Podemos rencontre des nationalistes catalans au nom de Madrid

Par Alejandro López
2 juillet 2018

Le chef de file de Podemos Pablo Iglesias a rencontré le Premier ministre catalan Quim Torra lundi pour tenter de conclure un accord entre les autorités régionales catalanes à Barcelone et le nouveau gouvernement du Parti socialiste minoritaire (PSOE) à Madrid.

La réunion a montré que l’un des principaux objectifs de l’installation du gouvernement PSOE, dans lequel Podemos a joué un rôle de premier plan, était d’essayer de donner un visage plus « démocratique » à la brutale répression policière du référendum d’indépendance catalan. Iglesias a agi partout en tant qu’émissaire du Premier ministre du PSOE Pedro Sánchez.

Après près d’une décennie d’escalade du conflit entre Madrid et Barcelone sur la façon d’imposer l’austérité de l’Union européenne (UE), un conflit violent a éclaté l’année dernière en Catalogne. Madrid a déclaré illégal le référendum sur l’indépendance. Le gouvernement du Parti populaire (PP) de droite a essayé, et n’a pas réussi, d’écraser le référendum, organisant une répression policière massive contre des électeurs pacifiques qui a fait près de 1000 blessés. Avec les déclarations de soutien du PSOE, le PP arrêta les dirigeants nationalistes catalans et imposa un gouvernement non élu.

Après les élections de janvier organisées sous la botte policière, Torra a été installé, et après l’aide de Podemos à l’installation du PSOE au pouvoir, Iglesias tente maintenant d’apaiser les conflits en acceptant la politique antidémocratique de Madrid en Catalogne. Il a déclaré : « Ma volonté est de contribuer à créer un climat de compréhension entre le gouvernement espagnol et les forces politiques catalanes ».

Les détails de l’heure et demie de discussion au siège du gouvernement catalan ont émergé après la réunion lors de la conférence de presse. Une question clé était l’emprisonnement des politiciens nationalistes catalans tels que Jordi Cuixart président culturel de Omnium, l’ancien chef de l’Assemblée nationale catalane Jordi Sanchez, l’ancien vice-Premier ministre catalan Oriol Junqueras et d’autres ministres du gouvernement régional catalan.

Iglesias a dit à Torra que Sánchez est prêt à les transférer dans des prisons catalanes. « Je le sais parce que Sanchez m’a dit cela », a-t-il dit, ajoutant que cela allait « déstresser » les relations entre la Catalogne et l’Espagne.

Elsa Artadi, porte-parole du gouvernement catalan, a répondu que « la position du gouvernement [catalan] n’est pas de négocier le transfert des prisonniers ni d’améliorer leur situation, mais de les libérer ».

Cependant, Podemos n’a pas soutenu la libération des prisonniers politiques. Iglesias a seulement proposé un transfert qui « serait un premier pas et une amélioration de la situation actuelle », c’est-à-dire, qu’ils pourriraient en prison en Catalogne plutôt qu’en Espagne.

Iglesias a ajouté qu’il rendrait visite aux dirigeants emprisonnés, affirmant de manière démagogique que Podemos soutient un référendum sur l’autodétermination en Catalogne. Iglesias a ensuite minimisé l’importance des emprisonnements. Il a prétendu que le conflit entre les gouvernements catalan et espagnol sur l’autodétermination ne devrait « en aucun cas empêcher le dialogue et l’exploration de moyens démocratiques pour gérer le conflit en Catalogne ».

Chef de file du parti la Catalogne en Commun, soutenu par Podemos, Xavier Domènech, était également présent à la réunion. Plus tôt en juin, Domènech a proposé de soutenir le gouvernement régional catalan en adoptant un budget d’austérité. Le gouvernement catalan a déjà annoncé qu’il réduirait le déficit fixé à 0,4 % du PIB pour 2018, à 0,1 % pour 2019, et à zéro pour 2020, afin de respecter les engagements de Madrid envers l’UE. Cela signifiera environ 688 millions d’euros de coupes sociales ou de hausses d’impôts dans la région cette année.

Au cours de la réunion, les nationalistes catalans ont salué Iglesias. Artadi a déclaré, « le rôle de Podemos dans la politique espagnole est important », comme « une grande partie de sa force [du gouvernement espagnol] vient de Podemos » Elle a rajouté que bien qu’ils ne faisaient pas partie du gouvernement « Nous ne devrions pas sous-estimer l’importance que ce parti peut avoir pour l’avenir », en qualifiant de parti qui « reconnaît la situation » en Catalogne.

Iglesias a promis également de développer les liens de Torra avec Sanchez : « J’ai trouvé chez le premier ministre régional une disposition absolue pour le dialogue, donc je vais transmettre cela au président du gouvernement. »

Iglesias a dit qu’ils partageaient les deux des « valeurs républicaines », bien que Torra soit tristement célèbre pour son vitriol anti-travailleurs et anti-espagnol quand il travaillait comme journaliste et qu’il faisait l’éloge de Miquel et Josep Badia comme les « meilleurs exemples » du nationalisme catalan. Tous deux ont fondé des escadrons militaires fasciste dans la région pendant les années 1930 pour terroriser la classe ouvrière et abattre les dirigeants anarchistes.

Iglesias œuvre pour préparer des pourparlers entre Torra et Sánchez, prévus pour juillet, agissant au nom de Sánchez et de la capitale financière espagnole. Podemos et le PSOE parlent pour des factions de la classe dirigeante, en Espagne et à l’échelle internationale, qui craignent qu’au milieu de mouvements de grève croissants des travailleurs en Espagne, la colère au sujet de la crise catalane ne puisse se révéler politiquement explosive et devrait être géré avec plus de prudence.

En cela, ils parlent pour des sections puissantes de la classe dirigeante. Le président de la banque Santander, l’une des plus grandes banques espagnoles, a récemment appelé à « reconstruire les ponts » entre Barcelone et Madrid, qui, a-t-il dit, doivent « travailler ensemble ». Il a déclaré que l’Espagne devrait « faire en sorte que tous les Catalans soient attirés à nouveau par l’Espagne ».

Le lobby d’affaires anti-sécessionniste Barcelone Círculo de Economía a également publié une déclaration appelant à la fin des « pires crises de l’Espagne depuis que la Constitution fut approuvée en 1978. » Conformément aux revendications traditionnelles catalanes-nationalistes, il a appelé à « plus de pouvoirs pour légiférer, gérer, collecter et inspecter » les recettes fiscales pour les gouvernements régionaux, qui partageraient leurs « assiettes fiscales » avec Madrid.

L’alignement d’Iglesias avec les banques et les lobbies d’affaires révèle le rôle de Podemos. Au plus fort de la crise, en octobre dernier, ce parti a cherché à désamorcer l’opposition profondément ancrée chez les travailleurs et les jeunes aux mesures d’État policier Parmi les mesures étatiques, en faisant des appels creux à Madrid et à Barcelone à négocier avec les séparatistes catalans alors que le PP renforçait la répression.

À l’époque, le PSOE a soutenu le PP. Dans une lettre adressée aux membres du Parti socialiste juste après la répression, Pedro Sanchez a défendu la répression PP comme « une réponse comparable à celle d’un pays » et « la réponse inévitable à une tentative sans précédent pour briser l’intégrité de l’État. »

Maintenant, Podemos défend un règlement entre le PSOE et les Catalans nationalistes qui serait un accord réactionnaire fait aux dépens des travailleurs.

Les partis nationalistes catalans, le Parti démocratique catalan de Torra (pdecat) et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), ont signalé déjà qu’ils sont ouverts à un tel accord. Ils ont accepté la légitimité des élections de cette année tenues sous la menace militaire par le régime en Catalogne non élu imposé par Madrid. Ils cherchent un accord, qui pourrait être présenté comme une victoire basée sur l’amélioration des conditions des prisonniers politiques, mais basé en fait sur le militarisme et l’intensification de l’austérité.

Le gouvernement Sánchez, vieux d’à peine un mois, a signalé qu’il maintiendrait le budget précédent du gouvernement PP, qui impose des coupes claires dans les dépenses sociales et des hausses massives des dépenses militaires. Un nouveau budget d’austérité est en préparation pour la fin de cette année.

Dimanche, dans un entretien au quotidien El País, Sanchez a déclaré : « Les jours où le

gouvernement espagnol aggravait les problèmes avec la Catalogne sont terminés. Nous devons faire cela progressivement et reconstruire la confiance et la loyauté qui ont été brisées pendant ces années de conflit entre les gouvernements de la Catalogne et de l’Espagne. C’est le message que je vais livrer à Torra lorsque je le rencontrerai le 9 juillet. Il y a beaucoup de choses qui peuvent être faites. »

La politique exposée par Sanchez serait la politique de droite et militariste, convenue sur la base de la répression policière et dans laquelle Podemos est pleinement impliqué.

(Article paru en anglais le 27 juin 2018)