« Le syndicat n’est pas notre voix »

Les travailleurs d'UPS répondent à la campagne de chantage du syndicat des Teamsters

Par nos correspondents
29 août 2018

Les travailleurs d’United Parcel Service s'opposent largement aux efforts déployés par le syndicat des Teamsters pour les intimider et faire du chantage pour qu’ils acceptent l’accord au rabais voulu par la direction d’UPS.

Voilà plus de deux semaines déjà que la conférence nationale des dirigeants des Teamsters a voté le 9 août pour approuver l’accord salarial au rabais. Le syndicat maintient les travailleurs dans l'ignorance sur une date pour un vote sur l’accord, essayant de gagner du temps alors qu’il cherche à user l’opposition à cet accord et à intimider les travailleurs pour qu'ils votent «oui».

Les Teamsters ont dépêché des responsables dans tout le pays pour menacer les (article en anglais) travailleurs, disant qu’ils perdront leur couverture médicale s'ils font grève, que l’accord est le « meilleur qu'ils peuvent espérer obtenir » et qu’un vote ‘non’ produirait un accord encore pire.

Matt, un ouvrier de 25 ans, magasinier à temps partiel à Madison Heights, dans le Michigan, a déclaré aux reporters de l’UPS Workers Newsletter (Bulletin des ouvriers UPS)publié par le World Socialist Web Site, que les Teamsters étaient « censés travailler pour nous, mais on a vraiment l'impression que ce n’est pas le cas. Ils travaillent pour leurs propres intérêts. Il faut que cela change ».

« Nous n'avons vraiment aucun moyen de faire passer notre message. On parle avec un mur si on essaye de leur dire quelque chose. Il n'y a personne pour nous entendre. Les Teamsters ne sont pas une voix pour nous. Ils disent que ‘c'est le meilleur accord qu'on puisse obtenir’, mais ce ‘meilleur accord’, il est pire que le précédent. Alors je ne peux pas le croire ».

L’accord proposé créera un nouvel échelon de travailleurs «hybrides» moins bien rémunérés, qu’on peut faire passer de magasinier à chauffeur livreur, et il maintiendra les salaires de misère des travailleurs à temps partiel.

Matt a dit qu'il avait regardé sur YouTube des vidéos sur l'accord. « Je m'y oppose. Je n'aime pas beaucoup les choses qui se passent ici », a-t-il déclaré. « La grande partie de l'installation n'est pas climatisée ». « Les seuls endroits climatisés se trouvent derrière des portes fermées, chez les personnes qui ne transpirent pas toute la journée. Le seul moment où je sens la climatisation, c’est quand je badge à la sortie. Mais parfois, je reste en dessous encore une minute avant de rentrer. »

« Ils disent qu'ils ont du mal à trouver des travailleurs pour travailler le samedi, alors il semble que je sois condamné à travailler le samedi le reste de ma vie. A une époque, nous n'avions pas même de samedi travaillés ici. Les chauffeurs me disent que la position que j’occupe était demandée à l’époque. Le salaire était décent. On est arrivé à la situation actuelle quand ils ont réduit les coûts, en baissant nos salaires, en trouvant des moyens pour nous faire travailler plus dur, comme ce qu’on voit avec l’accord actuel et les nouveaux chauffeurs hybrides. »

Un reporter du WSWS UPS Workers Newsletter a demandé à Matt ce qu’il pensait de l’appel aux travailleurs à former des comités de base dans les entrepôts et les centres de distribution afin de coordonner l’opposition à l’accord et de mener une lutte unie avec les travailleurs d’Amazon et d’autres travailleurs dans la logistique, de l'automobile, des enseignants et d’autres sections de la classe ouvrière.

« Nous sommes pareils que les travailleurs d'Amazon », a répondu Matt. « Nous travaillons à la chaîne. Nous faisons le même travail. Je pense que le syndicat veut économiser de l’argent pour l’entreprise et c’est pour cela qu’il s’oppose à notre unité. »

« Je vois les salaires des enseignants et leur charge de travail et comment ils sont traités », a-t-il dit. « Nous en avons parlé un peu ici [lors des grèves des enseignants américains en Virginie-Occidentale, en Arizona et en Oklahoma en 2018]. C'est criminel. Ce sont les gens qui éduquent, ils jouent le rôle le plus important qui soit et ils ne gagnent rien. »

« Pour être honnête, je ne vois vraiment pas l'inconvénient de se battre ensemble », a déclaré Matt. « Si nous avons tous à faire face aux mêmes problèmes, je ne vois pas pourquoi nous ne pouvons pas nous unir, nous battre pour ce dont nous avons besoin ensemble – nous sommes tous dans le même bateau. Honnêtement, je pense que c'est la seule façon d’y arriver. »

Elliot, un chauffeur, membre de l’union locale 952 des Teamsters à Orange County a contacté le Newsletter des ouvriers UPS du WSWS pour faire part des efforts du syndicat pour faire chanter les travailleurs afin qu’ils votent «oui».

« La semaine dernière, Patrick Kelley, notre principal responsable des Teamsters, est venu avec un agent commercial [du syndicat] et le président local », a-t-il déclaré. « Patrick Kelley nous disait qu’un vote ‘non’, c'est un vote pour faire grève, afin de nous intimider [pour voter ‘oui’]. La majorité de personnes ici ont du mal à joindre les deux bouts. C'est un quartier très cher ».

Elliot a déclaré que les Teamsters n'étaient « pas différents des United Auto Workers (syndicat UAW des travailleurs de l’automobile). L'UAW est peut-être celui qui est démasqué en ce moment, mais je pense que les Teamsters sont les plus corrompus », a-t-il déclaré faisant allusion au scandale de corruption ayant conduit à l’inculpation des dirigeants de l'UAW pour avoir touché des pots-de-vin de la direction de Fiat Chrysler.

« Le syndicat a prolongé la période d'envoi du matériel de vote », a-t-il ajouté. « Ils affirment qu’en raison de la quantité de matériel qu’ils doivent imprimer, il faudra plus de temps pour envoyer le matériel de vote, mais ils jouent la montre pour avoir plus de temps pour faire campagne pour un vote ‘oui’. Je viens de recevoir trois SMS des Teamsters nous disant de voter oui. »

Dans un centre UPS à San Diego, un travailleur a déclaré que les négociations entre les Teamsters et UPS étaient de la « poudre aux yeux » avec « de nombreux arrangements cachés ». « On va voter non à 95 pour cent. Ce qu'ils font, c'est mettre des choses dans l’accord que nous découvrirons seulement dans 10 ans. Ils ont dit que nous n'aurions pas à payer de frais médicaux, mais la couverture qu’on nous a donnée est pire. Notre représentation est atroce; tout le bénéfice est pour eux ».

Un autre chauffeur du centre de distribution de San Diego nous dit, « la direction et les Teamsters ne nous donnent pas ce que nous voulons. Une fois l’accord conclu, il y aura des représentants syndicaux dans tous les coins pour nous dire comment voter et puis ils s’en iront. Quand ils nous ont embauché ici, ils disaient que c'était un travail qualifié et maintenant ils veulent nous transformer en un autre Amazon, un autre travail de merde sans avantages. C’est une magouille de bout en bout, le syndicat ne nous dit rien ».

Interrogé sur la perspective que les travailleurs construisent des comités de base, l’ouvrier a répondu: « Il n'y a pas de syndicat, il n’y a que nous, les travailleurs, et nous devons rester unis ».

(Article paru en anglais le 25 août 2018)