Défendez le Comité étudiant! Halte à la conspiration d‘extrême-droite à l‘Université Humboldt de Berlin !

Par International Youth and Students for Social Equality et Sozialistische Gleichheitspartei
11 août 2018

L‘IYSSE (Youth and Students for Social Equality – Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale) et le SGP (Sozialistische Gleichheitspartei – Parti de l‘égalité socialiste) condamnent avec la plus grande sévérité l‘attaque menée par Sabine Kunst (SPD) contre le Comité des étudiants de l‘Université Humboldt (HU) et sa complicité avec le parti d‘extrême-droite AfD. Nous soutenons la décision du Comité étudiant de ne pas divulguer les coordonnées personnelles des étudiants politiquement actifs et exigeons la démission immédiate de Kunst de la présidence de l‘université. Il faut que soient mises au jour toutes les liaisons de la direction avec les milieux d‘extrême-droite et qu’elles soient rompues.

Alors que les présidents des deux autres grandes universités berlinoises se sont refusés à donner les coordonnées des étudiants politiquement actifs sur demande du député de l‘AfD Martin Trefzer, la présidente de l‘HU a porté plainte fin juillet contre le Comité étudiant de son université. Elle veut ainsi le forcer à divulguer les noms et prénoms de tous ses membres et de leurs remplaçants, comme l‘a exigé Trefzer. Pour imposer les visées de l’extrême-droite, Kunst prévoit en outre d’amputer l‘autonomie de l‘autogestion étudiante et de changer le statut que les étudiants se sont eux-mêmes donnés.

Une réussite de Kunst à imposer ses mesures autoritaires aurait des conséquences dangereuses. Les listes qu’elle et l‘AfD exigent serviraient aux milieux d’extrême-droite pour intimider et attaquer les esprits critiques chez les étudiants. Dans son communiqué de presse « La direction de l‘HU et l‘AfD unis contre les étudiants » le Comité étudiant met en garde : « Nos noms sont parfaitement connus de ceux que cela regarde – les étudiants de l‘HU. Mais nous ne voulons pas que nos noms soient connus de ceux dont nous sommes les ennemis politiques et qui veulent nous calomnier ».

L‘affirmation de la présidente que par sa plainte elle veut seulement exercer une surveillance juridique ou éviter des abus de fonctions de la part de représentants individuels des étudiants est un mensonge. « Quand la direction de l’université annonce qu‘elle veut publier les noms des membres du Comité étudiant ‘en interne’, ils iront directement à l‘AfD », écrit le Comité. « Car l‘HU emploie des membres de l‘AfD et des gens de la soi-disant Nouvelle droite comme enseignants, comme Markus Egg et Jörg Baberowki, pour ne nommer que ceux-là, ainsi que, jusqu‘au semestre dernier, Gottfried Curio, qui siège entre-temps pour l‘AfD au Bundestag [parlement] ».

Les noms des représentants étudiants ne doivent en aucun cas être divulgués et remis à l‘AfD qui a des liens étroits avec des terroristes de droite et des nazis violents! La direction de l‘université n‘a en outre aucun droit à voir ces données. Lorsqu‘en 2015, des étudiants de l‘HU ont critiqué anonymement les points de vue militaristes du professeur de Humboldt Herfried Münkler sur le blogue Münkler Watch, la direction de l‘université avait également exigé les noms des étudiants afin de pouvoir s‘en prendre à eux.

Il est grand temps de stopper Kunst et l‘offensive droitière menée contre les étudiants de l‘Université Humboldt! Il ne faut pas que les réseaux d‘extrême-droite et les méthodes autoritaires soient une fois de plus imposés à cette université!

Au centre de cette conspiration d‘extrême-droite à Humboldt, il y a le professeur d‘Histoire de l‘Europe de l‘Est Jörg Baberowski. Celui-ci est un apologiste notoire, internationalement connu, du nazisme et un pionnier idéologique de l‘extrême-droite. Ses écrits se caractérisent par la minimisation du national-socialisme et des crimes du Troisième Reich. « Hitler n‘était pas un psychopathe, il n‘était pas cruel. Il ne voulait pas qu‘on parle de l‘extermination des juifs à sa table » dit-il en 2014 au Spiegel.

Le révisionnisme historique de Baberowski est tout à fait conforme à l‘agenda d’extrême-droite qu‘il poursuit. On a appris entre temps qu‘il est l‘organisateur d‘un cercle de discussion d’extrême- droite auquel appartiennent entre autres, outre le raciste social-démocrate Thilo Sarrazin, Michael Klonovski, conseiller personnel du chef de l‘AfD Alexander Gauland et des publicistes d‘extrême-droite comme Dieter Stein (Junge Freiheit), Karlheinz Weißmann (Cato) et Frank Böckelmann (Tumult). Au début de cette année ce réseau fasciste a produit une « Déclaration 2018 » qui fustige une prétendue « invasion de masse illégale » et se solidarise avec les manifestations xénophobes.

L‘hebdomadaire Die Zeit a plusieurs fois publié des articles détaillés sur le « Salon droitier » de Baberowski. Il indiquait qu’il faisait partie de tout un « réseau de boites à idées de la nouvelle droite » ayant des liens étroits avec l‘AfD et écrivait « Depuis quelques années se rencontrent sur l‘initiative de l‘historien Jörg Baberowski des intellectuels, des écrivains et des publicistes de droite dans un cercle de discussion longtemps tenu secret à Berlin... Dans un environnement protégé, Baberowksi discute avec ses invités de l‘histoire de l‘islam en Europe ou de la liberté d‘opinion – et met des conservateurs en rapport avec la droite radicale ».

Baberowski ne se sert pas seulement pour son offensive d‘extrême-droite de ses relations avec les milieux influents de la politique, des médias et de l‘armée mais encore de l‘infrastructure de l‘université. S‘il affiche depuis longtemps sur le site web officiel de l‘Université Humboldt ses interviews anti-réfugiés, ses articles publiés dans les journaux, ses prises de parole à la radio, on a également, il y a quelques jours, mis à contribution le compte officiel Facebook de sa chaire d‘Études de l‘Europe de l‘Est à l‘Institut des sciences sociales, pour y répandre la propagande de l‘extrême-droite.

Un texte, retiré depuis le 24 juillet, y pourfendait dans le jargon typique de l‘AfD et de Pegida « la dictature des gardiens de la morale, la tyrannie de la majorité » et se lamentait de ce que « ce pays est fini. Il ne se remettra jamais de la guerre civile intellectuelle que les fanatiques ont déclenchée. Le pacte entre la république vertueuse et les avocats de la raison est définitivement rompu. Peut-être qu‘on devrait reconnaître cette vérité et en finir avec la discussion. Cela n‘a plus de sens. »

Baberowski demande depuis longtemps que les voix critiques parmi les étudiants qui condamnent ses tirades, soient renvoyées de l‘université et réprimés par des méthodes autoritaires. Début 2017, il porta plainte contre le Comité étudiant de l‘Université de Brême parce que celui-ci avait protesté contre ses points de vue d‘extrême-droite. Kunst, qui est présidente de l‘université Humboldt depuis mai 2016, soutenait alors déjà le cours pris par Baberowksi. Après la défaite de celui-ci devant les tribunaux, elle expliqua dans une déclaration officielle de la direction de l‘université, qu‘elle ne tolérerait plus que l‘« excellent scientifique » Baberowksi et d‘autres professeur de l‘HU soient critiqués et qu‘elle ferait poursuivre le cas échéant les auteurs de ces critiques devant les tribunaux

C‘était là une menace à tout le corps étudiant qui dans sa grande majorité rejette la politique d‘extrême-droite de l‘AfD et la transformation de l‘HU en fabrique d‘idées de droite. Ces dernières années, les organes étudiants ont adopté de nombreuses résolutions et déclarations s‘exprimant contre Baberowski, Münkler et d‘autres professeurs de droite et pro-militaristes de l‘HU. En avril 2017, le parlement étudiant a adopté à une grande majorité une résolution qui sommait Kunst de « retirer publiquement ses déclarations de solidarité avec Baberowski » et de « condamner clairement ses positions hostiles aux réfugiés ».

Kunst y a réagi en intensifiant ses menaces. Dans une interview donnée à la Süddeutsche Zeitung, elle attaqua les étudiants de son université et essaya de présenter Baberowski et Münkler comme les vicitmes d‘une campagne de diffamation. Sven Wurm, le porte-parole du groupe IYSSE à l‘HU, qui met en garde depuis plusieurs années contre l’évolution dangereuse que connaît l‘université, déclara dans une lettre ouverte à Kunst:

« En réalité donc c’est vous qui dénigrez et étouffez la liberté d’opinion. Ce que vous voulez faire passer pour la défense du « débat scientifique » n’est qu’une forme moderne de Gleichschaltung [la suppression des opinions antinazies durant le Troisième Reich]. Vous revendiquez le droit de déterminer ce qui peut être et ce qui ne saurait être dit dans les universités et quelles règles devraient s’appliquer. À cet égard, vous n’accordez aucun respect aux opinions des étudiants ou à leurs droits démocratiques ». La lettre dit encore, « Le fond du différend avec Baberowski concerne des questions de société d’importance majeure. L’enjeu est qu’il tente de réévaluer le rôle de Hitler et les crimes commis par l’Allemagne durant les deux guerres mondiales sans que la moindre critique ne puisse s’y opposer ».

En février 2014 déjà l’IYSSE avait déclaré dans une lettre au prédécesseur de Kunst, Jan-Endrik Olbertz (CDU): « Cette tentative d'établir une version fausse de l'histoire intervient à un moment critique de l'histoire allemande. De tels efforts devraient être vu dans le contexte des récentes déclarations du président Joachim Gauck et du ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier qui disent qu'il est temps de mettre fin à des décennies de retenue militaire en Allemagne. La résurrection du militarisme allemand exige une nouvelle interprétation de l'histoire qui minimise les crimes de l'époque nazie ».

Par sa répression du Comité étudiant Kunst se démasque entièrement comme partisane de cet agenda. Il est clair à présent que sa nomination à la tête de l‘Université Humboldt était une décision politique délibérée. Il s‘agissait de défendre le réseau d‘extrême-droite de Baberowski, de faire avancer la campagne pour le retour du militarisme allemand et de réprimer la résistance de plus en plus grande à cet égard parmi les étudiants.

En tant que présidente de l‘Université de Potsdam et ministre des Sciences de la coalition « rouge-rouge » (SPD et Parti de Gauche) du Land de Brandebourg, Kunst avait renforcé l‘influence des tendances droitières et militaristes dans les universités. En 2015, elle nomma Sönke Neitzel nouveau professeur du programme d‘études de l‘armée allemande, « Études sur la guerre et les conflits ». Comme Münkler et Baberowski Neitzel travaille systématiquement à réécrire l‘histoire de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, afin de justifier les crimes de l‘impérialisme allemand et préparer de nouvelles guerres et de nouveaux crimes. Dans une interview récente au magazine Zeit Geschichte publiée sous le titre : « Apprendre de la Wehrmacht? » [L’armée du Troisième Reich], il fait l‘éloge du rôle fondateur de traditions joué par les soldats de la Wehrmacht pour les interventions de la Bundeswehr [L’actuelle armée allemande].

L‘action de Kunst à l‘Université Humboldt est conforme au programme droitier du gouvernement fédéral et au rôle qu‘y joue le SPD. Par leur décision de continuer la Grande coalition, les sociaux démocrates ont délibérément fait de l‘AfD, qui a obtenu tout juste 12,6 pour cent à l‘élection législative de 2017, la pointe de l‘opposition parlementaire officielle afin de renforcer l‘influence de l‘extrême-droite et de mettre son programme en pratique. Le doublement des dépenses militaires, des attaques sociales virulentes dans toute l‘Europe et une attaque brutale des réfugiés font partie de la politique de la Grande coalition autant que le renforcement massif des pouvoirs de la police et de l‘appareil de renseignement, et la répression, à l‘intérieur, de toute opposition socialiste ou de gauche.

L‘actuel rapport du service de renseignement intérieur (Verfassungsschutz), rendu public il y a quelques jours avec une préface du ministre de l‘Intérieur Horst Seehofer (CSU), se lit comme un document rédigé par la centrale de l‘AfD. Tandis que l‘AfD y figure seulement comme « victime » de prétendus « extrémistes de gauche », le SGP fait à présent partie des « Objets à surveiller ». Son « méfait » ne sont pas des actes de violences « d‘extrême-gauche », mais sa défense publique d‘un programme socialiste « contre l‘ordre étatique et social existant et globalement dénigré comme ‘capitalisme’, contre l‘UE, contre de prétendus nationalisme, impérialisme, et militarisme. »

Les parallèles avec les années 1920 et 1930 sont frappantes. Comme alors, la classe dominante réagit à la crise profonde du capitalisme, à la division extrême de la société et au retour des conflits entre grandes puissances par des méthodes de plus en plus anti-démocratiques et autoritaires. Elle développe délibérément des forces d‘extrême-droite et fascistes pour imposer sa politique réactionnaire face à l‘opposition grandissante de la population.

Hitler n‘est pas venu au pouvoir porté par une vague de soutien populaire, mais par une conspiration des cercles influents de la politique, de l‘économie et de l‘armée. Après que les nazis eurent subi de lourdes pertes aux élections législatives de novembre 1932 et se trouvaient dans une crise profonde, le président du Reich, Paul von Hindenburg, qui avait été élu avec le soutien du SPD et du Zentrum, nomma Hitler chancelier le 30 janvier 1933. Deux mois plus tard, tous les partis bourgeois votaient pour les pleins pouvoirs, ouvrit la voie au régime de terreur national-socialiste.

Aujourd‘hui le contraste entre l‘influence de l‘extrême-droite sur la politique des milieux dirigeants et l‘attitude et les convictions de la grande majorité de la population est encore plus fort. L‘AfD ne dispose pas d‘une base de masse, elle rencontre une profonde hostilité. En mai, ce furent des dizaines de milliers de personnes qui manifestèrent contre un défilé de l‘AfD qui n‘avait réussi qu‘à mobiliser 2000 supporters dans toute l‘Allemagne. Dans les entreprises et les universités, l‘AfD et la politique de la classe dirigeante sont haïs. Selon un sondage récent, 67 pour cent de la population allemande s‘inquiètent de l‘actuel tournant à droite de la politique allemande.

L‘IYSSE appelle tous les étudiants à ne pas se laisser intimider par les menaces de Kunst, mais d‘organiser une puissante offensive. Il ne faut pas permettre que l‘HU soit transformée, comme avant la Première et la Seconde Guerre mondiale, en centre de propagande d‘extrême-droite et militariste. Toutes les mesures prises à l‘encontre des étudiants politiquement actifs doivent être immédiatement retirées et une enquête des étudiants initiée sur le réseau d‘extrême-droite à l‘Université Humboldt.

Il faut répondre aux questions suivantes :

. Dans quelle mesure et par qui les agissements d‘extrême-droite à l‘Université Humboldt sont ils soutenus financièrement?

. Est-ce que des locaux de l‘université sont mis ou ont été mis à la disposition du « Salon de droite » de Baberowski?

. Quels autres membres du personnel enseignant, mis à part Baberowski, étaient présents à ces rencontres?

. Quelles discussions ont eu lieu entre Kunst et le gouvernement fédéral ou celui du Land de Berlin, formé par le SPD et le Parti de gauche, afin de protéger Baberowski de toute critique?

. L‘action engagée contre les étudiants de gauche et les étudiants critiques a-t-elle été concertée avec le service du renseignement intérieur qui, dans son dernier rapport, dénonce toute critique du capitalisme comme de l‘ « extrémisme de gauche »?

Pour stopper la conspiration de droite à l‘HU, l’IYSSE en appelle à tous les étudiants, toutes les associations universitaires et tous les universitaires qui ne sont pas prêts à accepter sans rien faire le retour du militarisme allemand. Organisez des actions et des manifestations de protestation à l‘Université Humboldt et à d‘autres universités et exigez la démission de Kunst et Baberowski! Il s‘agit avant tout de mobiliser le soutien de la classe ouvrière, d‘expliquer aux travailleurs les développements dangereux se produisant à l‘HU et de gagner du soutien pour un programme socialiste contre le fascisme, la guerre et le capitalisme. Prenez contact avec l’IYSSE et le SGP, et aidez à organiser cette campagne.

. Plus jamais la guerre ni le fascisme!

. Nous voulons de la science pas de la propagande de guerre!

. Stoppez Kunst, Baberowski et la conspiration de l’extrême-droite à l‘HU de Berlin!