Université d’été de LFI: Jean-Luc Mélenchon tend la main à la droite

Par Anthony Torres
13 août 2018

Lors de la polémique en juillet qui a entouré le tabassage de manifestants pacifiques le 1er mai par un proche d’Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, La France insoumise (LFI) a formé une alliance tactique avec le parti sarkozyste LR et le RN, l’ex-Front national néo-fasciste. Mélenchon a fait siennes les critiques de l’Elysée par la police. «Quand il s’agit de protéger l’État et de faire respecter la norme républicaine, il y a une convergence avec la droite, je l’assume», a-t-il dit.

Les ressorts de cette manœuvre émergent plus clairement aujourd’hui. Mélenchon tend la main à la droite avec en vue un rassemblement contre Macron, en invitant les LR aux côtés du PCF, du PS et du parti Génération.s de l’ex-candidat présidentiel du PS, Benoît Hamon, à l’université d’été de LFI, qui aura lieu du 24 au 26 août. Le fondement de cette alliance est le soutien commun de LFI, du PS, et de LR ainsi que du RN pour le militarisme français.

Les députés Marianne Dubois (Loiret) et Olivier Marleix (Eure-et-Loir) représenteront le parti sakozyste. La première participera à une table ronde sur la défense, tandis que le second viendra parler de la vente par l’État du groupe Alstom. Proche de Laurent Wauquiez, qui cherche à se rapprocher de RN, Marianne Dubois est membre depuis 2012 de la Commission de la Défense nationale et des Forces Armées. Elle est co-rapporteur de la mission d'information sur le bilan et la mise en perspective des dispositifs citoyens du ministère de la Défense, «Armée et citoyenneté».

Manuel Bompard, directeur des campagnes de LFI a justifié cette invitation à LR en déclarant au Figaro: «Le but est de montrer que face à la politique d'Emmanuel Macron, la première force d'opposition a cœur de donner la parole à tout le spectre politique, malgré des divergences».

Seront présents les députés Boris Vallaud (Landes), qui est aussi porte-parole du PS, et Dominique Potier (Meurthe-et-Moselle), qui participera à un débat sur la ruralité, ainsi que l'eurodéputé PS Emmanuel Maurel, proche de Jean-Luc Mélenchon, qui évoquera le traité Tafta de libre échange entre l'Union européenne et les Etats-Unis. Les députés Régis Juanico (Loire, Génération.s) et Stéphane Peu (PCF, Seine-Saint-Denis) évoqueront la réforme constitutionnelle. La macroniste Sonia Krimi (Manche), dite «frondeuse» pour avoir demandé «plus d’humanité et de dignité» sur l’accueil des étrangers, avait accepté l'invitation avant de se raviser.

Mélenchon compte sur l’alliance établie pendant l’affaire Benalla avec la droite ainsi que le PS, qui sous Hollande a instauré l’état d’urgence et imposé l’austérité et la guerre. Si ce rassemblement laisserait sans aucun doute apparaître de nombreuses divergences, celles-ci ne seraient que d’ordre tactique, sur les meilleures méthodes pour imposer un régime d’État policier. Mélenchon semble compter se faire le chef de file de l’opposition à Macron par le biais de ces alliances.

Si LFI n’a pas invité le RN pour éviter de recréer une polémique, comme celle qui a éclaté quand la députée LFI Obono a invité les néo-fascistes à critiquer Macron à propos de l’affaire Benalla, ceci est une question d’ordre secondaire. De sections des néo-fascistes autour de Marine Le Pen voulant se donner une respectabilité «républicaine», un rassemblement «républicain» pourrait aussi préparer un regroupement de LFI avec des fractions des lepénistes.

Quelle que soit la nature exacte de l’alliance que prépare Mélenchon, son signe en direction de la droite doit servir d’avertissement aux travailleurs sur le caractère violemment anti-ouvrier de la politique populiste que les dirigeants de LFI comptent mener.

Trois ans après l’arrivée au pouvoir de l’allié grec de LFI, Syriza (la «Coalition de la gauche radicale»), qui a gouverne en coalition avec les Grecs indépendants, de droite, Syriza mène une politique d’austérité réactionnaire. Tout en imposant une profonde régression sociale, Syriza construit de vastes camps de détention pour les réfugiés et attaque le droit de grève.

Comme le NPA, Mélenchon a refusé d’appeler à prendre position au deuxième tour de l’élection présidentielle l’année dernière, alors qu’une majorité de ses électeurs ne voulaient voter ni pour l’ex-banquier de chez Rothschild Macron, ni pour Le Pen. Le Parti de l’égalité socialiste (PES) a été le seul parti politique en France à prendre position pour un boycott actif du second tour en 2017, pour le développement d’un mouvement politique dans la classe ouvrière contre le gagnant des élections.

Cela confirme les mises en gardes faites par le PES: dans le contexte d’une crise capitaliste mondiale sans précédent, les partis de la pseudo-gauche ne se tournent pas vers la classe ouvrière; ils passent dans le camp de la droite. La question centrale est la construction du PES en tant qu’alternative trotskyste à la pseudo gauche petite-bourgeoise et populiste.

Le WSWS avait déjà averti que Mélenchon préparait une politique d’ouverture à droite dans un article paru en 2014 suite à la sortie de son livre, L’Ere du Peuple. Le WSWS écrivait: «Un examen du livre de Mélenchon montre clairement que ce qui motive son virement dans le camp de la droite est sa crainte de l’agonie du capitalisme et d’une nouvelle lutte pour le socialisme de la part de la classe ouvrière. Effrayés par le discrédit des partis bourgeois de ‘gauche’, acceptant de façon sinistre l’inéluctabilité de la guerre mondiale et de l’effondrement économique, cherchant désespérément à imposer l’austérité aux travailleurs, ces charlatans insistent, hystériques, pour dire que le socialisme est mort. Une escroquerie politique de plus.»

Mélenchon avançait sa perspective d’une révolution «citoyenne», bref d’une révolution nationale et prétendument anticapitaliste mais qui n’était ni socialiste ni menée par les travailleurs, qui est historiquement associée aux mouvements de l’extrême-droite nationaliste du début du 20e siècle. Les liens qu’il entretenait avec Le Pen et des sarkozystes tels que Henri Guéant n’étaient pas un secret à l’époque. En effet, la presse les avait commentés.

Mélenchon avait publiquement défendu Zemmour, un journaliste pro-vichyste au Figaro qui a ensuite dénoncé Robert Paxton, le célèbre historien qui avait dévoilé la responsabilité du régime de Vichy dans les politiques militaristes et génocidaires du fascisme européen. Il a dit, «Je connais Zemmour. Il ferait mieux de dire qu’il a dit une bêtise. Ce type n’est pas un raciste. C’est un brillant intellectuel, mais comme tous les intellectuels, il est têtu comme une mule», pour ensuite s’aligner sur la position de Zemmour et nier la responsabilité de la France dans la Shoah l’année dernière.

A présent, face à une montée de la colère ouvrière contre les réformes de Macron en France et de gouvernements sembables autour du monde, et notamment celui de Trump aux Etats-Unis, la panique monte à nouveau dans l’entourage de Mélenchon. L’invitation offerte aux députés LR par LFI souligne le stade avancé de la dégénérescence politique des couches aisées qui gravitent autour de LFI et du PS. Dans les luttes qui sont en préparation, la question centrale sera la lutte pour un programme socialiste et internationaliste du Comité international de la Quatrième Internationale contre le national-populisme des réactionnaires autour de Mélenchon.