Réfugiés pris au piège par l’UE

Par Johannes Stern et André Damon
10 juillet 2018

Vendredi, le Parti social-démocrate allemand (SPD) a accepté de soutenir une importante vague de répression sur les réfugiés négociée par l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel et son parti frère, l’Union chrétienne-sociale (CSU).

Cet accord marque l’adoption par les partis de l’establishment politique allemand, représentés par le gouvernement de la « grande coalition » du SPD et la CDU / CSU, de la politique d’immigration criminelle et raciste de l’Alternative pour l’Allemagne fasciste (AfD).

Pour compléter ses rafles, le gouvernement allemand a accepté d’établir des camps d’internement de masse pour les réfugiés en Allemagne et dans toute l’Europe.

Ces supposés « centres d’ancrage », situés dans tout le pays, interneront potentiellement des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes derrière des barbelés et sous surveillance policière, pendant 18 mois ou plus.

Les camps existeront en dehors des cadres juridiques de base, violant tous les droits démocratiques fondamentaux des hommes, des femmes et des enfants qui auront le malheur d’y être pris au piège. Les détenus seront traités comme des criminels pour avoir demandé le droit d’asile et seront soumis aux traitements les plus dégradants et inhumains.

Le gouvernement allemand a cherché à se démarquer des parallèles historiques avec les expériences antérieures de l’Allemagne avec l’internement de masse, déclarant que les nouveaux centres d’internement – où les détenus seraient détenus contre leur gré – ne seraient pas des « camps fermés ».

Il cache ses crimes derrière des phrases bureaucratiques. Un document gouvernemental sur les résolutions du dernier sommet de l’UE a déclaré : « L’utilisation accrue des contrôles en coup de filet et d’autres approches intelligentes de la police des frontières peuvent considérablement augmenter le nombre de personnes détectées près de la frontière enregistrées dans EURODAC [base de données d’empreintes digitales européenne], qui peuvent recevoir un traitement immédiat dans les installations de réception spéciales. »

Selon les plans du gouvernement allemand, les camps de réfugiés en Grèce et en Italie, appelés par euphémisme « hotspots », seront maintenant étendus à l’ensemble de l’Europe. Un ébauche du « Plan directeur d’immigration » du ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer dispose que « les centres d’accueil en Italie et en Grèce devraient être soutenus et développés par un personnel suffisant des États membres ».

« Hotspots », « dragues », « Plan directeur ». Ces euphémismes révoltants pour l’internement de masse d’êtres humains innocents ne sont qu’une indication des horreurs qui se préparent pour leurs détenus.

« Du fil de fer entrelacé en carrés de jusqu’à quatre, cinq mètres de haut, » a écrit le Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung au sujet du Camp Moria, un camp de l’UE sur l’île grecque de Lesbos.

« Du fil de fer barbelé a été roulé sur la clôture, des miradors et des gardes de sécurité se tiennent à toutes les entrées du camp, des fusils en bandoulière sur la poitrine. » À l’intérieur aussi, le camp, qui, avec 7500 personnes est massivement surpeuplé, ressemble à un véritable « enfer », où la Convention de Genève et les droits fondamentaux ont été suspendus.

Si Seehofer décrit de telles horreurs comme un « plan directeur » et des « centres d’ancrage », c’est parce qu’Hitler utilisait déjà les expressions « solution finale » et « camps de concentration ».

Le nouveau plan de réfugiés de la Grande Coalition fournit la base pratique pour la création de camps de détention dans un vide juridique. Le document de la coalition indique que pendant la « procédure de transit » prévue, les personnes « ne pénètrent pas, du point de vue juridique, en Allemagne ». Avec cette construction juridique réactionnaire, similaire au camp de détention américain de la baie de Guantanamo, des zones extraterritoriales seront créées qui ne font pas juridiquement partie de l’État et constituent un vide juridique de fait où la police jouit d’une liberté sans contraintes.

La totale indifférence à l’égard de la dignité humaine, la violation la plus éhontée des droits de l’homme, l’utilisation d’un langage bureaucratique effrayant pour dissimuler des crimes encore plus effrayants – tout cela empeste les années 1930. La démocratie bourgeoise en Europe se désintègre, de plus en plus remplacée par des formes de gouvernance dictatoriales.

Ce qui est vrai par rapport à l’Allemagne, avec sa prétendue « culture d’accueil » présidée par « Mutti » Angela Merkel, l’est aussi pour le monde entier. En Italie, le gouvernement néo-fasciste de Matteo Salvini procède à un recensement des Roms préparant les rafler en masse. Aux États-Unis, les enfants immigrants sont séparés de leurs parents et renfermés dans des cages. En Grèce, sous le gouvernement Syriza de « gauche radicale », des réfugiés de toute l’Europe sont rassemblés dans des camps d’internement de masse.

Partout dans le monde, la même saleté et putréfaction, la même puanteur de la criminalité, se dégagent des pores de chaque État-nation capitaliste. Le massacre israélien de centaines de manifestants palestiniens non armés est ouvertement défendu, et le massacre de centaines de milliers de civils yéménites par l’Arabie saoudite, soutenu par les États-Unis, est simplement ignoré.

Les classes dirigeantes, selon les termes de Léon Trotsky dans les années 1930, transforment le monde en une « prison immonde ».

Ces politiques criminelles des partis capitalistes contrastent fortement avec les sentiments humains des travailleurs et des jeunes du monde entier. L’adoption par la Grande Coalition de la même politique que les fascistes en ce qui concerne les réfugiés a été accueillie dimanche par des manifestations de dizaines de milliers de gens dans toute l’Allemagne, alors que des centaines de milliers de personnes ont participé à des manifestations aux États-Unis contre le traitement barbare des réfugiés par l’administration Trump.

Il s’agit maintenant de connecter les sentiments humains et démocratiques des travailleurs du monde entier avec un programme politique qui exprime leurs intérêts sociaux. La défense des immigrants et des réfugiés partout dans le monde doit être liée à l’opposition à la guerre, aux inégalités sociales, à la baisse des salaires et à l’assaut des programmes sociaux.

Il y a quatre ans, le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP – Parti de l’égalité socialiste), la section allemande du Comité international de la Quatrième Internationale, fut le premier à tirer l’alarme à propos de l’adoption par les partis de l’establishment de la politique néo-fasciste à travers la promotion officielle d’universitaires comme Jörg Baberowski, qui a déclaré que « Hitler n’était pas brutal ».

Maintenant, le SGP mène la lutte pour organiser la résistance à la Grande Coalition, gouvernement qui est soutenu par toute la gauche petite-bourgeoise, dans la lutte pour défendre les droits des réfugiés comme élément central du programme socialiste pour renverser le système capitaliste qui ramène l’humanité dans l’égout fasciste des années 1930.

(Article paru en anglais le 9 juillet 2018)