela est arrivé, je vais utiliser une partie de cet argent pour soutenir mon frère et ma sœur».

Flor et un parent

Flor, une lycéenne dont la mère a également été arrêtée mardi, a déclaré: «J’étais au travail. Je recevais des appels téléphoniques et des messages d’elle. Je me sentais mal parce que je ne pouvais pas répondre au téléphone parce que j’étais trop occupée à travailler. Je l’ai finalement rappelée et elle criait et criait: ‘Ils m’ont emmené! Ils m’ont pris! L’immigration m’a eu!’»

Les travailleurs de Corso ont également dénoncé les raids. Un travailleur, Jerome, a déclaré au WSWS: «Ce sont de bonnes personnes qui travaillent dur. Ce sont mes amis. Je connaissais ces gens. Je vais chez eux et nous avons des fêtes ensemble. Vous ne pouvez pas les blâmer d’essayer d’améliorer leur vie, d’être venus ici. Les gens meurent de faim d’où ils viennent. Je risquerais ma vie pour venir ici aussi».

Un autre travailleur a dit: «C’était le chaos. C’était horrible ce qui est arrivé parce que les gens ont des enfants et ils ne savaient pas quoi faire avec eux. Ce sont des gens qui travaillent dur et ce n’est pas juste. Les femmes pleuraient toutes parce qu’elles avaient des enfants aussi. Je les connais depuis des années, ils travaillent dur et essayent juste d’améliorer leur vie».

Un troisième travailleur a déclaré: «Certains enfants vont maintenant être placés en famille d’accueil. Ils avaient des chiens ici. Il n’y avait aucun moyen pour quiconque de se cacher. Ils ne le méritent pas. Ils travaillent dur pour leurs familles. Ils étaient de bons travailleurs, s’ils voyaient que vous aviez besoin d’aide, ils vous l’offriraient». De nombreux travailleurs de Corso ont indiqué qu’ils travaillaient souvent de 80 à 90 heures par semaine.

Des familles à la réunion de Norwalk

J. Bennett Guess, représentant en Ohio de l’American Civil Liberties Union (ACLU), une des principales organisations de défense des libertés civiques aux États-Unis, a fait cette déclaration au WSWS: «C’était odieux la façon dont ils ont été détenus, surtout sans égard pour les enfants. Les enfants ont été laissés dans les garderies. Ce sont des travailleurs qui travaillent très durement et pour de bas salaires, qui sont très exploités. Ce qui s’est passé est une parodie de justice. Ce à quoi nous assistons, c’est le démantèlement systématique des procédures équitables par chaque nouvelle Administration: démocrate et républicaine».

Il a ajouté que cela était extrêmement préoccupant pour tous, quel que soit le statut d’immigration: «La façon dont vous traitez vos non-citoyens est la façon dont vous traiterez vos citoyens».

Beaucoup de travailleurs ont évité de justice d’être aux prises avec les services frontaliers et douaniers (ICE et CPB). Certains, y compris une famille de cinq personnes, ont quitté leur foyer de peur d’être traqués par l’ICE. D’autres ont dit connaître des proches qui avaient trop peur de quitter leur foyer.

Alors que ces scènes horribles se déroulent, les partis démocrate et républicain réclament plus de «sécurité frontalière» – un terme qui signifie que plus d’agents de l’ICE et de la CBP patrouillent le pays et terrorisent les immigrants. Plus tôt cette année, les démocrates ont soutenu un projet de loi soutenu également par Trump pour donner des centaines de millions de dollars en financement supplémentaire à l’ICE. Certains participants à la réunion de Norwalk d’hier ont dit qu’ils avaient de la famille et des amis qui avaient déjà été expulsés par l’Administration Obama.

Le raid digne de la Gestapo de mardi est un avertissement pour toute la classe ouvrière. Le gouvernement américain affirme le «droit» de lancer des raids militaires sur les lieux de travail, d’enlever les travailleurs «manu militari» et de les expulser loin de leurs familles.

Qu’est-ce qui empêche le gouvernement d’utiliser la même tactique contre les enseignants en grève, en les transportant dans des centres de détention lorsque leurs grèves sont rendues «illégales» par les tribunaux contrôlés par le patronat? Si les travailleurs de l’automobile protestaient contre les blessures au travail ou la vitesse de la ligne de montage, pourquoi le gouvernement n’enverrait-il pas la police pour arrêter les «fauteurs de troubles» et essayer de faire disparaître le problème?

Les syndicats n’ont rien fait pour s’opposer à l’établissement de conditions dictatoriales dans les lieux de travail aux États-Unis. Au lieu de cela, ils dressent les travailleurs les uns contre les autres sur la base d’un nationalisme empoisonné, disant aux travailleurs des États-Unis que leurs ennemis ne sont pas les entreprises et le gouvernement, mais les travailleurs au Mexique ou en Chine.

De nouveaux comités d’action doivent être créés pour protéger même les droits les plus élémentaires en milieu de travail pour tous les travailleurs, immigrés et non immigrés.

(Article paru en anglais le 7 juin 2018)