Les sociaux-démocrates allemands lancent une campagne xénophobe à propos des allocations familiales

Par Christopher Lehmann
15 août 2018

Au printemps, le gouvernement allemand avait déjà utilisé la prétendue affaire BAMF dans le but de susciter un sentiment anti-réfugiés. Le bureau de l’Office fédéral de l’immigration et des réfugiés (BAMF) de Brême avait été accusé d’avoir accordé de manière injustifiée, entre 2013 et 2016, l’asile à plus d’un millier de réfugiés dont les demandes d’asile avaient été refusées dans d'autres Lands.

Maintenant, on lance la prochaine campagne xénophobe.

Au « Tagesthemen » (journal télévisé) de jeudi dernier, le maire social-démocrate (SPD) de Duisbourg Sören Link, a fulminé contre les ressortissants de l'Union européenne qui se réfugieraient en Allemagne pour obtenir frauduleusement des prestations sociales comme les allocations familiales. Depuis, des sociaux-démocrates de premier plan ont fait campagne tambour battant pour réduire les allocations familiales versées aux familles de travailleurs européens, déversant des sentiments racistes dans le style de l’AfD d’extrême droite.

« Nous avons environ 19 000 personnes de Roumanie et de Bulgarie à Duisbourg, Sinti et Roma. En 2012, nous n'en avions que 6 000 », a déclaré Link. « Ils ne viennent pas pour le travail, mais pour des prestations sociales ». Il avait dû « s’occuper de gens qui déversent des déchets dans la rue et exacerbent le problème des rats ». Les voisins se sentaient « dérangés par des montagnes de déchets, de bruit et d'infestations de rats ». Il a mis en place un groupe de travail pour « s'attaquer » aux prétendus « logements problématiques » des Sintis et des Roms.

Les déclarations de Link ne sont pas différentes de celles de l'extrême droite. Dans un message posté sur Facebook le 9 août, la responsable du groupe parlementaire AfD, Alice Weidel, a écrit presque la même chose: «De plus en plus d’allocations familiales affluent vers d’autres pays européens [. ...] En outre, de nombreuses villes tirent la sonnette d’alarme parce qu’elles ne peuvent plus faire face à la grande immigration de la pauvreté. Rien qu’à Duisbourg, le nombre de Roms et de Sintis a augmenté de 13 000 à 19 000 en six ans. Les maires de nombreuses villes parlent d'une «migration ciblée pour exploiter le système social».

Le président du Conseil central des Sintis et des Roms en Allemagne, Romani Rose, a vivement critiqué les déclarations de Link: «Les stéréotypes racistes sont délibérément évoqués ici pour en faire des boucs émissaires, même au risque d’attaques violentes».

Le SPD est conscient des conséquences dangereuses de sa politique. Selon le gouvernement fédéral, plus de 700 attaques contre des réfugiés et des abris de réfugiés ont eu lieu au cours du premier semestre de 2018 seulement. Selon le gouvernement, les infractions incluent des dommages corporels aggravés, des incendies criminels graves, des dommages matériels, des incitations à la violence, des diffamations et des violations de la loi sur les armes. Au total, 120 personnes ont été blessées dans des attaques xénophobes.

Malgré cela, les sociaux-démocrates poursuivent leur campagne droitière. La cheffe du SPD, Andrea Nahles, a annoncé le 27 septembre une réunion nationale avec des maires et des politiciens locaux sous le slogan « Problèmes partiels dans le complexe travail-migration » afin de limiter les droits sociaux des ressortissants de l’UE en Allemagne. « Ce dont nous devons nous occuper toute suite, ce sont les combines touchant les allocations familiales et les prestations sociales », a-t-elle dit.

Entre autre, Nahles et son collègue de parti et ministre des finances Olaf Scholz, veulent notamment faire passer une soi-disant indexation des allocations familiales au niveau européen. Ce que cela signifie a été précisé par le maire de Hambourg, Peter Tschentscher (SPD): « Le montant de l’allocation familiale doit être basé sur le coût de vie du pays où réside l'enfant », a-t-il déclaré vendredi. « Le règlement précédent conduit à des abus. Les réglementations européennes correspondantes doivent être adaptées en conséquence. »

Les projets du SPD violent le droit européen existant et ont donc été rejetés à plusieurs reprises par la Commission européenne. Les citoyens de l'UE ont le droit de « chercher du travail dans un autre pays de l'UE » et « d'y vivre à cette fin », écrit la Commission européenne sur son site internet. Les ressortissants de l'UE doivent être traités « de la même façon que les ressortissants du pays d'accueil » en termes d'accès à l'emploi, aux conditions de travail et à toutes les autres prestations sociales et avantages fiscaux.

La campagne du SPD vise à diviser la classe ouvrière, à la détourner du fossé grandissant entre riches et pauvres et à faire progresser la politique de droite de la grande coalition en matière d’attaques sociales, de militarisme et d'armement de l'État. À l’instar des allégations d’abus commis à la BAMF, les allégations d’abus présumé d’allocations familiales sont complètement fictives.

Dans un entretien avec Die Zeit, le porte-parole de l'Agence fédérale pour l'emploi, Christian Weinert, a déclaré que « jusqu'à présent, il n’y a pas eu de preuves de détournement des allocations familiales pour les familles dont les enfants vivent à l'étranger ». Le nombre d’enfants ayant droit aux allocations issus d’autres pays de l’UE serait en hausse, « car il y a également plus d’employés étrangers en Allemagne. » Le nombre d’employés de pays de l’UE d’Europe de l’est a « augmenté au cours des deux dernières années de 295 000 pour dépasser 1 million. Et dans ce cas, quiconque travaille et paie des cotisations d’assurance sociale a également droit à des allocations familiales, dans la plupart des cas ».

Selon des chiffres du gouvernement, le nombre d'enfants vivant hors d'Allemagne dans l'UE ou dans l'Espace économique européen et percevant des allocations familiales a augmenté de 7,2 pour cent depuis l'année précédente. Cela ne représente que 268 336 enfants, dont 31 512 ont un passeport allemand. À la fin du mois de juin, environ 3 millions d’enfants sur 15,29 millions bénéficiant d’une allocation familiale avaient des documents étrangers, dont la plupart vivent en Allemagne.

(Article paru en anglais le 14 août 2018)