Il y a 100 ans : La Légion tchéque soutien la formation du premier gouvernement anti-soviétique en Russie

9 juin 2018
Carte montrant la ville de Samara sur la Volga supérieure

Carte montrant la ville de Samara sur la Volga supérieure

Le 8 juin 1918, fut établi le premier gouvernement anti-soviétique en Russie, sous la protection de la Légion tchèque. Une force de 60 000 prisonniers de guerre capturés par l’armée tsariste durant la première guerre mondiale et qui s’était rebellée contre les bolcheviques à la mi-mai. Ce gouvernement opposé aux bolcheviques fut établi dans la ville de Samara, sur la Volga, par quatre anciens membres de l’Assemblée constituante, dissoute par le gouvernement soviétique en janvier.

Le Comité des membres de l’Assemblée constituante, ou Komuch suivant son acronyme russe, était composé de membres du parti des Socialistes révolutionnaires (SR) menés par Vladimir Volsky. En septembre, le Komuch allait atteindre 96 membres, dont Victor Chernov, un dirigeant SR expérimenté. Le Komuch a formé une « armée du peuple » et étendu son influence sur les provinces de Kazan, Saratov, Simbirsk [aujourd’hui Oulianovsk, en l’honneur de Lénine] et Oufa.

Le nouveau gouvernement soviétique avait proposé aux membres de la Légion tchèque le choix entre un passage sûr à travers la Sibérie vers Vladivostok où elle aurait pu embarquer pour retourner au pays, et la possibilité de s’installer en Russie en tant que citoyens soviétiques. Mais les officiers tchèques nationalistes, après en avoir discuté avec les dirigeants tchèques qui étaient eux-mêmes en contact régulier avec les responsables français et britanniques, ont refusé de désarmer et ont organisé une révolte. La légion a occupé la voie de chemin de fer vers la Sibérie, qui était la principale voie d’approvisionnement en nourriture des zones du pays sous contrôle soviétique qui connaissaient alors une grande famine.

Ce qui en résultat fut, selon les termes du commissaire à la guerre, Léon Trotsky, en juillet « une question, au sens direct et immédiat, de vie ou de mort pour la classe ouvrière en Russie. Les tchécoslovaques se sont emparés de toute une série de villes et fournissaient un point d’appui aux gardes blancs et aux monarchistes […] soit nous battons les tchécoslovaques et tous ceux qui sont autour d’eux, soit ils vont nous détruire. » La légion tchèque. a apporté un soutien militaire essentiel à l’armée du peuple du Komuch.

Trotsky a par la suite publié des courriers pris à Samara qui montraient la grande influence et corruption du Komuch par les officiers français, ainsi que leur mépris général pour les Russes et les Tchèques. Samara fut reprise par l’armée rouge le 7 octobre. Le Komuch s’était liquidé dans le Gouvernement provisoire de Sibérie en septembre, lui-même dissout en novembre par un coup de l’amiral Koltchak, l’un des dirigeants des armées blanches.

(Article paru en anglais le 4 juin 2018)