Le président de l’Équateur prêt à permettre une extradition de Julian Assange vers les États-Unis

Par Mike Head
6 août 2018

Le président équatorien Lenín Moreno a fait le 30 juillet sa déclaration la plus claire à ce jour sur la volonté de son gouvernement de remettre le réacteur en chef de WikiLeaks, Julian Assange, aux autorités britanniques pour l’emprisonner puis l’extrader vers les États-Unis.

Les commentaires de Moreno indiquent que les négociations avec le gouvernement conservateur britannique sont déjà bien avancées, l’intention étant de forcer Assange à quitter l’ambassade d’Équateur à Londres dans les conditions voulues par les gouvernements britannique et américain.

L’Équateur avait accordé l’asile politique à Assange il y a six ans pour le protéger contre une extradition aux États-Unis où il risque la prison à vie ou la peine de mort sur des accusations d’espionnage et de conspiration montées de toutes pièces. Comme le gouvernement Obama avant lui, la Maison Blanche de Trump veut faire taire Assange pour de bon parce que WikiLeaks a publié des documents révélant les atrocités, la surveillance de masse, les opérations de changement de régime et d’autres machinations antidémocratiques de Washington et de ses alliés.

Maintenant, essayant de s’attirer les bonnes grâces du gouvernement Trump et des gouvernements impérialistes européens, le gouvernement et le parti de Moreno sont en train de révoquer cet asile et de jeter Assange dans les mains de ce même appareil d’État américain à la longue histoire de détentions sans procès, d’assassinats, de torture et de « disparitions ».

Dans un entretien accordé le 30 juillet au quotidien espagnolEl País, au cours d’une visite officielle à Madrid, Moreno a déclaré qu’Assange devait accepter que, dès sa sortie de l’ambassade, il sera emprisonné au prétexte qu’il n’a pas respecté les termes de sa liberté sous caution en demandant cet asile en 2012. Cela, malgré le fait que cette liberté sous caution soit devenue sans objet l’an dernier après que les autorités suédoises aient finalement laissé tomber « l’enquête » bidon sur des atteintes sexuelles de la part d’Assange et mis fin au mandat d’arrêt européen qui le visait.

« Idéalement, nous débattrions avec M. Assange et son avocat pour savoir s’il accepterait les conditions que le Royaume-Uni met à la possibilité d’une sortie », a dit Moreno, d’après une traduction sur le site Web Telesur.

« Si cela se produit, nous pensons qu’il y aurait une peine qu’il devrait subir pour ne pas avoir respecté le principe selon lequel il devait se présenter en personne devant la justice britannique. Et une fois que cela serait fait, il pourrait bénéficier du droit d’être extradé vers un pays où il ne courre aucun danger. »

Loin de « bénéficier d’un droit » d’être extradé vers un pays sûr, Assange courrait le risque d’être extradé vers le seul pays qui en fait la demande – les États-Unis. Apparemment, la seule requête du gouvernement Moreno, est que les autorités américaines fassent une vague promesse de ne pas rechercher la peine de mort.

D’après une traduction d’une autre partie de l’entretien par le Times de Londres, journal appartenant à Murdoch, Moreno a déclaré à El País : « M. Assange a été dans cette situation durant plus de cinq ans et nous devons trouver une voie de sortie […] qui défende ses droits, principalement son droit à la vie, et en même temps qui puisse donner à l’Équateur la possibilité de ne pas avoir ce qui représente un problème pour notre pays. »

Par « droit à la vie », Moreno veut clairement dire une simple promesse des États-Unis de ne pas exécuter Assange. De même, Moreno n’a aucun scrupule à ce que Assange soit jeté en cellule d’isolement, peut-être pour le restant de ses jours, ce qui reviendrait à une peine de mort politique.

De plus, toute assurance qu’il n’y aura pas d’exécution serait sans valeur étant donné l’historique brutal de l’impérialisme américain. Lorsque Mike Pompeo, l’actuel ministre américain des Affaires étrangères, était directeur de la CIA l’an dernier, il avait directement accusé WikiLeaks d’être un « service de renseignement hostile ». Dans la loi américaine sur l’espionnage, on encourt la peine de mort pour ce type d’activité.

Les menaces du gouvernement Trump se sont accentuées depuis l’année dernière, lorsque WikiLeaks a commencé à publier des documents qui détaillaient les opérations de piratage informatique et d’espionnage à grande échelle menées par la CIA.

Dans son entretien, Moreno a effectivement jeté à la poubelle le droit fondamental à un asile politique, déclarant : « ce n’est pas respecter les droits de l’Homme qu’une personne reste si longtemps avec un statut de demandeur d’asile. »

Mais Assange a été prisonnier de l’ambassade d’Équateur si longtemps précisément parce que les gouvernements britannique et américain successifs ont refusé de lui reconnaître l’asile.

Moreno s’est également débarrassé de la citoyenneté équatorienne d’Assange, disant qu’elle avait été accordée par l’ancienne ministre des Affaires étrangères du pays, Maria Fernanda Espinosa. Celle-ci avait accordé la citoyenneté au fondateur de WikiLeaks en janvier dernier pour tenter de lui garantir un passage sûr vers l’équateur, mais le gouvernement de Theresa May a refusé de lui reconnaître ce droit.

Samedi, les avocats d’Assange ont déclaré qu’ils contesteraient toute procédure d’extradition. Jennifer Robinson, membre de l’équipe juridique d’Assange, a déclaré à CNN : « pour nous, le protéger d’une extradition vers les États-Unis est absolument essentiel, c’est le principe fondamental le plus important à respecter.

« Il ne devrait jamais y avoir une situation où un responsable de publication est envoyé aux États-Unis pour y être poursuivi pour cette activité, donc, si nous y sommes contraints, nous nous opposerons à son extradition devant les tribunaux britanniques. »

Robinson a répété ses précédentes mises en garde sur l’effet de cette détention prolongée sur la santé d’Assange. « La situation est intenable », a-t-elle dit. « Sa santé est atteinte de manière irréparable […] Cette affaire ne peut pas durer plus longtemps. »

D’après le Times, le médecin d’Assange, Sondra Crosby, a exprimé des doutes sur la capacité du rédacteur en chef de WikiLeaks à supporter une vague de chaleur de longue durée. Cependant, un ancien consul à l’ambassade d’Équateur, Fidel Narvarez, qui a vu Assange il y a deux semaines, a déclaré à CNN qu’il restait déterminé à lutter contre tout arrêt de son asile.

« Il est prêt à une grosse bagarre et je pense qu’il fait face aux situations difficiles et hostiles avec force », a déclaré Navarez. « C’est quelqu’un de très fort mais rappelez vous qu’il vit dans un petit appartement, sans lumière naturelle, seulement de la lumière artificielle. »

Les dangers immenses qui pèsent sur Assange ont été intensifiés par les tentatives du FBI et d’autres agences de « l’État profond » américain, soutenues par le Parti démocrate, d’accuser Assange et WikiLeaks d’agir pour le compte des renseignements russes en publiant des mails politiquement compromettants pour le Parti démocrate et sa candidate à la présidence en 2016, Hillary Clinton.

Ces mails ont révélé que la direction du parti a délibérément saboté la campagne présidentielle de Bernie Sanders et que Clinton s’est engagée en secret à pleinement protéger les intérêts de ses soutiens à Wall Street.

Assange a toujours nié les allégations de liens avec la Russie pour les fuites de mails. Il a déclaré à Fox News en janvier 2017 : « Notre source n’est pas le gouvernement Russe, et ce n’est pas un parti d’État. »

Et son avocat, Robinson, a déclaré une fois de plus à CNN : « WikiLeaks a très clairement indiqué qu’ils ne sont pas en lien de quelque manière que ce soit avec l’État russe en ce qui concerne cette publication. »

Assange reste un citoyen Australien, mais le gouvernement libéral-national de Turnbull, soutenu par le Parti travailliste d’opposition, est resté complice de la conspiration contre Assange par les États-Unis, l’Équateur et le Royaume-Uni. Il s’est opposé [article en anglais] aux appels du Parti de l’égalité socialiste à ce qu’il intervienne pour garantir le droit d’Assange de retourner en Australie, s’il le souhaite, avec une garantie contre l’extradition vers les États-Unis.

Comme le montrent ces expériences, la défense d’Assange et de tous les droits démocratiques fondamentaux, dépend de la mobilisation politique de la classe ouvrière contre tous les gouvernements capitalistes, contre les syndicats et les autres organisations qui les soutiennent. Pour cela, il faut préparer des manifestations et des grèves massives contre toute tentative de l’arrêter et de l’extrader.

(Article paru d’abord en anglais le 31 juillet 2018)

À lire également :

Julian Assange et la trahison de la "gauche" latino-américaine http://www.wsws.org/fr/articles/2018/07/30/pers-j30.html

[30 Juillet 2018]